Hommage de l’Adac (Amicale des anciens du Cirad[1]) à Abdoul-Aziz Sy

Abdoul-Aziz Sy est décédé le 14 décembre 2023, alors qu’il s’apprêtait à repartir en mission de consultation internationale.

Il était un sympathisant de l’Adac. Si nous tenons aujourd’hui à lui rendre cet hommage, tardif certes mais qui nous tenait à cœur, c’est parce qu’il nous paraît important de rappeler non seulement son parcours scientifique, mais aussi la personnalité et les convictions qui l’animaient.

Au-delà de sa proximité avec le Cirad, nous voulons surtout saluer chez Aziz son sens des relations humaines. Il savait créer des liens, rapprocher les personnes et les institutions, et faire naître des collaborations en dépassant les appartenances, les rivalités et les esprits de chapelle. Et puis, tout simplement, il y avait chez lui un véritable altruisme.

C’est ainsi qu’il joua un rôle moteur, avec Aboubakry Sarr et Francis Ganry, dans la valorisation de l’œuvre de René Tourte consacrée à l’histoire de la recherche agricole en Afrique. Cette initiative correspondait bien à sa personnalité : préserver une mémoire scientifique, la transmettre et, surtout, la porter à la connaissance des décideurs et des responsables politiques, aux niveaux africain et international.

Rendre hommage à Aziz, c’est aussi rappeler le scientifique qu’il fut et quelques-uns de ses travaux, auxquels il consacra une partie de sa vie.

Les premières recherches d’Aziz s’inscrivent dans la continuité des travaux de phytopathologie menés au Sénégal dans les années 1970, notamment par Jean-Claude Girard à l’Irat[2], qui avait étudié le petit mil, le sorgho, l’état sanitaire du riz et les maladies affectant ces cultures. En tant que chef de service de phytopathologie végétale au Centre de recherche agronomique de l’Isra[3]Aziz coordonna les activités de diagnostic, d’épidémiologie, d’étiologie et de gestion des agents phytopathogènes dominants du mil, du sorgho, de la canne à sucre, de l’arachide et du riz. Il approfondit la problématique de l’état sanitaire du riz en se consacrant particulièrement à la pyriculariose, l’une des maladies fongiques les plus importantes du riz.

Son apport original fut surtout de dépasser le diagnostic et l’étude de la maladie pour rechercher de nouvelles méthodes de lutte biologique, fondées sur l’utilisation de micro-organismes antagonistes du champignon responsable. Cette approche, développée dès sa thèse de docteur-ingénieur de 1976 et approfondie jusqu’à son doctorat d’État ès sciences en 1987 — qui fit de lui le premier Sénégalais titulaire d'un tel diplôme en phytopathologie — était particulièrement novatrice. Elle préfigurait les méthodes de protection intégrée des cultures qu’il devait ensuite développer à l’Adrao[4]/AfricaRice, où ses recherches portèrent notamment sur les maladies du riz et les moyens d’améliorer durablement leur contrôle.

Ses activités scientifiques le placèrent ainsi au cœur des collaborations entre les institutions africaines, françaises et internationales de recherche agronomique, notamment l’Isra, l’Adrao/AfricaRice[5], le Cirad, l’IITA[6] et, plus tard, la FAO[7].

Peu de parcours illustrent aussi bien cette circulation entre les continents et les institutions. En tant que phytopathologiste principal à l’Adrao/AfricaRice, il travailla dans des programmes associant notamment des chercheurs du Cirad. Le directeur général de l’AfricaRice Center a fait état de sa contribution scientifique.

Dans les années 1990, il poursuivit sa carrière à l’IITA en tant que chef de l’Unité Évaluation et Transfert de Technologies dans le Centre de lutte biologique pour l’Afrique, avant de rejoindre la FAO, en tant que fonctionnaire principal en recherche et développement des technologies agricoles couvrant l’Afrique subsaharienne, à Accra puis au siège à Rome.

Son activité ne se limita jamais à la seule recherche : elle fut aussi celle d’un homme convaincu que la science n’a véritablement de portée que lorsqu’elle circule, se partage et contribue au développement. Il rejoignait en cela des figures comme René Tourte, dont il contribua, comme nous l’avons vu, à valoriser l’œuvre, ou Papa Abdoulaye Seck, ancien ministre du Sénégal, qui a dressé un éloge chaleureux de son œuvre, et dont l’appui fut décisif pour permettre l’édition sur papier par L’Harmattan de l’encyclopédie de René Tourte.

