Le professeur Yves Demarly est décédé le 13 mars 2026 à Versailles, à l’âge de 98 ans.

Hommage de Jacques Chantereau

demarly photoIl est parti dans la plus grande discrétion sans, qu’à ma connaissance, il y ait eu un rappel institutionnel de sa carrière et du rôle central qu’il a joué dans les années 1960-1980 pour la génétique végétale.

Avec son laboratoire à l’université d’Orsay et son DEA d’amélioration des plantes, il y a formé durant vingt ans la majorité des sélectionneurs français et francophones du Sud, recrutés ensuite dans des institutions publiques ou des établissements privés. Ils sont ainsi nombreux ceux du Cirad ou de l’IRD qui ont, comme moi, bénéficié de son enseignement. Pour son souvenir, j’entreprends de mieux faire connaitre son parcours et ses idées qui sont toujours d’actualité. A cette fin, j’ai largement eu recours à son interview publiée dans le N° 3 d’Archorales de 1999 : https://hal.inrae.fr/hal-02842496/document  [1]

De façon plus personnelle, je dis aussi ce que j’ai tiré de son enseignement à Orsay quand, dans son DEA, intervenaient à ses côtés des personnalités scientifiques de premier plan comme Jean Pernes en génétique, Jean Chevaugeon en phytopathologie et René Nozeran en botanique et fonctionnement végétal.

Enfin, je joins des contributions de collègues aux parcours variés qui ont bien voulu témoigner de leurs relations scientifiques et humaines avec Yves Demarly. Tous l’ont apprécié et sont reconnaissants de son apport à leur carrière.  

Biographie

Yves Demarly était originaire du département du Nord où il naquit en 1927. Ses parents étaient instituteurs. Il intégra l’Agro en 1947. Comme la génétique était ce qui l’intéressait le plus, il se spécialisa dans cette matière avec un intérêt plus particulier pour le monde végétal. Parallèlement, il prépara un certificat de génétique à la Sorbonne avec les meilleurs professeurs de l’époque (entre autres Boris Ephrussi et Philippe l’Héritier). A la fin de ses études, Yves Demarly entra à l’Inra et il fut affecté en 1950 à la station d’amélioration des plantes de Versailles. Il y resta jusqu’en 1960. Il travailla sur la luzerne (Médicago sativa) sous la direction de Jean Rebischung, très libéral en matière d’autonomie de recherche de ses chercheurs. Ses activités de sélection ne l’occupaient qu’à mi-temps, le reste étant consacré aux contrôles de semences et à la vulgarisation. C’est l’époque où se généralisèrent les essais au champ randomisés avec leurs traitements statistiques. Yves Demarly entreprit d’exploiter chez la luzerne la vigueur hybride mise en valeur sur le maïs aux USA. Avec cette plante tétraploïde, il se confronta à une double difficulté : celle d’obtenir des lignées et celle d’obtenir l’expression de l’hétérosis à la première génération suivant les croisements des parents. Il en tira la nécessité de mieux comprendre la génétique des plantes polyploïdes.

En 1961, passé maître de recherche à l’Inra, Yves Demarly fut choisi pour créer et diriger la station d’amélioration des plantes fourragères de Lusignan. Il dut exercer les fonctions de maître d’œuvre pour concevoir et bâtir cette station qui était dévolue aux prairies artificielles et où il fallait aussi constituer des troupeaux expérimentaux. Les travaux sur les plantes fourragères s’intensifièrent avec un important développement des études de génétique quantitative suite à l’arrivée d’André Gallais à Lusignan. Durant cette époque les luzernes françaises furent les meilleures du monde. Les Américains importèrent beaucoup de nos semences et des liens constructifs s’établirent entre les secteurs public et privé. Dans ces mêmes années 1960, Yves Demarly commença à donner des cours de génétique à Paris et à Gif-sur-Yvette en liaison avec l’Université d’Orsay.

En 1968, il quitta Lusignan avec le désir d’investir un domaine différent : celui de la culture in vitro des tissus en leur appliquant les acquis de la génétique théorique. Il désirait découvrir et développer de nouvelles méthodes d’amélioration des plantes. Il entreprit notamment de régénérer des plantes haploïdes par culture de pollen d’anthères. Son projet ne rencontra pas d’encouragement de la part de l’Inra qui jugea ses objectifs de recherches trop aventureux. Tout en restant en poste à l’Inra - Versailles, c’est à l’université d’Orsay qu’avec l’appui d’entreprises de sélection, il put créer un laboratoire et en être professeur titulaire de 1968 à 1987. Tout en restant directeur de recherche à l’Inra - Versailles, c’est à l’université d’Orsay, qu’avec l’appui d’entreprises de sélection, il put créer un laboratoire et en être professeur titulaire de 1968 à 1987. Ce fut une anomalie administrative, positive sur le plan de la formation en génétique végétale, avec les nombreux étudiants (un tiers venant des pays du Sud) qui passèrent par son enseignement. En retour, il eut une ouverture importante sur les tropiques avec les liens que son DEA et ses thèses établirent avec les institutions de recherches agronomiques tropicales.

Au début des années 1970. les premiers plants de blé issus de culture de pollen d’anthères, furent obtenus à Orsay. Ce résultat eut un fort retentissement : la production de plantes haploïdes offrait, en effet, un grand intérêt pour les établissements de sélection. Par le recours à la colchicine, on doublait les chromosomes de ces plantes haploïdes de blé, les faisant revenir à un état normal diploïde. Alors qu’il fallait classiquement une dizaine d’années pour obtenir de nouvelles lignées, il s’avérait possible d’arriver à ce résultat en une année. Par ailleurs, les cultures de tissu in vitro mirent en évidence qu’elles pouvaient occasionner des déverrouillages partiels du génome avec des aberrations et des « infidélités » génétiques. La régénération de plantes issues de ces cultures pouvait parfois maintenir l’aberration et ainsi créer un variant inexistant chez la plante originelle. C’était une recherche exploratrice de ce qui se rapporte à l’épigénétique.

Yves Demarly prit sa retraite en 1987. Durant ses 21 années de professorat, il participa à la formation de centaines de sélectionneurs et de généticiens positionnés ensuite dans une grande diversité d’institutions. La période de son DEA fut l’âge d’or de l’amélioration des plantes en France avec un fort impact national et dans les pays du Sud.

En plus de ses activités de professeur et de directeur de recherche, Yves Demarly eut de nombreuses autres responsabilités à l’Orstom puis IRD, dans les Instituts tropicaux puis Cirad, au CNRS ou à Aupelf-Uref. Lors la création du Cirad en 1984, il lui fut demandé de présider le conseil scientifique de la Micap, charge qu’il assura plusieurs années. Il contribua à ce que le Centre prît de pertinentes orientations de recherches.

Dans sa retraite, il se consacra à la peinture. Il est rapporté que ses tableaux étaient abstraits. Il garda cependant un œil sur la sélection végétale révolutionnée par les avancés de la génomique. Celles-ci ont déclassé les sélectionneurs de terrain pour faire place à des biotechnologistes, maîtres en traitement de données informatiques. L’interview d’Yves Demarly de 1999 dans Archorales nous livre quelques-unes de ses réflexions sur cette évolution. Elles peuvent être lues avec profit. Il publia également avec Monique Sibi, en 1996 chez John Libbey, un ouvrage « Amélioration des Plantes et Biotechnologies ».

