Alain Sizaret est décédé le 29 juin 2020 à Beaune (Côte d’or) à l’âge de 90 ans.

Norges2009Il est né le 29 août 1930 à Haiphong au Vietnam. Il était le quatrième d’une fratrie de 12 enfants. Son père était haut fonctionnaire, avocat général auprès de la cour d’appel à Hanoi.
Après l’école primaire Albert Sarrault à Hanoi et des études secondaires au lycée Carnot de Dijon, il intègre l’Ecole régionale d’agriculture de viticulture et d’arboriculture de Beaune. Diplômé de cette école en 1950, il part faire son service militaire dans la brigade coloniale des commandos de parachutistes (1er BCCP commandé par le colonel Jacques Massu) à Vannes, puis à Dakar au Sénégal et Dalaba en Guinée.
Alain Sizaret s’est marié avec Vincenette à Brétigny (Côte-d’Or). Ils ont eu 3 enfants : Charlie né à Yaoundé en 1959, Vincent né à Langres (Haute- Marne) en 1960 et Frédérique née à Abidjan en 1963.
Fin 1952, il est recruté par le BDPA pour occuper un premier poste d’agronome pépiniériste à Kindia en Guinée, puis il est rapidement affecté au Cameroun d’une part pour travailler sur l’amélioration des traitements au sol de la cercosporiose des bananiers de la région du Mungo et d’autre part en qualité de chef de poste agricole de la SEM- Centre à Zoétélé près de Sangmélima pour encadrer les producteurs de cacao.
En février 1954, il est recruté par l’Institut des fruits et agrumes coloniaux (Ifac) et affecté sur la station de Foulaya près de Kindia avec pour mission de créer une pépinière de multiplication des espèces fruitières tropicales. Parmi ses collègues de l’époque, on peut citer Claude Py, Bernard Moreau, Jacques Cassin, Jean Champion, Anselme Villardebo. En 1956, il sollicite une mise en disponibilité pour lui permettre de découvrir d’autres pays, d’autres cultures, d’autres pratiques sur la multiplication des végétaux. Pendant 4 ans, il se rendra successivement aux Antilles, au Venezuela, aux Nouvelles-Hébrides, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie, en Australie où il sera pépiniériste au Queensland et employé par le Darwin municipal Council pour l’aménagement du Botanical Garden de la ville.
En 1960, il réintègre l’Ifac en Guinée devenue indépendante et son ancien poste d’agronome pépiniériste. Il sera le dernier de l’équipe de chercheurs de Foulaya à quitter définitivement avec tristesse la Guinée en 1962, suite aux conséquences géopolitiques du rejet par le président Sékou-Touré des propositions d’adhésion à « la communauté française » formulées par le général de Gaulle. Ce départ le conduira pour un court séjour sur la station de Loudima au Congo en appui à François de Laroussilhe, puis il sera affecté en Côte d’Ivoire en 1963 à Ono à un poste d’agronome en recherche développement sur la production d’ananas destiné à la conserverie de la SALCI sous la direction locale de Marc-André Tisseau.
En 1967, il est affecté au Niger pour la création d’une station de recherche sur les fruits tropicaux. Il créera de toute pièce la station de Gabougoura proche de Niamey en bordure du fleuve Niger et 4 points d’appui régionaux répartis dans le pays dont la palmeraie de Bonkoukou à une centaine de kilomètres au nord de Niamey. En plus de la création et du management de ce dispositif original en milieu soudano-sahélien, Alain Sizaret formera des praticiens nigériens aux pratiques horticoles en milieu aride mais aussi il participera avec Anselme Vilardebo et Jean-Claude Tourneur à la lutte biologique contre la cochenille blanche du palmier dattier.
En 1973, il passe la main à Pierre Soulez et part pour une durée de 2 ans au ministère de la Coopération qui l’affecte au Togo en qualité de conseiller technique du directeur général de la société d’Etat Togo fruit principalement dédiée aux cultures d’ananas, de manguiers et d’anacardiers.
En 1975, il est affecté temporairement sur le dispositif de l’Irfa en Martinique, dirigé par André Lefevre, en appui à la pépinière et aux expérimentations sur ananas. Il est localisé à Fond Marie Reine près du Morne rouge en compagnie de Jean-Jacques Baraer et Jean-Claude Dumas.