Plus tard, revenu en France où il résidait avec sa famille, il demeura très actif au sein de l’Académie des sciences de Toulouse – qui lui rendit un vibrant hommage – et continua de mettre son expérience au service de la recherche et du développement international, effectuant encore de nombreuses missions à l’étranger. Il fut aussi membre du Comité scientifique et technique (CST) de l’Isra de 1995 à 2002 et le présida plusieurs années; il en redevint membre de 2013 à 2019, où il retrouva Aboubakry Sarr alors président du CST et Francis Ganry. Il fut également membre actif de l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal. Ses confrères, le Dr Ousmane Kane, le Dr Moctar Touré et le Dr Amadou Tidiane Guiro, membres, ont tenu à mettre en lumière l’empreinte durable laissée par son travail et sa personne.

Jusqu’à ses derniers jours, Aziz resta fidèle à cette volonté d’être utile aux autres, mettant à leur service son expérience professionnelle, son réseau de relations et son souci humaniste.

Il faut enfin évoquer une autre dimension de sa personnalité. Homme croyant et pratiquant, Aziz manifestait en même temps une ouverture aux autres religions. Cette forme personnelle de syncrétisme religieux prolongeait, au fond, ce qui caractérisait toute sa manière d’être : refuser les cloisons, créer des passerelles et chercher ce qui rassemble plutôt que ce qui sépare.

Qu’il se soit éteint alors qu’il s’apprêtait, une nouvelle fois, à partir en mission résume peut-être mieux que tout autre détail cette vie demeurée jusqu’au bout guidée par la volonté de mettre son savoir et son expérience au service des autres.

D’autres témoignages disent, avec une grande justesse, l’homme qu’Aziz fut pour nombre d’entre nous ; on les retrouve ci-dessous en cliquant sur les vignettes dédiées. Cet hommage de l'Adac vient s'ajouter à ces voix qui, chacune à sa manière, lui rendent ce qu'il nous a donné.

L’Adac remercie chaleureusement Mme Mariam Sy, fille d’Abdoul-Aziz Sy, pour sa précieuse contribution à la rédaction de cet hommage.

 

[1] Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement

[2] Institut de recherches agronomiques tropicales et des cultures vivrières

[3] Institut sénégalais de recherches agricoles

[4] Association pour le développement de la riziculture en Afrique de l’Ouest

[5] En 1990, Aziz déclina un poste de professeur d'agronomie à l'ENSAT pour rejoindre l'Adrao (aujourd'hui AfricaRice).

[6] Institut international d’agriculture tropicale

[7] Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture

 

Cliquer sur la vignette pour lire les hommages.

Cliquer sur la photo pour l'agrandir.

   aziz vers1980              Aziz vers les années 75-80         

                         Aziz avec un collègue de l'Icrisat en Inde              en 1977   
     Aziz à Toulouse vers les années 75-80
                  A Toulouse en 1987  
          Aziz, à Mbé près de Bouaké en
           Côte d’Ivoire, vers 1993
            Avec le chapeau, dans les rizières
        de Mbé près de Bouaké en Côte d’Ivoire,
        vers 1994

                          Aziz vers 1995

          Aziz formant des jeunes chercheurs
           en Côte d'Ivoire vers 1991 

            Aziz parmi les membres du CST
           de l'Isra en novembre 2014
           (dans le bus de l'Isra menant le CST
           au CNRA de Bambey)

            Aziz à l'Emirates Golf Club, Dubaï,
            août 2016
 

  Gauche : en octobre 2020 
  Centre : au mariage de sa fille
   cadette le 2 décembre 2017 à Dakar