Point de vue personnel

L’Irat m’inscrivit à son DEA, dont je suivis les cours durant l’année universitaire 1976-77 à l’époque où son ouvrage « Génétique et amélioration des plantes » fut publié. Avec des concepts ardus, certains chapitres théoriques de l’ouvrage étaient d’un abord difficile, mais ses cours sur les méthodes de sélection étaient très concrets. Chacun avait à présenter un travail de synthèse sur l’amélioration d’une plante cultivée. Pour moi, ce fut le soja. Sans relations particulières avec moi, Yves Demarly fut très compréhensif à mon égard. Il accepta que je fisse, au Sénégal, mon stage pratique sur le mil durant la saison des pluies 1977. Cela étala l’obtention de mon diplôme sur deux années universitaires.

Sur le plan des idées, j’eus le sentiment que l’enseignement reçu cadrait mal avec la théorie de l’évolution de Darwin. Cela peut être mis en relation avec un certain attachement de scientifiques français aux idées de Lamarck. Je tâche de m’expliquer :

Selon Darwin, au sein d’une espèce, le moteur de l’évolution c’est la sélection naturelle qui permet aux plus performants de survivre et de se reproduire. De génération en génération, l’espèce évolue en s’adaptant de mieux en mieux à son environnement. La découverte de l’ADN avec ses gènes a donné à cette théorie un fondement moléculaire. La valeur d’un individu est une question de hasard. Elle est établie par ADN s’il a eu la chance d’obtenir des gènes performants de ses parents. Les gènes défaillants des « maillons faibles » qui n’arrivent pas à la reproduction sont progressivement éliminés.

Chez Lamarck, « la fonction crée l’organe ». Si une situation amène des individus à utiliser de façon poussée une fonction pour survivre, l’organe stimulé évolue de façon finalisée pour répondre au besoin. C’est l’histoire du cou de la girafe qui, de génération en génération, s’allonge pour permettre à l’espèce d’exploiter les ressources des arbres. Tout n’est pas joué à la naissance, avec la possibilité d’une réaction adaptée des individus à leur environnement. Ce mode d’évolution ne trouve pas d’explication dans la théorie génétique d’où le manque de crédibilité qui lui est attaché.

Dans le DEA d’Yves Demarly, deux aspects de l’enseignement ne cadraient pas précisément avec la théorie de Darwin.

D’une part, Jean Pernès nous sensibilisait au concept de complexe d’espèces. Il nous faisait voir que l’évolution ne se jouait pas uniquement au niveau individuel avec la lutte pour la vie. Il y avait aussi une dimension collective à la compétition : celle des populations d’espèces avec leur plus ou moins grande capacité d’échanger des gènes avec d’autres pools géniques. Sont concernés les espèces sauvages (pour les plantes domestiquées) et les espèces apparentées avec des niveaux différents de polyploïdie (pour toutes les espèces végétales). Dans le processus d’adaptation à un environnement donné, certaines populations se trouvent avantagées par leur accès aux gènes de pools plus larges, bénéficiant en cela d’une richesse génique supérieure à celle de leur propre espèce. C’est un facteur additionnel de l’évolution à prendre en compte.

D’autre part, en nous rapportant les recherches de son laboratoire (culture de tissus, androgenèse, protoplastes, hybridations somatiques…), Yves Demarly nous informait de résultats non expliqués par la génétique mendélienne. Il s’avérait que les techniques utilisées dérégularisaient profondément le fonctionnement cellulaire des vitroplants avec l’apparition de modifications transmissibles à leurs descendances. Le plus souvent, de génération en génération, la variation s’estompait et il y avait un retour à l’état initial, mais parfois la modification se fixait. Il y avait là une manifestation lamarckienne : l’environnement n’avait pas qu’un rôle de tri comme chez Darwin, mais pouvait induire une réponse héritable chez l’organisme qui y était confronté.

C’était en connaissance de cause qu’Yves Demarly explorait ces manifestations de l’épigénétique. Il en était un pionnier. Pour faire court, l’épigénétique rend compte de la modification du profil d’expression des gènes d’un organisme sous l’effet de situations ou d’environnements particuliers, ceux-ci pouvant être des stress comme ceux occasionnés par la culture in vitro. On sait mieux aujourd’hui quelles en sont les causes. L’épigénétique est grandement expliquée par la méthylation de bases de l’ADN et des histones qui sont les protéines liées aux chromosomes et qui en déterminent le repliement. Leur plus ou moins grand degré de méthylation modifie leur compactage en rendant des parties plus ou moins accessibles à la transcription en ARN. Des gènes peuvent ainsi s’éteindre et d’autres s’allumer. Avec des dérèglements de méthylation consécutifs à des stress biotiques ou abiotiques, des aberrations génétiques et phénotypiques se manifestent. De plus, en condition de stress, les modifications locales de la méthylation des histones peuvent être liées à des duplications et des déplacements de transposons le long des chromosomes. Les transposons sont des fragments particuliers d’ADN, apparemment non codants, avec des séquences répétées. Ils sont responsables de grandes variations de taille de génomes entre espèces et peuvent présenter des homologies de séquences avec celle des rétrovirus. Leur déplacement occasionne des perturbations de l’expression des gènes. C’est donc plus à des changements de nature structurale de l’ADN qu’à des modifications de séquence des gènes que l’épigénétique est due. Si les variations phénotypiques observées s’estompent au fil des générations, c’est en raison d’une reprise progressive du contrôle des gènes, mais, comme signalées, certaines « aberrations » peuvent se fixer et donner lieu à une création de nouveau matériel.

En fait, la place de l’environnement dans le processus d’évolution des espèces fut un important sujet d’intérêt pour Yves Demarly. Dans son interview à Archorales, il signale qu’en 3e année de l’Agro, il avait acheté l’ouvrage de Mitchourine, inspirateur de Lyssenko, en s’étant bien gardé d’en faire état. Sans être un adepte de leurs idées, il rappelle que ces scientifiques russes avaient observé des faits que la science de l’époque ne pouvait admettre et expliquer. Il s’agissait de manifestations épigénétiques. Enfin, Yves Demarly précisa s’être heurté lui-même à des résultats non publiables, parce que contrevenants trop aux « dogmes de la génétique rigoureuse ».

Je terminerai non sans souligner ses qualités humaines que les témoignages suivants rapportent et je rappellerai l’originalité de son positionnement. Agronome de l’Inra, il engagea le monde universitaire dans des recherches fondamentales en génétique végétale tout en veillant à en tirer des résultats pratiques pour la sélection de terrain. Parallèlement, il n’avait pas de préjugés vis-à-vis du secteur public et du secteur privé qu’ils voyaient comme complémentaires. Cela assura une grande efficacité à son action et au placement de ses étudiants.

Témoignages

Bezancon GiIles (IRD)

Le message de l’Adac au sujet de l’hommage au Professeur Y. Demarly me donne l’occasion d’apporter ma contribution Effectivement je fais partie des nombreux élèves de Demarly.

En fait, j’ai suivi son DEA d’amélioration : dans l’autre aile du bâtiment 360, il y avait le DEA proposé par le professeur Nozeran, et il y avait une certaine compétition entre les deux filières, les deux professeurs ayant des idées très différentes sur l’amélioration des plantes. Avant le DEA, j’étais alors en maîtrise, j’avais déjà rencontré Demarly qui était alors président du comité technique Bapu (Biologie et Amélioration des Plantes Utiles) de l’Orstom. Dans ce comité figuraient d’autres personnalités telles que le Pr Rizet enseignant à Orsay et J.-L. Guillaumet, éminent botaniste en poste au MNHN. J’avais donc rencontré Demarly, car je voulais postuler à l’Orstom, mais en tant que technicien. Demarly m’en a alors fortement dissuadé et m’a conseillé de concourir pour un poste de chercheur. Cet ainsi que j’ai été recruté à l’Orstom le 1er octobre 1973 en tant qu’élève chercheur, grâce aux bons conseils du Pr Demarly.

