Gérard Bourgeon, né le 14 février 1948 à Lyon, est décédé le 1er juillet 2026 dans le 18ᵉ arrondissement de Paris, à l’âge de 78 ans.
Ingénieur agronome diplômé de l’Institut national agronomique de Paris en 1972 et docteur de l’université Paris-VI en 1991, Gérard Bourgeon consacra sa carrière à l’étude, à la cartographie et à la mise en valeur des sols tropicaux. Entré à l’Irat en 1972 comme volontaire du service national à Bouaké, en Côte d’Ivoire, il poursuivit son parcours comme ingénieur de recherche au sein de l’Irat et du Cirad.
Il effectua deux longs séjours à l’Institut français de Pondichéry (IFP), d’abord comme chercheur, de 1985 à 1991, puis comme responsable du département d’écologie, de 1993 à 1998. À son retour à Montpellier, en 1991, il reprit la responsabilité d’un projet européen consacré aux mécanismes d’agrégation des sols tropicaux qu’il clôtura en décembre 1992. À partir de 1998, il rejoignit à Montpellier le programme Agronomie, puis l’unité de recherche Recyclage et risque en 2005. Il prit sa retraite en 2009.
Il convient de revenir sur l’année 1991. Revenu de son premier séjour en Inde, il est appelé à reprendre l’animation d’un projet européen associant le Cirad à des partenaires du
Burkina Faso, du Mali, des Pays-Bas et de France, confronté à une situation délicate. Gérard sut en rétablir la dynamique scientifique et collective et sa production scientifique fut remarquable. Il a notamment jeté les bases d’un modèle statistique qui lui a permis plus tard d’établir les cartes du carbone des sols à partir de données pédologiques et écologiques. Cela lui a conféré une expertise internationale reconnue par ses pairs dans le domaine de la séquestration du carbone.
Ses compétences couvraient la pédologie, la cartographie et la classification des sols, la géomorphologie, la physique et les propriétés hydrodynamiques des sols, ainsi que l’étude de leur potentiel agricole et de leur matière organique. Son expérience de terrain s’étendait à de nombreux pays d’Afrique et d’Asie, parmi lesquels la Côte d’Ivoire, le Nigeria, Madagascar, le Mali, l’Inde, l’Égypte, l’Irak, la Libye, le sultanat d’Oman, le Togo, l’Indonésie et le Vietnam. Certaines de ses missions furent accomplies dans des conditions difficiles, voire périlleuses (comme à Ologbo au Nigeria), mais il ne renonça jamais devant le risque.
Son expertise fut également sollicitée dans les territoires français d’outre-mer. En 2000, une mission à Wallis-et-Futuna le conduisit à étudier la fertilité et les potentialités agricoles des sols de cet archipel volcanique, dans un environnement insulaire particulièrement fragile. À la Réunion, il contribua à la caractérisation des sols volcaniques, à l’actualisation de leur cartographie dans l’Ouest de l’ile et à l’étude de leur vulnérabilité aux transferts de polluants. Ce fut l’occasion pour lui de mettre au point une méthode de granulométrie des Andosols (après traitement à l'oxalate) pour révéler la pédogenèse liée au lessivage des argiles, invisible du fait des phases mal cristallisées.
Dans tous ces pays et territoires, il observa, décrivit et cartographia les sols et les paysages avec la patience et la précision qu’exige la pédologie de terrain. Ses recherches sur les sols rouges de l’Inde péninsulaire, les latérites, les Ghâts occidentaux et les Nilgiri constituent une contribution durable à la connaissance des milieux tropicaux.
Pour lui, le sol ne pouvait être considéré isolément. Il fallait le comprendre dans son histoire et dans ses relations avec le relief, le climat, l’eau, la forêt et les activités humaines. Cette manière ample et exigeante de lire les paysages le conduisit à travailler aussi bien sur la répartition des formations forestières que sur la gestion de l’eau, la biodiversité et le stockage du carbone. Sur ce dernier sujet, il fut, en 2002, l’un des organisateurs pour le Cirad du colloque international d’Agropolis consacré à la gestion de la biomasse, à l’érosion et à la séquestration du carbone.
L'ensemble de ses publications est disponible sur Gérard Bourgeon sur Agritrop.
Peu enclin à se mettre en avant ou à se battre pour obtenir des titres et des galons, Gérard exerçait avec modestie une discipline, la pédologie, qui, depuis longtemps déjà, n’avait plus tout à fait le vent en poupe au Cirad. Ses travaux furent cependant éminemment reconnus dans les milieux universitaires français et internationaux.
En dehors de la pédologie, Gérard était passionné par Montmartre au point de collectionner des milliers de cartes postales anciennes sur ce sujet, en les resituant dans le paysage moderne. Il fréquentait assidument les marchands et les bourses de Montpellier et de Paris pour rechercher ces témoins du passé, de Montmartre au jardin tropical de Nogent. Gérard avait comme autre passion, liée elle aussi à son lieu de vie à Paris, les romans de Francis Carco, dont il possédait des exemplaires uniques qu’il dénichait dans les salles de vente.
Il était un grand marcheur, en ville comme à la campagne. Il aimait tout particulièrement arpenter Paris, ville qui le passionnait profondément et qu’il parcourait avec la curiosité et l’âme d’un historien et d’un fin gourmet qui adorait dénicher les bons restaurants. Malheureusement, ses dernières années ont été marquées par la perte totale – et semble-t-il inexpliquée – de la motricité.
Avec sa grande barbe, sa démarche lente et sa parole toujours posée, Gérard avait une allure monacale, presque celle d’un sage ou d’un ermite à l’humour un peu piquant mais jamais agressif. Sa présence inspirait à la fois le calme, la réflexion et une tranquille bienveillance.
Les anciens du Cirad
Amicale des anciens du Cirad (Adac)
Hommages de membres de l'Association française d’Étude des sols (Afes)

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