En 1976, l’Irfa l’affecte en Guyane pour créer une station de recherche fruitière à Montjoly près de Cayenne et une unité type de production à Quesnel. Il s’attache principalement à lancer les bases techniques de la culture de la lime Tahiti et de la grenadille et l’installation d’un atelier de production de jus de passiflore sans oublier naturellement une unité de production intensive de matériel végétal.
En 1978, nouvelle affectation cette fois au Gabon pour créer un périmètre fruitier de recherche et vulgarisation à Okolovile, près de Franceville. Sur 80 ha seront implantées une pépinière, une collection et des parcelles d’expérimentation et de production (agrumes, manguier, safoutier, papayer, passiflore, goyavier, bananier, fruitiers divers). Il sera remplacé fin 1980 par François Mademba-Sy, puis par Thierry Goguey.
De 1981 à fin 1982, il rejoindra l’équipe de chercheurs de l’Irfa à la Réunion dirigée à l’époque par Bernard Moreau. Aux côtés de Bernard Aubert, Patrick Fournier, Serge Quilici, il développera les pépinières de Bassin Martin et Bassin Plat en formant des greffeurs réunionnais très performants dont notamment Raymond-Georget Tullus.
Début 1983, il rejoindra un poste emblématique au Cameroun et fera valoir avec un succès reconnu toute son expérience et ses savoirs acquis lors de toutes ses affectations antérieures. Au sein de l’Ira et du projet éco régional de Garoua dirigé alors par Z. Boli et René Billaz, Alain Sizaret, soutenu par le chef de programme à l’Ira Jean Yves-Rey basé à Nkolbisson et Daniel Ducellier basé à Nyombé, créera de toute pièce (à l’image mais en mieux , plus vaste, plus performante qu’à Gabougoura au Niger) une station de recherche, de formation et de vulgarisation dédiée aux fruits tropicaux en zone aride à Kismatari proche de Garoua ; avec deux points d’appui au nord Cameroun, l’un à Maroua (Meskine), l’autre à Ngaoundéré sur le plateau de l’Adamaoua, région où 15 ans auparavant Jean-Pierre Gaillard avait installé une collection d’agrumes de référence sur la station de l’IEMVT de Wakwa avec Philippe Lhoste.
Ce poste d’Alain Sizaret est bien le condensé et le reflet brillant des savoirs et savoir- faire, de la personnalité de ce pionnier d’exception dont ont profité les nombreux chercheurs de l’institut et du Cirad et bien sûr les chercheurs africains des CNRA partenaires venus exercer leurs programmes de recherche sur des dispositifs solides adaptés aux conditions édaphiques du milieu, mais aussi économiques et socioculturelles (Fréderic Normand qui lui a succédé peut en témoigner). Pépiniériste hors pair il a introduit, multiplié et diffusé un matériel végétal d’élite notamment des agrumes en provenance du conservatoire Inra-Cirad de San Giuliano en Corse.
Il a inventé un processus de multiplication rapide des greffons d’agrumes en deux temps lui permettant de planter des parcelles pilotes au bout d’un an alors que la méthode traditionnelle appliquée par tous demandait généralement trois ans. Il a inventé un outil manuel génial de transplantation de jeunes plants à racines nues très performant. Il a développé le concept de plantations sur buttes et celui de cultures fruitières à étages successifs en milieu aride. Enfin, toujours préoccupé par l’enrichissement en matière organique des sols pauvres et fragiles du Sahel, il a toujours trouvé le moyen et la méthode de valorisation des déchets organiques locaux notamment ceux issus des abattoirs – le succès de l’usage des cornes de zébu à Kismatari en est une riche illustration dont les effets étaient toujours visibles 10 ans après leur dépôt sous les arbres. Si le périmètre expérimental de Kismatari a été une vitrine exceptionnelle et un terrain expérimental singulier en milieu sahélien, il n’aurait pas eu d’impact durable sur le développement régional sans la diffusion de matériel végétal produit sur le site tant au nord Cameroun qu’au Tchad (région de Bébédjia) qu’au Niger (région