Je ne l’ai jamais regretté et lui en a toujours été très reconnaissant. Au cours de l’année du DEA, promotion à laquelle appartenait également Claire Lanaud, Jean-Louis Bozza, et des chercheurs de ce qui est devenu le Cirad : Jacques Besse (sélectionneur cacao à l’IFCC) et un autre chercheur de l’IRHO qui est devenu directeur scientifique de l’IRHO par la suite. Je ne peux pas ne pas mentionner nos collègues africains originaires du Cameroun (Kanga), de Côte d’Ivoire (Paul Ba), et d’autres que j’ai retrouvés des années plus tard, dans leur pays, à des postes de responsabilité qu’ils avaient obtenus grâce aux enseignements du Pr Demarly.

Au cours du DEA un projet commun Orstom/Irat (Gérard Second, Gilles Bezançon pour l’Orstom et Jean-Louis Bozza pour l’Irat) sur les riz d’origine africaine a pris naissance sous l’impulsion de Jean Pernès directeur de recherche Orstom qui a pris la succession de Demarly à la présidence du Bapu, puis devenu professeur à Orsay et directeur de laboratoire (GPDP) au CNRS de Gif-sur-Yvette. Demarly nous a prodigué de nombreux et utiles conseils pour la mise en place de ce programme commun. Quelques années plus tard, j’ai eu l’honneur de recevoir le Pr Demarly en Côte-d’Ivoire sur notre centre Orstom d’Adiopodoumé et de pouvoir lui présenter nos recherches en cours. Le Pr Demarly était une personne très abordable, nous pouvions échanger très librement avec lui, même s’il était souvent très occupé. Mais il avait aussi de très bons collaborateurs pour encadrer au plus près les étudiants du DEA, je pense plus particulièrement à Henri Feyt. Le Pr Demarly a été un initiateur dans différents domaines, notamment en ce qui concerne la génétique des tétraploïdes.

Pour terminer, j’ai toujours eu un très grand respect et une très grande admiration, tant pour sa valeur scientifique que pour ses qualités humaines.

Eric Bonel (Irat puis Germicopa)

Étudiant à l’Université d’Orsay, initié dès la Maîtrise à la démarche de la recherche scientifique par les enseignants en biologie végétale, mais ne souhaitant pas faire une carrière universitaire, c’est tout naturellement que je m’oriente vers le DEA d’Amélioration des Plantes dirigé par le Professeur Demarly, réputé placer ces élèves dans les sociétés semencières privées.

DEA passionnant, avec des enseignants exceptionnels comme Pernes en génétique des populations, Nozeran en phytopathologie et micro propagation. Sans omettre bien sûr Demarly lui-même, avec la théorie des Créodes et l’Epigénétisme dont on parle beaucoup depuis.

Ayant réalisé mon stage sur le blé hybride au CNRA de Versailles (Horiau), je ne découvrirai vraiment Yves Demarly qu’à mon retour de service militaire, octobre 1978, pour lui demander s’il y avait un poste de sélectionneur à pouvoir chez les semenciers. C’est alors qu’il m’a proposé et rapidement convaincu, de travailler sur la variation somaclonale de la canne à sucre, programme qu’il avait à cœur et proposé à l’Irat dont il fut Conseiller scientifique, en lieu et place d’un programme d’amélioration génétique classique en appui aux complexes sucriers d’Afrique. Jean-Claude Mauboussin en était le responsable.

S’en est suivi deux années à Orsay, dans un laboratoire foisonnant de personnalités (Bourgin, Chupeau, Debuyser, Henri… et tant d’autres) qui ont fait les forces vives de la sélection française toutes ces années, dans une ambiance impulsée par lui de respect et d’échanges, avec les séances d’exposés et de critiques positives sur les recherches de chacun. Étude histologique de la formation des cals et de la régénération, et cytologique des plantes néoformées (dénombrement chromosomique) chez Sadi Essad au CNRA de Versailles (encore !). Variabilité chromosomique considérable lors des comptages, démentie par la cytophotmétrie qui mesure l’ADN des noyaux ! Les séquenceurs n’existaient pas encore…

Puis, après un bref passage au laboratoire de l’Irat à Montpellier, me voilà propulsé à la Réunion en 1981 pour développer ce programme in rerum natura ! Premier universitaire au milieu d’ingénieurs agronomes, c’est aussi de cela que je suis redevable à Yves Demarly. L’accueil y est chaleureux, merci, Jean, Bernard et Jean-Claude, Frédéric et Michel.

Annuellement, retour en métropole pour une réunion bilan du programme en présence d’Yves Demarly.

Les résultats se révèlent progressivement tous décevants en ce qui concerne la variation génétique induite. Pas de résistance aux maladies (Rouille, Charbon, Gomose…) dûment testées par Jean-Pierre Peros. Variations phénotypiques (taille, diamètre, nombre de tiges, richesse en sucre) suivant de belles distributions normales dont les écarts types sont identiques à ceux des populations témoins et dont seules les moyennes diffèrent la première année, différences s’estompant chaque année pour disparaître complètement après 4 - 5 années de multiplication végétative.

Année après année, la technique se révèle comme aux Hawaï, à Fidji, à Taïwan et en Floride, où des équipes scientifiques et des sélectionneurs font le même constat, n’être qu’un formidable outil de multiplication végétative, révélant les stades physiologiques juvéniles des plantes à multiplication végétative.

A l’issue d’une réunion au cours de laquelle Demarly acceptera, à contrecœur, la réorientation du programme vers la voie plus classique de l’hybridation sexuée, il me dira être convaincu que l’on ne nous avait pas donné assez de moyens pour réussir.

A ce moment-là, il est vrai qu’une modification phénotypique importante, mais unique, une fasciation sans intérêt agronomique (réduction drastique des entre-nœuds) était restée stable et pouvait entretenir la flamme et me laissait dans un doute relatif. Doute levé quelques années plus tard après mon départ, au cours d’une rencontre complètement fortuite sur un trottoir parisien avec Jean-Claude Mauboussin qui m’informera que la fasciation avait disparu et que la canne avait retrouvé son état normal après x années de multiplication végétative…

Retour en métropole en 1989.         

Un poste de Directeur de Recherche est à pourvoir en Bretagne pour une société de négoce de plants de pommes de terre et créatrice de variétés. Le directeur qui me recrute, ayant suivi la formation du DEA de Demarly en auditeur libre, se renseigne auprès de lui sur mes compétences et ma personnalité… Et Yves Demarly soutient ma candidature sans réserve ! Je finirai ma carrière dans cette fonction qui m’aura permis de croiser nombre d’anciens élèves qui comme moi lui doivent tellement. Merci Professeur 

Chaperon Henri (CTFT puis Inra)

J’ai bien connu Yves Demarly qui a dirigé mon mémoire de DEA de génétique quantitative (avec Yvette Dattée) en 73/74 à ma sortie de l’Engref et avant mon départ à Pointe-Noire au CTFT. Il était très abordable, proche de ses étudiants et extrêmement ouvert à tous les domaines de la génétique. Mon mémoire sur la consanguinité chez le Pin laricio de Corse nous conduisit aux Barres où il a découvert la collection de variétés de vigne des Vilmorin où il a passé de longs moments allant d’étonnement en étonnement. Je garde une grande admiration pour ce grand homme de science honnête et modeste.

de Reffye Philippe (Cirad)

demarly1978 cotedivoireVoici quelques souvenirs de mon professeur de thèse Y Demarly. Il était le conseiller en génétique et amélioration des plantes des instituts agronomiques tropicaux. J’ai fait comme beaucoup d’entre nous d’abord mon DEA avec lui à Orsay puis ma thèse de 3e cycle, il est venu me voir une première fois à Bingerville.

