De la modélisation du vivant à une philosophie du métier de chercheur : l'expérience et les convictions de Philippe de Reffye
Propos de Philippe de Reffye, recueillis et édités à partir d'une prise de parole figurant dans le diaporama réalisé en son hommage à l'occasion de la Conférence internationale sur l'intelligence agricole et écologique (AIEI 2026).
« Au départ, je travaillais sur les caféiers. J'avais observé que les plantes produisaient de nouvelles feuilles et qu'à l'aisselle de ces feuilles apparaissaient de nouvelles branches. Ces branches produisaient à leur tour des feuilles, puis des fleurs.
Je me suis aperçu que tout cela se mettait assez bien en équations.
Avec les ordinateurs, nous avons commencé à faire des représentations graphiques de la croissance des plantes. C'était joli, cela permettait de communiquer les résultats, mais ce n'était pas suffisant.
Une plante, ce n'est pas seulement une architecture qui se développe à partir de bourgeons. Il y a aussi la photosynthèse, et il faut comprendre comment tout cela fonctionne ensemble.
C'est là qu'intervient la théorie. J'aime beaucoup cette phrase : " Sans théorie, il n'y a pas de mesure valable. "
Si vous n'avez pas de théorie, vous mesurez n'importe quoi. La théorie permet de savoir ce qu'il faut mesurer et de confronter les résultats aux observations.
Au début, nous faisions essentiellement de la simulation. Nous fabriquions des plantes virtuelles. Ensuite, nous sommes passés à des méthodes de calcul permettant notamment d'estimer les paramètres des modèles.
Avec une plante virtuelle, on peut faire toutes les mesures que l'on veut. On peut tester les algorithmes, voir s'ils fonctionnent correctement, avant de les appliquer à des plantes réelles. Cela permet de gagner beaucoup de temps par rapport aux expériences dans les champs.
On dit souvent que ce qui caractérise un chercheur, c'est la curiosité. Mais je ne crois pas que ce soit seulement cela.
Je pense que c'est surtout l'attention que l'on porte à ce que l'on étudie. Une attention permanente, qui comporte aussi une dimension affective.
Il y a une forme d'amour pour ce que l'on fait, pour ce que l'on cherche à comprendre.
C'est peut-être cela, finalement, qui caractérise le chercheur. »
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