de Diffa avec Michel Jahiel). Dans tous les villages où il a diffusé des agrumes, il choisissait avec les paysans l’endroit le plus adapté en matière de protection contre les animaux et de distance du point d’eau. Tous les arbres sont encore identifiables par un double étiquetage métallique. En résumé, Alain Sizaret avait la religion des arbres, la passion de créer des vergers pour les chercheurs, la fierté de former des pépiniéristes et des agronomes de terrain. C’était un modeste écologiste « pratiquant » ayant pour souci permanent de convaincre les africains de ne pas détruire les arbres mais plutôt d’en planter davantage. Cette écologie était celle du célèbre René Dumont (candidat aux élections présidentielles françaises de 1974) qui s’est rendu au Cameroun pour rencontrer Alain Sizaret et visiter ses réalisations de terrain. Convaincu par l’analyse du milieu et les pratiques de notre collègue, le professeur Dumont s’en est inspiré pour publier Pour l'Afrique, j'accuse : Le journal d’un agronome au Sahel en voie de destruction, paru chez Plon en 1986. La manière d’agir et de vivre sobrement d’Alain était à l’image de son éducation rigide et spartiate reçue lors de sa jeunesse passée sous l’occupation japonaise au Tonkin. Dans ses rares moments de repos il s’adonnait à une autre passion, la littérature. En Afrique, son mode de vie monacale consacrée totalement à l’action et la transmission de ses connaissances ne laissait aucune place au confort domestique.
Son expertise soutenue par ses réalisations multiples s’est traduite par des publications dans la revue Fruits, des communications à des congrès internationaux et des missions d’appui.
Alain Sizaret a quitté le Cameroun début 1986 pour se rendre au Congo quelques mois en appui à la société Agri Congo (financée par Elf et la présidence du Congo) pour créer des parcelles de production organiques et intégrées fruitières et maraichères. Ces parcelles étaient destinées à des jeunes diplômés nationaux sans emploi. Ce modèle incluant du petit élevage fut ensuite dupliqué au Gabon et au Cambodge par Agri Congo devenu l’ONG Agri-Sud. Enfin, après un passage très éphémère au Cirad-Flhor aux Antilles, il a cessé ses activités fin 1986 au Cirad dans le cadre du FNE pour partir définitivement en retraite en 1992. Marié avec son équipement portatif de greffeur et imprégné par son envie permanente de protéger la biodiversité, il ne pouvait pas rester inactif dans cette phase de préretraite. Il est parti avec ses outils, des greffons d’agrumes certifiés, des semences de porte-greffe à la recherche d’une île isolée dans le Pacifique Sud à l’abri de toutes maladies et ravageurs des agrumes. C’est ainsi qu’il s’est posé sur l’ile d’Ua Huka aux Marquises. Il a convaincu le maire Léon Litchle de l’intérêt d’implanter sur sa commune un conservatoire d’agrumes indemnes de tristeza et de greening. Ce conservatoire unique dans le Pacifique Sud, fait la fierté des Marquisiens et sert de réservoir de variétés authentiques pour les pépinières de Polynésie. François Pointereau, Jean-Jacques Baraer, Bernard Aubert et Yves Bertin qui ont visité cette réserve biologique singulière peuvent en témoigner. Enfin on doit citer sa dernière action discrète à caractère humanitaire conduite au Vietnam à la frontière du Cambodge où il a créé une pépinière d’agrumes à l’intention des handicapés victimes d’explosion de mines de guerre.
Pour conclure cette trajectoire d’un agronome autodidacte d’exception dont le Cirad peut être fier et les chercheurs de la filière fruits reconnaissants, Jean-Pierre Gaillard qui l’a bien connu quand il était chef de programme au Cirad Flhor considère avec humilité que, si un arbre géant est mort debout, des forêts de fruitiers tropicaux peuvent témoigner aujourd’hui de l’utile passage sur cette terre d’Alain Sizaret qui repose désormais à Norges-la-Ville en Côte-d’Or.
Nos pensées en sa mémoire s’adressent à sa famille et notamment son épouse Vincenette et leurs enfants et petits-enfants.