Il est revenu une autre fois un an avant ma soutenance à Orsay accompagné de Yvette Dattée et Sadi Essad. Nous avons louvoyé sur mon dériveur sur la lagune de Bingerville. Je n’ai que de bons souvenirs de lui qui m’a soutenu et facilité toutes choses pour ma thèse qui était exotique. J’ai une lettre de lui.page2

Je pense que tu peux citer les phrases prémonitoires de la fin de la lettre de Demarly à propos de la suite qu’il envisage après ma thèse. Elle est à l’origine de la création de trois laboratoires (Amap, Digiplant, Cplant, de coopération avec les instituts agronomiques et de nombreuses publications et de thèses, sans compter les applications à caractère industriel comme Bionatics et PlantNet. Il est clair que je ne croyais pas une seconde à ses propos élogieux, et qu’en rentrant en France pour créer le service informatique du Gerdat, je ne ferai plus de recherche !

Girard Jean Claude (Cirad)

demarly1976 bambey1J’ai connu Yves Demarly à l’occasion de mon passage à Orsay pour la préparation de mon DEA (Biologie végétale option amélioration des plantes) en 1969-70. C’était une personnalité remarquable ! Curieusement, je ne me souviens plus de sa visite au CNRA de Bambey, alors que, sur la photo, j’apparais juste derrière lui, à gauche de Jean-Claude Mauboussin.

Plus tard, à la Réunion, j’ai travaillé en qualité de phytopathologiste rattaché à un programme très largement inspiré par Y. Demarly dedemarly1976 bambey2 1979 à 1984 : il s’agissait de mettre au point des tests de pouvoir pathogène de diverses maladies de la canne à sucre et de cribler, à un stade précoce, des plants issues de variétés sensibles à ces maladies après passage en callogénèse, en espérant récupérer des individus résistants... Nous n’avons pas vraiment obtenu les résultats espérés, mais l’expérience fut passionnante.

 

 

Guiderdoni Emmanuel (Cirad)

Lorsqu’on était jeune étudiant en biologie végétale à l’Université d’Orsay dans les années 1970-1980, intégrer le DEA d’Amélioration des Plantes qui y était proposé constituait le Graal. Ce DEA pouvait être le prélude ensuite à une carrière scientifique via une thèse, et l’objectif principal pour les étudiants était de la réaliser dans le laboratoire du professeur Yves Demarly, qui était le plus en pointe dans le domaine des biotechnologies végétales. L’entrée en DEA était très sélective et un test écrit de niveau en statistiques était nécessaire. L’enseignement dispensé était formidable et portait sur la génétique et l’amélioration des plantes, la morphogenèse végétale et la phytopathologie végétale, et le stage de DEA permettait d’approfondir une de ces 3 options. Chaque étudiant était chargé d’une « planche » en présentant à ses collègues les connaissances sur l’amélioration variétale d’une espèce cultivée.

En 1981, j’ai immédiatement été séduit par le charisme et la qualité de l’enseignement du Professeur Demarly, qui explorait notamment les possibilités de remise à zéro des interactions géniques par la culture in vitro pour la création de variations héritables dont certaines pourraient être exploitées en sélection. Un programme sur ce sujet avait démarré à l’IRAT sur la canne à sucre et avait conduit à la mise en place de laboratoires de biologie cellulaire en Guadeloupe et à la Réunion. A cette époque, la multiplication végétative par culture d’explants avait déjà intégré les sociétés de sélection, comme la production de lignées haploïdes doublées par culture de microspores. Les travaux plus exploratoires portaient sur la régénération de plantes à partir de protoplastes et les fusions de protoplastes de différentes espèces pour transférer noyau et/ou cytoplasme, formant les hybrides somatiques ou cybrides. Lors de ma thèse j’avais en charge de régénérer des protoplastes, à partir de suspensions cellulaires de canne à sucre, qui devaient être vecteurs d’une plus importante variation exploitable par le programme de l’IRAT. Tous ces travaux suscitaient un fort engouement de la part des publics variés qui venaient fréquemment visiter le laboratoire.

Le laboratoire d’amélioration des plantes localisé au Bâtiment 360 de la faculté d’Orsay était riche d’une quarantaine de chercheurs et étudiants conduisant des projets variés sur de nombreuses espèces cultivées. Les chercheurs étaient permanents de différentes institutions ou financés par l’ADAR, une association fondée par le Pr Demarly pour porter des projets public-privé avec les sociétés de sélection. Ils encadraient les étudiants de toutes nationalités, Le Pr Demarly étant très impliqué notamment via l’ORSTOM (aujourd’hui IRD) et les instituts préfigurant le Cirad dans la formation des étudiants du Sud. En tant que chef de laboratoire, le Pr Demarly était un visionnaire puisqu’il a très vite compris le potentiel des cultures in vitro, et a décrit l’épigénétique sans avoir à cette époque les outils moléculaires pour la caractériser. Issu de la génétique quantitative, fondateur de la station INRAE de Lusignan sur les fourrages, il n’avait pas hésité à changer d’orientation dans sa carrière en prenant une chaire à l’Université pour y installer son laboratoire et recommandait cette prise de risque à ses étudiants. Son charisme, son aura, ses facultés d’analyse et de perception immédiate des qualités humaines le rendaient de prime abord très impressionnant et intimidant, mais son contact était chaleureux et ouvert et toujours passionnant. Cela n’excluait pas des anicroches cinglantes avec certains chercheurs de son labo qui remettaient en cause ses théories. Beaucoup de collègues au Cirad ont suivi son enseignement ou sont passés par son laboratoire en stage ou en thèse ou ont bénéficié des conseils qu’il prodiguait comme conseiller des instituts préfigurant le Cirad. Tous gardent le souvenir d’une grande figure de l’Amélioration des Plantes et d’un enseignant exceptionnel, dont les théories précurseures n’ont cessé d’être vérifiées depuis avec les nouveaux outils de la biologie moléculaire et de la génomique.

Nouaille Christine (Biofutur puis Cirad)

                J’ai aussi été élève de Demarly, et Jean Pernès a été mon directeur de thèse. J’ai passé mon DEA en 76 ou 77, ma thèse en 1979 et je garde un excellent souvenir de ces années à Orsay.

                Il y a eu beaucoup d’idées avant-gardistes émises à cette époque, et c’était ce qui rendait ces cours passionnants. Je n’ai plus de souvenir précis de Demarly, dans le sens où il n’a été que mon professeur. J’en ai plus de Jean Pernès.

                Je me souviens seulement de Monique Sibbi, qui tentait de démontrer l’existence de l’épigénétique chez les plantes, bien avant qu’on en parle par ailleurs.

J’ai surtout retenu les recherches que nous faisons autour de la génétique de la domestication des plantes, et autour des plantes ancêtres des plantes cultivées, ou sauvages associées, comme réservoirs d’adaptation aux changements futurs.

                Nous étions à l’époque très branchés sur les croisements possibles entre espèces, mais aussi sur les fonctionnements et les régulations du génome, comme avec les travaux de Barbara Mac Clintock sur les gènes sauteurs du maïs, ou de René Thom sur la théorie des catastrophes.

