Mes souliers africains sont tous morts à la tâche.
C’étaient des Pataugas, empeigne de coton,
Semelle en caoutchouc protégeant le talon.
Ils m’ont conduit partout, simplement, sans relâche.

Mes souliers ont souffert souvent dans les maraischaussuresdebrousse
Qu’il fallait parcourir pourtant, coûte que coûte
Pataugeant, subissant ces bêtes qu’on redoute
Moustiques ravageurs, amateurs de sang frais.

Mes souliers ont vécu dans la savane immense
Découvrant en tous lieux des hommes obstinés
Travaillant cette terre ainsi que leurs ainés
Sur la terre courbés dans un effort intense.

Mes souliers ont vécu longtemps dans la forêt
Parfois pleine de cris, parfois silencieuse.
Dans cette ombre oppressante et souvent si trompeuse.
Ils m’ont conduit partout sans peur et sans regret.

Mes souliers ont œuvré sur la terre africaine
Pour donner aux enfants du riz ou bien du mil
Pour sans doute éviter qu’ils ne fuient en exil,
Pour faire de leur vie une existence humaine.

Mes souliers de tout cœur je vous dis grand merci
Sans vous qu’aurais-je fait là-bas près du tropique ?
Sans vous je n’aurais vus tous ces gens de l’Afrique ?
Sans vous aurais-je pu voir leur sort adouci ?

Mes souliers africains qui sont morts à la tâche
Referaient le parcours s’il le fallait encore
Seulement pour les gens, oubliant le décor
Seulement pour l’Afrique avec ou sans panache.

Mes souliers africains tout là bas sont restés
Si vous en trouvez un au détour d’une route
Soyez bien convaincus qu’ils m’attendaient sans doute
Et que depuis longtemps ils sont acclimatés. 

RB 22/02/2017

Commentaires

jmartin
1 semaine ya
Ô sages, ô temps d'espoirs, ô scorpions ennemis !

Versicotage besogneux en hommage croisé
aux produits de leurs plumes :
les purs alexandrins de feu Roger Bertrand
et les si belles rimes de Bernard Simon,
en toute liberté octo-hexasyllabique,
bien loin d'égaler leurs si belles cadences :
à tous seigneurs : tout honneur !

Puisse cette piètre pataugeoire poético-historique,
admirative du monument élevé par un de nos anciens
en huit magnifiques quatrains de parfaits alexandrins
honorer et orner ses souliers africains nés en pays souletin !

Très émouvant l'hommage à ses fidèles chaussures
Du chercheur baroudeur, marcheur au long cours
Pédologue aguerri, humaniste certain,
Et si bien balancés ses beaux alexandrins !

Cette chaussure coton et caoutchouc,
parente éloignée de l'espartègne espagnole,
garantie cent pour cent en sparte des Indes
patiemment tressé par des mains féminines
celles des vaillantes Souletines
et des hirondelles navarro-aragonaises !
Modeste espartègne émancipée en fameuse espadrille
qui fit longtemps la prospérité de Mauléon-Licharre.

Avec les pataugas, adieu au sparte et bienvenue au caoutchouc
et à une toile coton plus renforcée, peut-être de Nîmes,
pour sortir des sentiers battus et explorer de lointaines contrées
C'est en effet chaussé de pataugas pour la brousse
et d'espadrilles pour la pétanque du soir, au club,
que je débarquais en 1982 à Bébedjia, Tchad méridional
sur ordonnance expresse de mon chef de division,
l'agronomie cotonnière, corps d'armée IRCT.
Pataugas et ciradiens auraient-ils destins liés ?

Parfaitement adaptés aux terrains secs et sablonneux,
ainsi qu'aux épisodes de patauge obligés,
par exemple en pleine saison des pluies
bien loin des déserts et des Bédouins de l'Arabie
pour traverser des marigots en furieuse crue,
mais bien près de redoutables aiguillons,
ceux de scorpions savanicoles en détresse,
se tenant perchés en haut de quelques madriers
d'un humble pont de bois outragé par les flots.

Serait-ce une raison pour sur les pataugas
Fantasmer en mode nec plus ultra ?
Ces vénérées chaussures à lacets,
Convenaient-elles aux brousses à hautes herbes ?
Finies les pluies, en début de saison sèche,
ces terrains de savane si riches en graminées
aux épillets armés d'arêtes piquantes et pénétrantes
s'enfilaient par les œillets jusqu'à meurtrir la peau
et freiner la marche cadencée des meilleurs marcheurs.

Les pataugas brunes de mes vertes années
sont hélas pour moi époque révolue,
Ayant entretemps cédé aux sirènes sud-américaines
Avec leurs agro-bottines, proches des ibères camperas
Aisément décrottables – aux décrottoirs d'haciendas,
facilement séchables le soir derrière quelque frigo bar
et moins enclines à piéger des graviers en semelles crantées,
fusse leur caoutchouc fait du latex délicatement saigné
des meilleurs clones d'hévéa bien élevés par l'IRCA.

Mais tout ce baragouin n'est rien comparé au plaisir
de réciter posément et à intelligible voix
les élégants hémistiches ciselés au piochon
de notre regretté chantre de l'humano-pédologie
et de la géopoétique ciradienne, Roger Bertrand,
célébrés par les belles rimes de notre nomade retraité,
poète d'active finement inspiré, Bernard Simon.
JM, ciradien sédentarisé,
charentaises ou espadrilles aux pieds,
en attendant la saison des hawaïennes,
si possible loin de tout aiguillon des scorpions-l'hermite !

José Martin
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jmartin
1 semaine ya
Emouvant cet hommage à ce modeste soulier
d'un fantassin au long cour et chercheur baroudeur
Pédologue aguerri, humaniste certain
Et si bien balancés ses beaux alexandrins !

Cette chaussure coton et caoutchouc,
parente éloignée de l'espartègne espagnole,
garantie cent pour cent en sparte des Indes
patiemment tressé par des mains féminines
celles des Souletines et des hirondelles navarro-aragonaises !
Modeste espartègne émancipée en fameuse espadrille
qui fit longtemps la prospérité de Mauléon-Licharre.

Avec les pataugas, adieu au sparte et bienvenue au caoutchouc
et à une toile coton plus renforcée, peut-être de Nimes,
pour sortir des sentiers battus et explorer de lointaines contrées
C'est en effet chaussé de pataugas pour la brousse
et d'espadrilles pour la pétanque du soir au club
que je débarquais en 1982 à Bébedjia, Tchad méridional
sur ordonnance expresse de mon chef de division
d'agronomie cotonnière, corps d'armée IRCT.
Pataugas et ciradiens auraient-ils destins liés ?

Parfaitement adaptés aux terrains secs et sablonneux,
ainsi qu'aux épisodes de patauge obligés,
par exemple en pleine saison des pluies
pour traverser radiers ou ravines en crue
où de fâcheuses rencontres avec des scorpions restaient possibles
perchés qu'ils se tenaient en haut de grands bois couchés par les flots.
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SIMON Bernard
8 années ya
On n'a pas que des avantages
à abandonner ses souliers
car les scorpions, bêtes sauvages,
peuvent trouver à s'y loger.

Ce fut mon cas, je vous le gage,
dans un désert d’Arabie
où, sous la tente, notre équipage
se réfugiait durant la nuit.

Heureusement, au voisinage,
couchait mon bédouin d'ami
qui, nomade en ce paysage,
savait détruire l'ennemi.

C'est ainsi que finit ma page
et c'est tout pour aujourd'hui !

B.S. nomade retraité
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