Les funérailles de notre collègue et regretté ami Dany Griffon ont eu lieu vendredi 5 février 2021 à La chapelle Saint Marc de Juvignac. La chanson de Brassens « L’auvergnat » nous a rappelé en introduction sa naissance. Un prêtre malgache a officié avec beaucoup de simplicité. Beaucoup de ferveur et d’émotion aussi ; notamment quand les 4 petits enfants (16, 8, 6, 3 ans) ont déposé une bougie sur le cercueil. À l’issue de la cérémonie toute simple, en souvenir de Dany, sur le parvis de l’église, sous un temps gris, un peu de bière a été servie et les membres de l’assistance ont pu échanger leurs souvenirs.

                                                                                                                          Jean-Paul Hébert

Nous avons appris avec beaucoup de tristesse le décès de notre collègue et ami Philippe Bruneau de Miré, le 4 janvier 2021, alors qu’il allait avoir 100 ans.

Né le 21 octobre 1921 à Paris, il effectua sa scolarité à Paris, puis en Normandie, dans les collèges de Falaise et de Caen où il passa son baccalauréat en 1938-1939. En 1940, après la débâcle de l’armistice, il se retrouva dans les chantiers de jeunesse en Algérie, à Blida-El Afroun : d’après son témoignage, ce fut un premier contact émerveillé avec ce pays. En 1941, il entra à la Faculté des Sciences de Caen en botanique-zoologie puis à la Sorbonne à Paris (botanique-zoologie-géologie).

En 1942, réfractaire au STO, il est interdit d’accès à la Sorbonne et doit interrompre ses études. Grâce à des amis qui lui fournissent une nouvelle carte d’identité, il est accueilli au Muséum national d’Histoire naturelle par le professeur Jeannel, titulaire de la chaire d’entomologie.

En 1943-1944, il survit comme pigiste auprès de l’hebdomadaire « 7 Jours » de Max Core qui le soutient durant ces moments difficiles, mais il poursuit par goût et avec d’autres collègues d’université, la prospection entomologique de forêts en Ile-de-France et la fréquentation du laboratoire d’entomologie du Muséum. Il contribue alors à sauver les « réserves artistiques » jugées improductives de la forêt de Fontainebleau, de la hache parisienne avide de bois de chauffe !

En juillet 1946, il est engagé à l’Office national antiacridien en qualité de prospecteur. Après un stage à l’Institut national agronomique de Maison-Carrée (Algérie) il est détaché, en 1947, au Service de la protection des végétaux du Maroc, jusqu’en 1949. Durant cette période il est employé à des essais d’insecticides sur Schistocerca et participe à des campagnes de lutte antiacridienne ; il effectuera deux missions de prospection au Sud du Sahara.

De 1949 à 1952, il est affecté à l’Institut agricole d’Algérie pour faire de la recherche sur la biologie des acridiens: son activité consiste essentiellement en des études écologiques, morphométriques et statistiques, ainsi que des missions sur le terrain, toutes dans le cadre des recherches sur Schistocerca.

D’août 1952 à janvier 1956, il est affecté au territoire du Niger comme chef de la mission permanente de l’Office antiacridien : il est chargé de l’organisation et de la coordination de la signalisation antiacridienne sur le territoire, de recherches écologiques sur les zones de reproduction et de multiplication, il prépare et participe à des campagnes de lutte.

Pendant toute cette période, il aura l’opportunité (selon son témoignage) de mener une vie d’aventures et d’explorations sahariennes au service des connaissances scientifiques, fasciné qu’il était par la capacité de la vie à coloniser les environnements extrêmes (déserts, volcans, grottes) :

  • deux missions en Mauritanie consacrées à l’étude botanique des zones de reproduction du criquet pèlerin (1947-1948) ;
  • prospection au Tibesti (Nord-Tchad) avec ascension de l’Emi-Koussi, étude du piémont SW (1949) ;
  • prospection du massif de l’Aïr (Niger) et du Tamesna : mise en évidence dans cette dernière région de zones de reproduction du criquet (1950) ;
  • prospection dans les confins sahariens algéro-marocains pour l’installation d’une base fixe à Agadès (Niger) et la mise sous surveillance du Tamesna à In Abangharit ; voyages et prospection des principaux massifs du Sahara central sur le pourtour du Tanezrouft. Il démarre une flore du massif de l’Aïr (de 1951 à 1956) ;
  • dans le même temps jusqu’en 1953, il participe à huit campagnes biospéologiques en Ardèche avec d’autres scientifiques.