                Je n’ai pas fait ma carrière dans la recherche, puisque je me suis assez vite orientée vers le journalisme scientifique à Biofutur, puis l’info et la communication au Cirad, mais j’ai retrouvé plusieurs élèves du DEA en revenant au Cirad.

Martin Bernard (Professeur à l’ENGREF-Nancy)

J’ai une pensée particulière pour le très regretté Professeur Demarly ancien de l’Institut agronomique et haute figure de l’Amélioration des plantes de ParisSud (Orsay).

Auteur de livres très appréciés sur l’Amélioration génétique des plantes avec une orientation finale sur les biotechnologies. Fort d’un bon sens pratique, ses démonstrations imagées facilitaient beaucoup la compréhension de la génétique du monde végétal. Ses présentations théoriques ne manquaient pas d’aspect pratique, mais il n’hésitait pas pour autant à proposer des hypothèses très visionnaires sur l’évolution des technologies.

 Il acceptait bien volontiers de répondre chaque année à mon invitation pour donner une conférence en guise de clôture à nos élèves-ingénieurs à l’Ecole forestière de Nancy. C’était toujours un honneur pour moi de le rencontrer et de pouvoir échanger quelques points de vue sur un sujet passionnant.

C’est ainsi que je lui ai demandé s’il accepterait d’encadrer mon projet de thèse sur l’amélioration des eucalyptus tropicaux, ce qu’il fit bien volontiers. Je lui droit mon doctorat, passé à Orsay en mai 1987 et je lui en suis infiniment reconnaissant. Cette thèse était la synthèse de 10 publications relatives à 15 ans de travaux et réflexions sur ce sujet ayant conduit aux plantations clonales papetières avec le développement mondial considérable qui en a suivi.

Pour moi ce sera toujours mon Professeur de thèse et ami très cher. Je garderai de lui le souvenir d’un homme aimable et dont la modestie n’avait d’égale que la richesse de la connaissance et la grandeur d’esprit.

Fait à Dommartemont, le 19 juin 2026

Meunier Jacques (Cirad)

J’ai rencontré Yves Demarly en 1966 alors qu’il était directeur de la station Inra d’amélioration des plantes fourragères de Lusignan (Vienne), et président du Comité technique de Biologie et Amélioration des Plantes Utiles (Bapu) de l’Orstom. Il était mon Directeur de thèse Orstom sur le sujet « Hétérosis et aptitude à la combinaison ». Mon Directeur d’études était le professeur Nozeran.

Dans ce cursus Orstom, il était prévu un stage à la station Inra d’amélioration du maïs à Clermont-Ferrand dirigée par le Professeur Cauderon. Ce dernier avait avec Demarly un différend notoire dont j’ignore la raison.

Lorsque j’étais affecté à La Mé (Côte-d’Ivoire) de 1968 à 1973, Demarly passait une semaine par an pour discuter du programme d’amélioration du palmier à huile avec nous. Il se disait admiratif de ce programme et avait utilisé un de nos clichés pour un article qu’il avait publié dans « La Recherche ». En 1976 ou 1977, devenu Professeur à Orsay, il m’avait demandé de faire un exposé sur l’amélioration du palmier à huile à ses étudiants de DEA.

A la création du Cirad en 1984, le premier chargé de Mission Connaissance et Amélioration des Plantes (Micap), Jean-Pierre Gascon a demandé à Yves Demarly de présider le conseil scientifique de la Micap, ce qu’il a assuré quelques années.

A cette époque, le Département Génétique et Amélioration des Plantes (DGAP) de l’Inra organisait chaque année une semaine de séminaire à Meribel où j’étais invité et où, après le ski, on discutait génétique avec Demarly, Gallais, Dattée et les chercheurs. A ma nomination à la Micap en 1989, Hervé Bichat et Henri Carsalade avaient organisé en l’honneur de J-P. Gascon un déjeuner où Demarly et Cauderon étaient invités. Dans son discours, Gascon s’était malicieusement réjoui de les voir réunis, eux qui avaient tant participé à la formation de son successeur.

En 87-88, nous avons eu des réunions avec Demarly pour réfléchir aux activités des labos communs du bâtiment 3. En1989, j’ai proposé à la Micap 4 priorités au Conseil Scientifique. 1- la culture in vitro, 2- la cytogénétique, 3- les marqueurs génétiques, 4- la biologie florale. Le CS a validé ces propositions (le 4 n’a pas vu le jour). On sent bien l’influence de Demarly !

Robledo Claude (Irat puis Vilmorin)

A la demande de l’IRAT après deux certificats de maîtrise et de biochimie, j’ai bien fait mon DEA avec lui en 1968-69, juste avant de partir au Burkina. C’était l’année de création du DEA.

Il m’a suivi pendant ma tentative de thèse de 3e cycle sur le sorgho, que je n’ai pu terminer en raison de mon retour en France en 77. C’est d’ailleurs grâce à lui que j’ai obtenu un poste chez Vilmorin filiale du groupe Limagrain avec lequel il avait de bonnes relations. Au départ je devais aller à Clermont-Ferrand pour travailler sur le maïs et puis j’ai dû aller à Nîmes remplacer un directeur de station qui allait être licencié.

Yves Demarly a été pour moi un excellent professeur, la formation que j’ai reçue pendant le DEA m’a servi bien sûr pendant les premières années de ma carrière de sélectionneur en Afrique et c’est ensuite grâce à lui que j’ai pu la poursuivre à mon retour et pendant quelques années dans le premier groupe semencier français.

 Nous étions une vingtaine dans le DEA de 68-69, mais à part Henri Feyt et Jean Pierre Marathée avec qui j’ai eu l’occasion de travailler j’ai oublié les noms d’autres.

[1] Archorales : les métiers de la recherche, témoignages, 3, Editions INRA, 205 p., 1999.

Le professeur Yves Demarly est décédé le 13 mars 2026 à Versailles, à l’âge de 98 ans. Il est parti dans la plus grande discrétion sans, qu’à ma connaissance, il y ait eu un rappel institutionnel de sa carrière et du rôle central qu’il a joué dans les années 1960-1980 pour la génétique végétale. Avec son laboratoire à l’université d’Orsay et son DEA d’amélioration des plantes, il y a formé durant vingt ans la majorité des sélectionneurs français et francophones du Sud, recrutés ensuite dans des institutions publiques ou des établissements privés. Ils sont ainsi nombreux ceux du Cirad ou de l’IRD qui ont, comme moi, bénéficié de son enseignement. Pour son souvenir, j’entreprends de mieux faire connaitre son parcours et ses idées qui sont toujours d’actualité. A cette fin, j’ai largement eu recours à son interview publiée dans le N° 3 d’Archorales de 1999 : https://hal.inrae.fr/hal-02842496/document  [1]

De façon plus personnelle, je dis aussi ce que j’ai tiré de son enseignement à Orsay quand, dans son DEA, intervenaient à ses côtés des personnalités scientifiques de premier plan comme Jean Pernes en génétique, Jean Chevaugeon en phytopathologie et René Nozeran en botanique et fonctionnement végétal.

Enfin, je joins des contributions de collègues aux parcours variés qui ont bien voulu témoigner de leurs relations scientifiques et humaines avec Yves Demarly. Tous l’ont apprécié et sont reconnaissants de son apport à leur carrière.  