 

1985    Alain Sizaret avec René Dumont (à gauche) dans le verger expérimental de Kismatari proche de Garoua dans le nord Cameroun.

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Nous avons appris avec tristesse la mort de notre collègue Pierre Siband le 23 mai dernier à Perpignan, à l’âge de 76 ans.

Après ses études d’agronomie à l’Ensa de Montpellier, promo 1965, et une spécialisation en pédologie, Pierre a passé une année à l'ESAT de Nogent en 1968 pour rejoindre l’IRAT en 1969.

Il est affecté avec sa famille au Sénégal, d’abord sur la station de Séfa, où sa seconde fille est née en décembre 1970 dans des conditions particulièrement difficiles, puis sur la station de Bambey en 1972. Il a poursuivi ses travaux en Côte d’Ivoire, à Bouaké entre 1980 et 1985, avant de rejoindre Montpellier. En 1992, dans le cadre de l’organisation matricielle des nouveaux départements du Cirad, Pierre est chargé de monter une unité d’écophysiologie, l’UR-Fonctionnement du Peuplement Végétal, qu’il va diriger jusqu’à son affectation en 1998 à l’IRRI, aux Philippines. C’est là qu’il vivra le drame terrible qui va bouleverser sa vie : sa femme Line et sa fille Anne-Catherine meurent dans un accident de la route en décembre 1999. De retour à Montpellier en 2002, il prendra sa retraite en 2007.

pierresiband

Pierre a travaillé sur de multiples sujets tout au long de sa carrière, en étant le plus souvent un visionnaire et un précurseur. Agropédologue de formation, il aborde l’étude des sols rouges de Casamance par la méthode originale des chronoséquences, s’intéresse à l’efficience agro-économique, développe un premier modèle de bilan hydrique et, plus tard, explorera de manière aussi innovante l’effet rhizosphérique. Le texte fondateur qu’il a rédigé pour l’UR-FPV conceptualise les bases de la réflexion écophysiologique encore utilisées aujourd’hui sur ce nouvel objet scientifique que constitue le peuplement végétal, entre la plante des généticiens et l’itinéraire technique des agronomes.

A une époque où la plante est spécifique, Pierre transgresse les barrières. Il conduit sa thèse d’état sur le fonctionnement d’un peuplement de mil en conditions sèches ; il travaille ensuite sur le riz à Bouaké, puis à l'IRRI. A Montpellier, il théorise les phénomènes de compétition entre plantes et de compensation entre composantes du rendement sur le maïs avec Joseph Wey, travaux qui serviront de base à la conception de nouveaux modèles mécanistes de culture portés par Michael Dingkhun ; sur Canne à sucre, il dirige Jean-François Martiné et le développement du modèle Mosicas ; sur Sorgho, il encadre Tanguy Lafarge sur la modélisation de la mise en place de la surface foliaire en conditions sahéliennes, en partenariat avec le LEPSE.

Avec son esprit brillant, Pierre a incarné clairement la dimension recherche au Cirad, tout en portant un regard très attentif sur les résultats de ceux qui se confrontaient aux réalités du terrain. Il aimait passionnément le débat scientifique, exprimant ses analyses originales, diffusant son immense culture, stimulant toutes les initiatives des jeunes chercheurs. Il n’était ni dogmatique ni censeur et faisait volontiers confiance aux autres, avec une profonde gentillesse et bienveillance, ce qui n’empêchait pas un esprit critique redoutable, qui ne lui pas attiré que des amis. De très nombreux chercheurs du Cirad ont profité de ses talents et de sa pédagogie, en particulier au travers de l’encadrement des thèses pour lesquelles il avait une affinité particulière.

Mais ce qui restera surtout dans nos mémoires, ce sont ses qualités intellectuelles et morales et sa résilience face aux drames familiaux qu'il a dû affronter. La douleur de la perte de sa femme et de sa fille l’ont conduit à sa retraite à consacrer toutes ses forces dans des recherches très poussées en généalogie et à rédiger une « Histoire inachevée des miens » courant sur 3 siècles, merveilleusement rédigée sur plus de 1700 pages et qui se lit avec passion.