En 1956, il démissionne de l’Office national antiacridien et prend une année sabbatique. Il est alors rattaché au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, d’abord en qualité de correspondant et boursier du Muséum au Laboratoire d’agronomie tropical puis, à partir d’octobre 1957, attaché de recherches au CNRS et affecté au Laboratoire d’entomologie agricole tropicale puis au laboratoire d’entomologie. Le thème de ses recherches portait essentiellement sur la floristique, la faunistique des massifs montagneux du Sahara méridional et de ses confins, les travaux de laboratoire étant complétés par des études sur le terrain. De 1958 à 1961, il effectue diverses missions au Tibesti, dans l’Ennedi, seul ou avec d’autres professeurs du Museum, en vue d’inventaires botanique et zoologique dont une mission au Djebel Marra (Soudan) pour le compte de l’Inra à la recherche de parasites de la mouche de l’olivier et une mission à travers le Tassili, le Ténéré et les confins libyco-tchadiens à la découverte de structures pétrolifères avec la SN REPAL (Société nationale de recherche et d'exploitation de pétrole en Algérie). Il est décoré en 1960 du Mérite saharien pour ses travaux sur le Sahel et la Mauritanie, sur proposition du géographe Capot-Rey.

En 1960, il s’inscrit à la Faculté des Sciences de Paris pour une thèse d’université avec pour sujet « Le peuplement entomologique du Tibesti ».

En 1961, il se marie et se consacre alors au dépouillement de ses données au Muséum.

En 1964, il accepte un poste d’entomologiste à l’Institut français du café et du cacao (IFCC), au Centre de recherches agronomiques de Nkolbisson à Yaoundé (Cameroun). Pendant 10 ans, il se consacre à l’étude des ravageurs des cultures de café et de cacao mais il en profite pour prospecter les montagnes et le Nord-Cameroun, collectant ainsi un très important matériel entomologique déposé pour la plus grande partie au Muséum national d’Histoire naturelle.

C’est au cours de cette période qu’il découvre le déclassement des « Réserves Artistiques » de Fontainebleau par l’ONF (Office national des forêts) nouvellement instauré et la coupe à blanc par les forestiers français du Bas-Bréau qu’il avait contribué à sauver de la hache allemande durant la guerre ! En 1974, dans le cadre du Gerdat (qui deviendra le Cirad en 1985), il crée à Montpellier un laboratoire de faunistique destiné à l’identification des ravageurs des cultures tropicales et des espèces qui leur sont associées. Il prend sa retraite le 31 janvier 1983. Il est décoré du Mérite national. Mais il n’arrête pas pour autant ses activités scientifiques !

En 1985-1986, il effectue deux missions cacao pour le compte du Gerdat au Cameroun, puis deux missions café pour la FAO au Kivu (Rép. démocratique du Congo).

Pendant 40 années au contact de l’Afrique, il avait pu mesurer l’ampleur des dégradations irréversibles infligées à la planète. D’un continent immense et, lui semblait-il, sans limites, il avait vu l’horizon se rétrécir comme peau de chagrin. Dans d’autres voyages, il avait découvert d’autres régions du globe tout aussi malmenées. En revanche aux Etats-Unis il avait constaté les efforts entrepris pour la sauvegarde des espaces naturels. Aussi, tout en continuant à travailler au Muséum sur la faune africaine, il s’est alors impliqué à travers le milieu associatif, dans des actions de protection des milieux. Ainsi, il sera très actif au sein de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) :

- en 1996, il participe au Congrès de l’UICN à Montréal, mandaté par la mairie d’Avon, partisane de la création d’un parc national à Fontainebleau ;

- en 1998, il participe à la célébration du cinquantenaire de l’UICN, organisée à Fontainebleau, qui a été pour lui l’occasion d’une nouvelle action en faveur de la forêt, pour qu’un parc national la mette définitivement à l’abri des errements passés et lui permette de jouer pleinement son rôle d’introduction à la nature pour tous ceux dont l’horizon se limite au béton des villes. Malgré l’appui de nombreux scientifiques au groupe de réflexion, cette action s’est heurtée à l’opposition vigoureuse de différents lobbies, et les élus se montrèrent plus intéressés par le développement d’un parc de loisirs que par la défense de notre patrimoine naturel !