Biographie

Yves Demarly était originaire du département du Nord où il naquit en 1927. Ses parents étaient instituteurs. Il intégra l’Agro en 1947. Comme la génétique était ce qui l’intéressait le plus, il se spécialisa dans cette matière avec un intérêt plus particulier pour le monde végétal. Parallèlement, il prépara un certificat de génétique à la Sorbonne avec les meilleurs professeurs de l’époque (entre autres Boris Ephrussi et Philippe l’Héritier). A la fin de ses études, Yves Demarly entra à l’Inra et il fut affecté en 1950 à la station d’amélioration des plantes de Versailles. Il y resta jusqu’en 1960. Il travailla sur la luzerne (Médicago sativa) sous la direction de Jean Rebischung, très libéral en matière d’autonomie de recherche de ses chercheurs. Ses activités de sélection ne l’occupaient qu’à mi-temps, le reste étant consacré aux contrôles de semences et à la vulgarisation. C’est l’époque où se généralisèrent les essais au champ randomisés avec leurs traitements statistiques. Yves Demarly entreprit d’exploiter chez la luzerne la vigueur hybride mise en valeur sur le maïs aux USA. Avec cette plante tétraploïde, il se confronta à une double difficulté : celle d’obtenir des lignées et celle d’obtenir l’expression de l’hétérosis à la première génération suivant les croisements des parents. Il en tira la nécessité de mieux comprendre la génétique des plantes polyploïdes.

En 1961, passé maître de recherche à l’Inra, Yves Demarly fut choisi pour créer et diriger la station d’amélioration des plantes fourragères de Lusignan. Il dut exercer les fonctions de maître d’œuvre pour concevoir et bâtir cette station qui était dévolue aux prairies artificielles et où il fallait aussi constituer des troupeaux expérimentaux. Les travaux sur les plantes fourragères s’intensifièrent avec un important développement des études de génétique quantitative suite à l’arrivée d’André Gallais à Lusignan. Durant cette époque les luzernes françaises furent les meilleures du monde. Les Américains importèrent beaucoup de nos semences et des liens constructifs s’établirent entre les secteurs public et privé. Dans ces mêmes années 1960, Yves Demarly commença à donner des cours de génétique à Paris et à Gif-sur-Yvette en liaison avec l’Université d’Orsay.

En 1968, il quitta Lusignan avec le désir d’investir un domaine différent : celui de la culture in vitro des tissus en leur appliquant les acquis de la génétique théorique. Il désirait découvrir et développer de nouvelles méthodes d’amélioration des plantes. Il entreprit notamment de régénérer des plantes haploïdes par culture de pollen d’anthères. Son projet ne rencontra pas d’encouragement de la part de l’Inra qui jugea ses objectifs de recherches trop aventureux. Tout en restant en poste à l’Inra - Versailles, c’est à l’université d’Orsay qu’avec l’appui d’entreprises de sélection, il put créer un laboratoire et en être professeur titulaire de 1968 à 1987. Tout en restant directeur de recherche à l’Inra - Versailles, c’est à l’université d’Orsay, qu’avec l’appui d’entreprises de sélection, il put créer un laboratoire et en être professeur titulaire de 1968 à 1987. Ce fut une anomalie administrative, positive sur le plan de la formation en génétique végétale, avec les nombreux étudiants (un tiers venant des pays du Sud) qui passèrent par son enseignement. En retour, il eut une ouverture importante sur les tropiques avec les liens que son DEA et ses thèses établirent avec les institutions de recherches agronomiques tropicales.

Au début des années 1970. les premiers plants de blé issus de culture de pollen d’anthères, furent obtenus à Orsay. Ce résultat eut un fort retentissement : la production de plantes haploïdes offrait, en effet, un grand intérêt pour les établissements de sélection. Par le recours à la colchicine, on doublait les chromosomes de ces plantes haploïdes de blé, les faisant revenir à un état normal diploïde. Alors qu’il fallait classiquement une dizaine d’années pour obtenir de nouvelles lignées, il s’avérait possible d’arriver à ce résultat en une année. Par ailleurs, les cultures de tissu in vitro mirent en évidence qu’elles pouvaient occasionner des déverrouillages partiels du génome avec des aberrations et des « infidélités » génétiques. La régénération de plantes issues de ces cultures pouvait parfois maintenir l’aberration et ainsi créer un variant inexistant chez la plante originelle. C’était une recherche exploratrice de ce qui se rapporte à l’épigénétique.

Yves Demarly prit sa retraite en 1987. Durant ses 21 années de professorat, il participa à la formation de centaines de sélectionneurs et de généticiens positionnés ensuite dans une grande diversité d’institutions. La période de son DEA fut l’âge d’or de l’amélioration des plantes en France avec un fort impact national et dans les pays du Sud.

En plus de ses activités de professeur et de directeur de recherche, Yves Demarly eut de nombreuses autres responsabilités à l’Orstom puis IRD, dans les Instituts tropicaux puis Cirad, au CNRS ou à Aupelf-Uref. Lors la création du Cirad en 1984, il lui fut demandé de présider le conseil scientifique de la Micap, charge qu’il assura plusieurs années. Il contribua à ce que le Centre prît de pertinentes orientations de recherches.

Dans sa retraite, il se consacra à la peinture. Il est rapporté que ses tableaux étaient abstraits. Il garda cependant un œil sur la sélection végétale révolutionnée par les avancés de la génomique. Celles-ci ont déclassé les sélectionneurs de terrain pour faire place à des biotechnologistes, maîtres en traitement de données informatiques. L’interview d’Yves Demarly de 1999 dans Archorales nous livre quelques-unes de ses réflexions sur cette évolution. Elles peuvent être lues avec profit. Il publia également avec Monique Sibi, en 1996 chez John Libbey, un ouvrage « Amélioration des Plantes et Biotechnologies ».

Point de vue personnel

L’Irat m’inscrivit à son DEA, dont je suivis les cours durant l’année universitaire 1976-77 à l’époque où son ouvrage « Génétique et amélioration des plantes » fut publié. Avec des concepts ardus, certains chapitres théoriques de l’ouvrage étaient d’un abord difficile, mais ses cours sur les méthodes de sélection étaient très concrets. Chacun avait à présenter un travail de synthèse sur l’amélioration d’une plante cultivée. Pour moi, ce fut le soja. Sans relations particulières avec moi, Yves Demarly fut très compréhensif à mon égard. Il accepta que je fisse, au Sénégal, mon stage pratique sur le mil durant la saison des pluies 1977. Cela étala l’obtention de mon diplôme sur deux années universitaires.

Sur le plan des idées, j’eus le sentiment que l’enseignement reçu cadrait mal avec la théorie de l’évolution de Darwin. Cela peut être mis en relation avec un certain attachement de scientifiques français aux idées de Lamarck. Je tâche de m’expliquer :

Selon Darwin, au sein d’une espèce, le moteur de l’évolution c’est la sélection naturelle qui permet aux plus performants de survivre et de se reproduire. De génération en génération, l’espèce évolue en s’adaptant de mieux en mieux à son environnement. La découverte de l’ADN avec ses gènes a donné à cette théorie un fondement moléculaire. La valeur d’un individu est une question de hasard. Elle est établie par ADN s’il a eu la chance d’obtenir des gènes performants de ses parents. Les gènes défaillants des « maillons faibles » qui n’arrivent pas à la reproduction sont progressivement éliminés.

Chez Lamarck, « la fonction crée l’organe ». Si une situation amène des individus à utiliser de façon poussée une fonction pour survivre, l’organe stimulé évolue de façon finalisée pour répondre au besoin. C’est l’histoire du cou de la girafe qui, de génération en génération, s’allonge pour permettre à l’espèce d’exploiter les ressources des arbres. Tout n’est pas joué à la naissance, avec la possibilité d’une réaction adaptée des individus à leur environnement. Ce mode d’évolution ne trouve pas d’explication dans la théorie génétique d’où le manque de crédibilité qui lui est attaché.