En notre nom collectif, j’adresse à son épouse, Laurence, à ses filles Marie-Pierre, Gabrielle et Mathilde et à leurs familles, nos condoléances et notre soutien dans le moment difficile qu’ils affrontent.

L’enterrement a eu lieu en famille le 28 mai 2020 à 14h00 en l'Église de Saint-Clément-de-Rivière.                                                  

Michel Eddi 

Président directeur général

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siband 1972 siband 1978

Le Cirad avait annoncé qu’à compter du 1er avril, les Ciradiennes et Ciradiens retraités pourront candidater à un statut d’expert émérite. Il s’agit pour le Cirad de capitaliser les compétences en matière d’expertise dont il aurait besoin, de transmettre aux nouvelles générations de chercheurs les savoir-faire et les contacts liés à l’exercice de ce métier et de répondre aux demandes des partenaires, lorsqu'il ne disposera pas de suffisamment de ressources en interne. La situation actuelle de fermeture partielle du Cirad va certainement retarder la mise en place de ce statut. L’Adac s’emploie en à savoir plus. Dans l’attente d’informations supplémentaires, veuillez vous enregistrer pour connaître celles déjà disponibles et cliquer ici.

Sous l’égide de l’Adac, les curieux et amoureux du Maroc se sont retrouvés, le 8 janvier 2020, à l’amphithéâtre Jacques Alliot du Cirad pour assister à la présentation faite par Philippe Jouve d’un nouveau film auquel il a participé. Il nous avait déjà donné à connaître son intérêt à ce pays à travers une précédente séance cinématographique et une exposition de photos sur le Maroc. Cette fois, il s’agissait de nous faire découvrir Kasbat, une oasis de l’Anti-Atlas représentative de ce type d’agroécosystèmes que l’on trouve dans la région du Bani en bordure du Sahara. Entraînés par le talent du conférencier, nous avons découvert le magnifique environnement minéral dans lequel Kasbat se situe alors que l’oasis fut, au néolithique, au milieu d’une région verdoyante. Plus récemment, ce fut un lieu de coexistence entre Juifs et Arabes et un lieu de commerce caravanier transsaharien actif. Dans les temps modernes, son enclavement et les épisodes d’assèchement climatique avaient induit son repli et son déclin, au point que sa survie était menacée. Grâce à des associations comme l’Alcesdam et l’Azaghar, la mobilisation des populations locales a pu se faire autour de nombreux projets innovants (réhabilitation des dispositifs d’irrigation, régénération des palmeraies, mise en place de nouveaux forages à énergie solaire avec des dispositifs plus économes en eau, diversification des cultures, unité de traitement et conditionnement des dattes…). Parallèlement, le désenclavement routier opéré par l’Etat marocain a relancé l’économie locale avec des impacts positifs pour l’éducation, le statut des femmes, la limitation de l’émigration. Il reste que la viabilité économique de Kasbat et celle des autres oasis du Bani est incertaine. La création de services collectifs et de dispositifs de solidarité interrégionale de même que la valorisation touristique d’un riche patrimoine culturel et architectural donnent des marges de manœuvre et permet d’espérer de l’avenir. D’ores et déjà, le film fait valoir que l’organisation des acteurs oasiens et leurs efforts n’ont pas été vains. De plus, la beauté des images, soutenue par des choix musicaux originaux, lui confère une valeur esthétique qui a été appréciée par l’assistance. Après la présentation du film, celle-ci a posé de nombreuses questions à Phillipe Jouve. Sans surprise, elles ont concerné principalement les cultures d’oasis notamment celle de palmiers dattiers.

Vous devez être enregistré pour voir le film. 

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 annoncefilmKasbat

NourAhmadiNotre collègue Nour Ahmadi, doublement jeune en tant que retraité du Cirad et adhérent de l’Adac, a reçu de la main de Jean-Christophe Glaszmann l’insigne de chevalier de l’ordre national du Mérite à l’occasion d’une cérémonie organisée, le 11 décembre 2019, à l’amphithéâtre Jacques Alliot du Cirad. Cette distinction vient honorer un exemplaire parcours personnel. Embauché après sa thèse en génétique à Orsay en 1982, acquérant au Cirad une riche compétence professionnelle en exerçant des responsabilités de plus en plus importantes, il est devenu un expert internationalement reconnu de la sélection et de la génétique du riz. L’Adac le félicite et lui souhaite toute la réussite dans sa nouvelle vie.