- de 1999 à 2005, il est associé à la création de la Réserve de biosphère de Fontainebleau par Jacques Lecomte de l’Inra, coordinateur du projet. Avec le soutien de Patrick Falcone de l’ONF, il dirige alors un observatoire de la biodiversité destiné à estimer l’impact des réserves biologiques et de la fréquentation du public sur la biodiversité. Cette étude fut diversement appréciée et resta lettre morte dans les archives de l’ISIGE (Institut supérieur d’ingénierie et gestion de l’environnement) des Mines Paris-Tech de Fontainebleau. A la création de l’association de loi 1901 réunissant des élus au sein d’un conseil d'administration gérant la réserve, son mandat au conseil scientifique n’est pas renouvelé.

- en 2001, il est nommé au Conseil scientifique régional de protection de la nature d’Ile-de-France (CSRPN), et se consacre à la désignation des sites Natura 2000 pour la région puis des zones d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) tout en continuant son activité au Muséum. Il participe au conseil d’administration de la Société nationale de protection de la nature (SNPN) et de l’Association des naturalistes de la vallée du Loing (ANVL), au conseil scientifique de la Réserve nationale de Camargue, au comité français de l’UICN en tant qu’expert ainsi qu’à différentes commissions départementales. Enfin, il participe à la création des RNV (réserves naturelles volontaires) devenues RNR (réserves naturelles régionales) du marais de Larchant et du prieuré Saint-Martin dont il est devenu administrateur.

- en 2013, à l’occasion du cinquantenaire de l’ANVL, il publie un livre sur la Forêt de Fontainebleau vue au travers de son entomofaune, intitulé Fontainebleau, Terre de Rencontres.

- en 2015, à 94 ans, jugeant plus sage d’abandonner ces différentes activités, il se retire à Montpellier.

Cependant, comme membre de l’Adac et son doyen, il continue de participer aux activités de l’amicale, en compagnie de son épouse :

  • en 2017, il fait une « causerie » intitulée Le Sahara au fil de l’eau devant une assistance nombreuse, à l’amphithéâtre du Cirad, sur ce sujet qu’il connaissait parfaitement, sous forme d’une présentation complexe intégrant photos, vidéos et fichiers audio ! Lire le résumé dans la Lettre de l’Adac n°39 et visionner la conférence.
  • en 2019, enfin, à 97 ans, il publie un ouvrage intitulé Vagabondages naturalistes, sur son parcours personnel dans les bouleversements historiques, sociétaux et environnementaux du XXe siècle. Le résumé de cet ouvrage original et passionnant a paru dans la Lettre de l’Adac n°43 à la page 5, en février 2019. L'Adac a présenté sur son site l'ensemble des contributions de Philippe Bruneau de Miré à l'Adac, et au delà de l'Adac à la communauté scientifique. Nous lui devons notamment deux superbes et exceptionnels diaporamas sur Théodore Monod dont un avec la voix du savant.

Notre collègue Philippe Bruneau de Miré, doté d’une forte personnalité, nous laisse le souvenir d’un grand naturaliste, qui fut compagnon de route de Théodore Monod. Il nous a fait partager avec simplicité et de façon très accessible ses souvenirs, ses connaissances et ses documents personnels rendant compte d’une vie aventureuse de scientifique comme il n’y en a plus guère d’exemples aujourd’hui.

« De Miré est une des personnalités les plus marquantes de l’entomologie française et de la protection de la forêt de Fontainebleau, un éminent saharien, un grand tropicaliste et un naturaliste complet comme il en existe très peu à chaque siècle et comme notre époque ne sait plus en engendrer. »

(Extrait de Vanikoro,  Henri-Pierre Aberlenc, Philippe Bruneau de Miré, Yves Delange.- Ed. par Terra seca, janvier 2015, 20)

 

Hommage de Henri-Pierre Aberlenc

Hommage du Midi Libre

Une synthèse des interventions des participants à la présente tribune Le labour entre mythes et techniques mise en place en 2018 vient d'être rédigée par Christian Feller, l'animateur de cette tribune. Elle est donc à présent clôturée.

Son contenu (interventions et documents) reste accessible sur le site en page d'accueil.

Pour lire la synthèse veuillez cliquer ici.

Le Cirad lance un nouvel appel d’offre pour sélectionner des experts émérites. La date de clôture est le 27 novembre 2020. Vous pouvez trouver l’appel ici.