Dans le DEA d’Yves Demarly, deux aspects de l’enseignement ne cadraient pas précisément avec la théorie de Darwin.

D’une part, Jean Pernès nous sensibilisait au concept de complexe d’espèces. Il nous faisait voir que l’évolution ne se jouait pas uniquement au niveau individuel avec la lutte pour la vie. Il y avait aussi une dimension collective à la compétition : celle des populations d’espèces avec leur plus ou moins grande capacité d’échanger des gènes avec d’autres pools géniques. Sont concernés les espèces sauvages (pour les plantes domestiquées) et les espèces apparentées avec des niveaux différents de polyploïdie (pour toutes les espèces végétales). Dans le processus d’adaptation à un environnement donné, certaines populations se trouvent avantagées par leur accès aux gènes de pools plus larges, bénéficiant en cela d’une richesse génique supérieure à celle de leur propre espèce. C’est un facteur additionnel de l’évolution à prendre en compte.

D’autre part, en nous rapportant les recherches de son laboratoire (culture de tissus, androgenèse, protoplastes, hybridations somatiques…), Yves Demarly nous informait de résultats non expliqués par la génétique mendélienne. Il s’avérait que les techniques utilisées dérégularisaient profondément le fonctionnement cellulaire des vitroplants avec l’apparition de modifications transmissibles à leurs descendances. Le plus souvent, de génération en génération, la variation s’estompait et il y avait un retour à l’état initial, mais parfois la modification se fixait. Il y avait là une manifestation lamarckienne : l’environnement n’avait pas qu’un rôle de tri comme chez Darwin, mais pouvait induire une réponse héritable chez l’organisme qui y était confronté.

 C’était en connaissance de cause qu’Yves Demarly explorait ces manifestations de l’épigénétique. Il en était un pionnier. Pour faire court, l’épigénétique rend compte de la modification du profil d’expression des gènes d’un organisme sous l’effet de situations ou d’environnements particuliers, ceux-ci pouvant être des stress comme ceux occasionnés par la culture in vitro. On sait mieux aujourd’hui quelles en sont les causes. L’épigénétique est grandement expliquée par la méthylation de bases de l’ADN et des histones qui sont les protéines liées aux chromosomes et qui en déterminent le repliement. Leur plus ou moins grand degré de méthylation modifie leur compactage en rendant des parties plus ou moins accessibles à la transcription en ARN. Des gènes peuvent ainsi s’éteindre et d’autres s’allumer. Avec des dérèglements de méthylation consécutifs à des stress biotiques ou abiotiques, des aberrations génétiques et phénotypiques se manifestent. De plus, en condition de stress, les modifications locales de la méthylation des histones peuvent être liées à des duplications et des déplacements de transposons le long des chromosomes. Les transposons sont des fragments particuliers d’ADN, apparemment non codants, avec des séquences répétées. Ils sont responsables de grandes variations de taille de génomes entre espèces et peuvent présenter des homologies de séquences avec celle des rétrovirus. Leur déplacement occasionne des perturbations de l’expression des gènes. C’est donc plus à des changements de nature structurale de l’ADN qu’à des modifications de séquence des gènes que l’épigénétique est due. Si les variations phénotypiques observées s’estompent au fil des générations, c’est en raison d’une reprise progressive du contrôle des gènes, mais, comme signalées, certaines « aberrations » peuvent se fixer et donner lieu à une création de nouveau matériel.

En fait, la place de l’environnement dans le processus d’évolution des espèces fut un important sujet d’intérêt pour Yves Demarly. Dans son interview à Archorales, il signale qu’en 3e année de l’Agro, il avait acheté l’ouvrage de Mitchourine, inspirateur de Lyssenko, en s’étant bien gardé d’en faire état. Sans être un adepte de leurs idées, il rappelle que ces scientifiques russes avaient observé des faits que la science de l’époque ne pouvait admettre et expliquer. Il s’agissait de manifestations épigénétiques. Enfin, Yves Demarly précisa s’être heurté lui-même à des résultats non publiables, parce que contrevenants trop aux « dogmes de la génétique rigoureuse ».

Je terminerai non sans souligner ses qualités humaines que les témoignages suivants rapportent et je rappellerai l’originalité de son positionnement. Agronome de l’Inra, il engagea le monde universitaire dans des recherches fondamentales en génétique végétale tout en veillant à en tirer des résultats pratiques pour la sélection de terrain. Parallèlement, il n’avait pas de préjugés vis-à-vis du secteur public et du secteur privé qu’ils voyaient comme complémentaires. Cela assura une grande efficacité à son action et au placement de ses étudiants.

Témoignages

Bezancon GiIles (IRD)

Le message de l’Adac au sujet de l’hommage au Professeur Y. Demarly me donne l’occasion d’apporter ma contribution Effectivement je fais partie des nombreux élèves de Demarly.

En fait, j’ai suivi son DEA d’amélioration : dans l’autre aile du bâtiment 360, il y avait le DEA proposé par le professeur Nozeran, et il y avait une certaine compétition entre les deux filières, les deux professeurs ayant des idées très différentes sur l’amélioration des plantes. Avant le DEA, j’étais alors en maîtrise, j’avais déjà rencontré Demarly qui était alors président du comité technique Bapu (Biologie et Amélioration des Plantes Utiles) de l’Orstom. Dans ce comité figuraient d’autres personnalités telles que le Pr Rizet enseignant à Orsay et J.-L. Guillaumet, éminent botaniste en poste au MNHN. J’avais donc rencontré Demarly, car je voulais postuler à l’Orstom, mais en tant que technicien. Demarly m’en a alors fortement dissuadé et m’a conseillé de concourir pour un poste de chercheur. Cet ainsi que j’ai été recruté à l’Orstom le 1er octobre 1973 en tant qu’élève chercheur, grâce aux bons conseils du Pr Demarly.

Je ne l’ai jamais regretté et lui en a toujours été très reconnaissant. Au cours de l’année du DEA, promotion à laquelle appartenait également Claire Lanaud, Jean-Louis Bozza, et des chercheurs de ce qui est devenu le Cirad : Jacques Besse (sélectionneur cacao à l’IFCC) et un autre chercheur de l’IRHO qui est devenu directeur scientifique de l’IRHO par la suite. Je ne peux pas ne pas mentionner nos collègues africains originaires du Cameroun (Kanga), de Côte d’Ivoire (Paul Ba), et d’autres que j’ai retrouvés des années plus tard, dans leur pays, à des postes de responsabilité qu’ils avaient obtenus grâce aux enseignements du Pr Demarly.

Au cours du DEA un projet commun Orstom/Irat (Gérard Second, Gilles Bezançon pour l’Orstom et Jean-Louis Bozza pour l’Irat) sur les riz d’origine africaine a pris naissance sous l’impulsion de Jean Pernès directeur de recherche Orstom qui a pris la succession de Demarly à la présidence du Bapu, puis devenu professeur à Orsay et directeur de laboratoire (GPDP) au CNRS de Gif-sur-Yvette. Demarly nous a prodigué de nombreux et utiles conseils pour la mise en place de ce programme commun. Quelques années plus tard, j’ai eu l’honneur de recevoir le Pr Demarly en Côte-d’Ivoire sur notre centre Orstom d’Adiopodoumé et de pouvoir lui présenter nos recherches en cours. Le Pr Demarly était une personne très abordable, nous pouvions échanger très librement avec lui, même s’il était souvent très occupé. Mais il avait aussi de très bons collaborateurs pour encadrer au plus près les étudiants du DEA, je pense plus particulièrement à Henri Feyt. Le Pr Demarly a été un initiateur dans différents domaines, notamment en ce qui concerne la génétique des tétraploïdes.