         Aziz avec son fils cadet au golf
         de Seilh (Toulouse), août 2019
 


Commentaires

moctar mbaye
2 semaines ya
Un tonton formidable exceptionnel une belle ame que le firdaws soit son ultime demeure
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Cheikh Ahmed T. Sy
2 semaines ya
C'était un homme d'une humanité et d'une bonté exceptionnelles. Un homme au cœur d'or nous a quittés, laissant un vide difficile à combler, tant son amour pour sa famille et ses amis était profond. Tous ceux qui ont eu la chance de le connaître garderont précieusement le souvenir d'un homme véritablement grand, caractérisé par la vertu, la piété et une générosité sans bornes. Nous prions Dieu Tout-Puissant de lui accorder une place au Paradis (au plus haut degré du Paradis).
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Milesi Simone
2 semaines ya
Bonjour
Ma petite contribution ( hors professionnel ) de voisine de maison près de Toulouse en France.. Je pense encore à lui et à son épouse.et ses enfants. C'était un voisin que je et nous regrettons et que nous avons eu le chance de connaître... appréciable dans sa gentillesse son humanité et son savoir qu'il aimait partager dans des discussions cordiales toujours intéressantes. Un homme de bien que l'on ne pouvait qu'aimer..
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Dieynaba Djigo
2 semaines ya
Mon oncle était super gentil. Il aimait ses sœurs, ses frères, ses enfants, ses nièces, ses neveux, ses parents ; bref, tout le monde. Qu’Allah lui accorde le plus haut degré du paradis éternel. Aamiine. Mayri Djigo
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Boubakar Dione
2 semaines ya
Lorsque je suis arrivé à Toulouse en 1983 pour mes études de droit, Aziz m’a accueilli comme un grand frère.

Dans une période où tout était nouveau pour moi, il a su me guider, me conseiller et me soutenir avec une générosité exceptionnelle.

Je n'oublierai jamais ce qu’il a fait, avec son épouse Fatim, pour moi. Il a marqué ma vie par son humanité, sa bienveillance et son sens du partage.

Aujourd’hui, je veux simplement lui redire merci. Merci pour tout ce qu’il m’a apporté et pour l'homme inspirant qu’il a été.

Aziz restera à jamais dans mon cœur et dans ma mémoire. Que Dieu l’accueille dans son paradis.
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Pierre Triboulet
1 semaine ya
Merci pour tous ces témoignages où nous reconnaissons les grandes valeurs d'Aziz. Nous avons développé de forts liens d'amitié avec Aziz et sa famille depuis une vingtaine d'années à Toulouse. Nous étions sous le charme de ses talents de conteur infatigable et passionnant sur sa carrière professionnelle, depuis son premier voyage aux Etats-Unis, ... son premier recrutement à l'international, jusqu'à ses innombrables missions en Afrique, ... C'était un scientifique passionné avec une très grande culture et humanité. Il s'intéressait à tous les sujets, notamment aux questions de développement dans le monde. Il était attentionné avec tous, quel que soit leur statut ou leur origine. Il laisse derrière lui à la fois des souvenirs émus et un grand vide.
Avec nos pensées affectueuses à la famille SY.
Pierre et Marly Triboulet
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Fatimata Niang
1 semaine ya
Repose en paix grand-père
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Ousmane Nafolo Couli
Hier
J’ai rencontré Aziz le Dr Abdoul Aziz Sy en 1998 a IITA (Institut International d’Agriculture Tropicale) au Centre de Lutte Biologique de Cotonou, Benin. Aziz y était Phytopathologiste Senior. J’étais Agroéconomiste Associé a IITA Cameroun a Yaoundé. Apres notre première rencontre, Aziz me proposa une collaboration inédite sur le champ et en ces termes ‘ Ousmane, nous allons collaborer pour renforcer les capacités des programmes nationaux de recherche de Dakar à Addis Ababa a travers des cours en Anglais et Français ‘. Nous avons élaboré ensemble le cours intitulé « Impact économique et financier des technologies de lutte contre les insectes et maladies des plantes en Afrique » en Anglais et Français. Ensemble nous avons renforcé les capacités de plus de 700 chercheurs anglophones et plus de 800 chercheurs francophones d’Afrique de l’ouest, du Centre, de l’Est et du Sud et des chercheurs internationaux provenant des USA, Italie, Danemark, Suisse, France, Angleterre. Ces cours ont eu un franc succès grâce a la promotion faite par Aziz auprès des partenaires techniques et financiers tels la FAO, le FIDA, la GIZ et la BAD.
Aziz m’a toujours pris comme un jeune frère, un ami et m’a toujours conseillé depuis que je l’ai connu à IITA et en dehors de IITA. Un homme vaillant, rigoureux, ordonné, honnête, sincère, pratique et très juste.
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