Quatre candidatures, déposées lors du premier appel clos en juillet, ont été retenues par le Comité de Direction du Cirad. Ce sont celles de Emmanuel Torquebiau, Hubert de Bon, Bernard Faye et Jean Philippe Tonneau.
Les conditions du premier appel sont apparues à de nombreux membres de l'Adac peu engageantes. Aussi pour le second appel, le bureau de l’Adac m’a demandé de mieux préciser le contexte et les conditions de cet appel, en les résumant. Pour plus de détail, un power point est visible ici. 
L’initiative part d’un constat : le Cirad a perdu et perd des compétences, perte qui rend difficile la réponse à certaines demandes d’expertise. Le compagnonnage existant répond imparfaitement au transfert de compétences. En fin de carrière, les « bonnes compétences » sont énormément sollicitées et ne disposent que peu de temps. Et la date de retraite tombe comme un couperet. Du jour au lendemain finies les contributions possibles.
Le statut d’expertise senior est une reconnaissance du Cirad. Il a pour objet de mobiliser les compétences quand celles-ci n’existent plus au Cirad. Cette mobilisation sera accompagnée de transfert de compétences en direction de chercheurs du Cirad et/ou de partenaires. Le statut permet de bénéficier de certains appuis et services du Cirad, en particulier la documentation, en créant un lien formel, exigé par la commission informatique et liberté.
L’expertise senior concerne des tâches de terrain. C’est bien la valorisation opérationnelle des connaissances qui est recherchée : le comment faire à destination des opérateurs est recherché… L’enjeu est de répondre à une demande qui s’est plus étendue à de nouvelles expertises que modifiée. L’appel ne fait pas de distinction entre cadre et non cadres : tous peuvent postuler.
Vous pouvez poser votre candidature jusqu’à 10 ans après le départ à la retraite. L’essentiel est de montrer que vous disposez de connaissances utiles et utilisables.
Le dossier est simple : un CV et une lettre de motivation à soumettre avant le 27 novembre 2020. Vous n’avez pas à créer d’autoentreprise avant que votre candidature soit acceptée. La contractualisation est simple : un contrat régissant les relations (droits et devoirs) entre le Cirad et l’expert, en particulier pour l’usage des ressources informatiques ; puis des contrats spécifiques pour chaque intervention.
Je reste à votre disposition pour tout complément d’information. Je pourrais aussi par la suite, une fois le statut attribué, aider à la constitution de l’autoentreprise et à la prise d’assurances.

Jean Philippe Tonneau
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Sous l’égide de l’Adac, les curieux et amoureux du Maroc se sont retrouvés, le 8 janvier 2020, à l’amphithéâtre Jacques Alliot du Cirad pour assister à la présentation faite par Philippe Jouve d’un nouveau film auquel il a participé. Il nous avait déjà donné à connaître son intérêt à ce pays à travers une précédente séance cinématographique et une exposition de photos sur le Maroc. Cette fois, il s’agissait de nous faire découvrir Kasbat, une oasis de l’Anti-Atlas représentative de ce type d’agroécosystèmes que l’on trouve dans la région du Bani en bordure du Sahara. Entraînés par le talent du conférencier, nous avons découvert le magnifique environnement minéral dans lequel Kasbat se situe alors que l’oasis fut, au néolithique, au milieu d’une région verdoyante. Plus récemment, ce fut un lieu de coexistence entre Juifs et Arabes et un lieu de commerce caravanier transsaharien actif. Dans les temps modernes, son enclavement et les épisodes d’assèchement climatique avaient induit son repli et son déclin, au point que sa survie était menacée. Grâce à des associations comme l’Alcesdam et l’Azaghar, la mobilisation des populations locales a pu se faire autour de nombreux projets innovants (réhabilitation des dispositifs d’irrigation, régénération des palmeraies, mise en place de nouveaux forages à énergie solaire avec des dispositifs plus économes en eau, diversification des cultures, unité de traitement et conditionnement des dattes…). Parallèlement, le désenclavement routier opéré par l’Etat marocain a relancé l’économie locale avec des impacts positifs pour l’éducation, le statut des femmes, la limitation de l’émigration. Il reste que la viabilité économique de Kasbat et celle des autres oasis du Bani est incertaine. La création de services collectifs et de dispositifs de solidarité interrégionale de même que la valorisation touristique d’un riche patrimoine culturel et architectural donnent des marges de manœuvre et permet d’espérer de l’avenir. D’ores et déjà, le film fait valoir que l’organisation des acteurs oasiens et leurs efforts n’ont pas été vains. De plus, la beauté des images, soutenue par des choix musicaux originaux, lui confère une valeur esthétique qui a été appréciée par l’assistance. Après la présentation du film, celle-ci a posé de nombreuses questions à Phillipe Jouve. Sans surprise, elles ont concerné principalement les cultures d’oasis notamment celle de palmiers dattiers.