Nous étions 26, le jeudi 26 septembre à vivre l’expérience inhabituelle d’un voyage en car pour une sortie récréative à la découverte des vallées industrieuses des Cévennes : ce mode de déplacement nous a paru plus approprié que la voiture individuelle pour rouler sur les routes sinueuses que nous avions à parcourir. Partis à 9 heures en bénéficiant d’un temps ensoleillé puis passant par Ganges et Saint-Hippolyte-du-Fort, nous sommes arrivés à Sumène, petite ville représentative des nombreux centres textiles des Cévennes du XIXe et de la première moitié du XXe siècle. Nous avons été accueillis par M. Serge Massal le dynamique directeur de l’entreprise familiale L’Arsoie-Cervin, la dernière fabrique de bas de luxe encore existante en Languedoc.cevennes2019 (13) Récupérant in extremis quelques-uns des derniers métiers à tisser Reading datant du plan Marshall, s’appuyant sur des ouvriers à la retraite pour faire redémarrer les machines au terme de deux ans de laborieux réglages, l’entreprise a pu sauver un savoir-faire unique qui lui permet aujourd’hui d’être la seule au monde apte à produire des authentiques bas artisanaux en nylon cristal, en 100 % soie et en cachemire et soie. Elle fabrique aussi des produits modernes : collants en soie/lycra, en cachemire ou des collants d’une transparence inégalée. L’entreprise qui exporte aujourd’hui dans le monde entier a reçu en 2016 le label « Entreprise du Patrimoine vivant ». Il reste qu’elle est freinée dans son développement par le manque de main-d’oeuvre qualifiée. Dans les années 1950, 800 personnes travaillaient à Sumène dans l’industrie textile. Aujourd’hui, elles ne sont plus qu’une trentaine dans l’entreprise L’Arsoie-Cervin alors que son directeur aurait de l’activité pour 150 employés. Le monde industriel, à l’image des impressionnantes et complexes machines que nous avons vues dans l’usine, n’éveille apparemment que peu d’intérêt auprès des jeunes.

La visite terminée nous nous sommes retrouvés au restaurant Autours des Mets au centre de Sumène pour un repas fort apprécié qui vaudra à l’établissement une appréciation élogieuse et méritée de notre ami Francis Ganry dans TripAdvisor. Reprenant ensuite la route en car, nous avons été jusqu’au beau Musée des vallées cévenoles à Saint-Jean-du-Gard. Celui-ci est installé dans une filature de soie dite Maison rouge qui fut la dernière à fermer en France en 1965. Nous avons pu y découvrir l’histoire des Cévennes et son lien avec le protestantisme qui est ici un élément identitaire important. Nous y avons été instruits de la façon dont la population a su exploiter un milieu naturel peu généreux en valorisant des productions agricoles parfois originales comme celle de la châtaigne. Enfin, il nous fut donné de mieux connaître l’esprit d’entreprise des cévenols qui réussirent au XIXe siècle leur adaptation au monde industriel textile grâce à la sériculture. Tout au long de la visite, de nombreuses vitrines avec d’ingénieux et souvent d’émouvants objets, des documents, des photos qui restituent une époque dont le musée s’emploie à sauver le souvenir. C’est donc au terme d’une journée bien remplie que le retour en car, aux mains d’un chauffeur expérimenté, nous a ramenés à Montpellier à 19 heures.

A l’issue de cette sortie, Francis Ganry, très inspiré, a rédigé ce poème :

Dans les Cévennes à Sumène, la soie est labeur et honneur.
Des Cévenols réussirent un jour cette gageure qui fit leur bonheur
De rehausser la qualité des bas et collants de quinze à neuf deniers.
Une telle prouesse fit la célébrité des Suménois qui glorifièrent le denier.
Et rendirent alors à la soie de Sumène, un véritable culte.
C'est ainsi que leur mesure, le denier, devint le denier du culte

 

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