Vous devez être enregistré pour voir le film. 

Cliquer sur l'image 

 annoncefilmKasbat

Nous étions 26, le jeudi 26 septembre à vivre l’expérience inhabituelle d’un voyage en car pour une sortie récréative à la découverte des vallées industrieuses des Cévennes : ce mode de déplacement nous a paru plus approprié que la voiture individuelle pour rouler sur les routes sinueuses que nous avions à parcourir. Partis à 9 heures en bénéficiant d’un temps ensoleillé puis passant par Ganges et Saint-Hippolyte-du-Fort, nous sommes arrivés à Sumène, petite ville représentative des nombreux centres textiles des Cévennes du XIXe et de la première moitié du XXe siècle. Nous avons été accueillis par M. Serge Massal le dynamique directeur de l’entreprise familiale L’Arsoie-Cervin, la dernière fabrique de bas de luxe encore existante en Languedoc.cevennes2019 (13) Récupérant in extremis quelques-uns des derniers métiers à tisser Reading datant du plan Marshall, s’appuyant sur des ouvriers à la retraite pour faire redémarrer les machines au terme de deux ans de laborieux réglages, l’entreprise a pu sauver un savoir-faire unique qui lui permet aujourd’hui d’être la seule au monde apte à produire des authentiques bas artisanaux en nylon cristal, en 100 % soie et en cachemire et soie. Elle fabrique aussi des produits modernes : collants en soie/lycra, en cachemire ou des collants d’une transparence inégalée. L’entreprise qui exporte aujourd’hui dans le monde entier a reçu en 2016 le label « Entreprise du Patrimoine vivant ». Il reste qu’elle est freinée dans son développement par le manque de main-d’oeuvre qualifiée. Dans les années 1950, 800 personnes travaillaient à Sumène dans l’industrie textile. Aujourd’hui, elles ne sont plus qu’une trentaine dans l’entreprise L’Arsoie-Cervin alors que son directeur aurait de l’activité pour 150 employés. Le monde industriel, à l’image des impressionnantes et complexes machines que nous avons vues dans l’usine, n’éveille apparemment que peu d’intérêt auprès des jeunes.

La visite terminée nous nous sommes retrouvés au restaurant Autours des Mets au centre de Sumène pour un repas fort apprécié qui vaudra à l’établissement une appréciation élogieuse et méritée de notre ami Francis Ganry dans TripAdvisor. Reprenant ensuite la route en car, nous avons été jusqu’au beau Musée des vallées cévenoles à Saint-Jean-du-Gard. Celui-ci est installé dans une filature de soie dite Maison rouge qui fut la dernière à fermer en France en 1965. Nous avons pu y découvrir l’histoire des Cévennes et son lien avec le protestantisme qui est ici un élément identitaire important. Nous y avons été instruits de la façon dont la population a su exploiter un milieu naturel peu généreux en valorisant des productions agricoles parfois originales comme celle de la châtaigne. Enfin, il nous fut donné de mieux connaître l’esprit d’entreprise des cévenols qui réussirent au XIXe siècle leur adaptation au monde industriel textile grâce à la sériculture. Tout au long de la visite, de nombreuses vitrines avec d’ingénieux et souvent d’émouvants objets, des documents, des photos qui restituent une époque dont le musée s’emploie à sauver le souvenir. C’est donc au terme d’une journée bien remplie que le retour en car, aux mains d’un chauffeur expérimenté, nous a ramenés à Montpellier à 19 heures.

A l’issue de cette sortie, Francis Ganry, très inspiré, a rédigé ce poème :

Dans les Cévennes à Sumène, la soie est labeur et honneur.
Des Cévenols réussirent un jour cette gageure qui fit leur bonheur
De rehausser la qualité des bas et collants de quinze à neuf deniers.
Une telle prouesse fit la célébrité des Suménois qui glorifièrent le denier.
Et rendirent alors à la soie de Sumène, un véritable culte.
C'est ainsi que leur mesure, le denier, devint le denier du culte

 

 Cliquer sur les images pour les agrandir et lire leur légende avec le pointeur

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