Pour terminer, j’ai toujours eu un très grand respect et une très grande admiration, tant pour sa valeur scientifique que pour ses qualités humaines.

Eric Bonel (Irat puis Germicopa)

Étudiant à l’Université d’Orsay, initié dès la Maîtrise à la démarche de la recherche scientifique par les enseignants en biologie végétale, mais ne souhaitant pas faire une carrière universitaire, c’est tout naturellement que je m’oriente vers le DEA d’Amélioration des Plantes dirigé par le Professeur Demarly, réputé placer ces élèves dans les sociétés semencières privées.

DEA passionnant, avec des enseignants exceptionnels comme Pernes en génétique des populations, Nozeran en phytopathologie et micro propagation. Sans omettre bien sûr Demarly lui-même, avec la théorie des Créodes et l’Epigénétisme dont on parle beaucoup depuis.

Ayant réalisé mon stage sur le blé hybride au CNRA de Versailles (Horiau), je ne découvrirai vraiment Yves Demarly qu’à mon retour de service militaire, octobre 1978, pour lui demander s’il y avait un poste de sélectionneur à pouvoir chez les semenciers. C’est alors qu’il m’a proposé et rapidement convaincu, de travailler sur la variation somaclonale de la canne à sucre, programme qu’il avait à cœur et proposé à l’Irat dont il fut Conseiller scientifique, en lieu et place d’un programme d’amélioration génétique classique en appui aux complexes sucriers d’Afrique. Jean-Claude Mauboussin en était le responsable.

S’en est suivi deux années à Orsay, dans un laboratoire foisonnant de personnalités (Bourgin, Chupeau, Debuyser, Henri… et tant d’autres) qui ont fait les forces vives de la sélection française toutes ces années, dans une ambiance impulsée par lui de respect et d’échanges, avec les séances d’exposés et de critiques positives sur les recherches de chacun. Étude histologique de la formation des cals et de la régénération, et cytologique des plantes néoformées (dénombrement chromosomique) chez Sadi Essad au CNRA de Versailles (encore !). Variabilité chromosomique considérable lors des comptages, démentie par la cytophotmétrie qui mesure l’ADN des noyaux ! Les séquenceurs n’existaient pas encore…

Puis, après un bref passage au laboratoire de l’Irat à Montpellier, me voilà propulsé à la Réunion en 1981 pour développer ce programme in rerum natura ! Premier universitaire au milieu d’ingénieurs agronomes, c’est aussi de cela que je suis redevable à Yves Demarly. L’accueil y est chaleureux, merci, Jean, Bernard et Jean-Claude, Frédéric et Michel.

Annuellement, retour en métropole pour une réunion bilan du programme en présence d’Yves Demarly.

Les résultats se révèlent progressivement tous décevants en ce qui concerne la variation génétique induite. Pas de résistance aux maladies (Rouille, Charbon, Gomose…) dûment testées par Jean-Pierre Peros. Variations phénotypiques (taille, diamètre, nombre de tiges, richesse en sucre) suivant de belles distributions normales dont les écarts types sont identiques à ceux des populations témoins et dont seules les moyennes diffèrent la première année, différences s’estompant chaque année pour disparaître complètement après 4 - 5 années de multiplication végétative.

Année après année, la technique se révèle comme aux Hawaï, à Fidji, à Taïwan et en Floride, où des équipes scientifiques et des sélectionneurs font le même constat, n’être qu’un formidable outil de multiplication végétative, révélant les stades physiologiques juvéniles des plantes à multiplication végétative.

A l’issue d’une réunion au cours de laquelle Demarly acceptera, à contrecœur, la réorientation du programme vers la voie plus classique de l’hybridation sexuée, il me dira être convaincu que l’on ne nous avait pas donné assez de moyens pour réussir.

A ce moment-là, il est vrai qu’une modification phénotypique importante, mais unique, une fasciation sans intérêt agronomique (réduction drastique des entre-nœuds) était restée stable et pouvait entretenir la flamme et me laissait dans un doute relatif. Doute levé quelques années plus tard après mon départ, au cours d’une rencontre complètement fortuite sur un trottoir parisien avec Jean-Claude Mauboussin qui m’informera que la fasciation avait disparu et que la canne avait retrouvé son état normal après x années de multiplication végétative…

Retour en métropole en 1989.         

Un poste de Directeur de Recherche est à pourvoir en Bretagne pour une société de négoce de plants de pommes de terre et créatrice de variétés. Le directeur qui me recrute, ayant suivi la formation du DEA de Demarly en auditeur libre, se renseigne auprès de lui sur mes compétences et ma personnalité… Et Yves Demarly soutient ma candidature sans réserve ! Je finirai ma carrière dans cette fonction qui m’aura permis de croiser nombre d’anciens élèves qui comme moi lui doivent tellement. Merci Professeur 

Chaperon Henri (CTFT puis Inra)

J’ai bien connu Yves Demarly qui a dirigé mon mémoire de DEA de génétique quantitative (avec Yvette Dattée) en 73/74 à ma sortie de l’Engref et avant mon départ à Pointe-Noire au CTFT. Il était très abordable, proche de ses étudiants et extrêmement ouvert à tous les domaines de la génétique. Mon mémoire sur la consanguinité chez le Pin laricio de Corse nous conduisit aux Barres où il a découvert la collection de variétés de vigne des Vilmorin où il a passé de longs moments allant d’étonnement en étonnement. Je garde une grande admiration pour ce grand homme de science honnête et modeste.

de Reffye Philippe (Cirad)

Voici quelques souvenirs de mon professeur de thèse Y Demarly. Il était le conseiller en génétique et amélioration des plantes des instituts agronomiques tropicaux. J’ai fait comme beaucoup d’entre nous d’abord mon DEA avec lui à Orsay puis ma thèse de 3e cycle, il est venu me voir une première fois à Bingerville.

Il est revenu une autre fois un an avant ma soutenance à Orsay accompagné de Yvette Dattée et Sadi Essad. Nous avons louvoyé sur mon dériveur sur la lagune de Bingerville. Je n’ai que de bons souvenirs de lui qui m’a soutenu et facilité toutes choses pour ma thèse qui était exotique. J’ai une lettre de lui.

Je pense que tu peux citer les phrases prémonitoires de la fin de la lettre de Demarly à propos de la suite qu’il envisage après ma thèse. Elle est à l’origine de la création de trois laboratoires (Amap, Digiplant, Cplant, de coopération avec les instituts agronomiques et de nombreuses publications et de thèses, sans compter les applications à caractère industriel comme Bionatics et PlantNet. Il est clair que je ne croyais pas une seconde à ses propos élogieux, et qu’en rentrant en France pour créer le service informatique du Gerdat, je ne ferai plus de recherche !

Girard Jean Claude (Cirad)

J’ai connu Yves Demarly à l’occasion de mon passage à Orsay pour la préparation de mon DEA (Biologie végétale option amélioration des plantes) en 1969-70. C’était une personnalité remarquable ! Curieusement, je ne me souviens plus de sa visite au CNRA de Bambey, alors que, sur la photo, j’apparais juste derrière lui, à gauche de Jean-Claude Mauboussin :

Plus tard, à la Réunion, j’ai travaillé en qualité de phytopathologiste rattaché à un programme très largement inspiré par Y. Demarly de 1979 à 1984 : il s’agissait de mettre au point des tests de pouvoir pathogène de diverses maladies de la canne à sucre et de cribler, à un stade précoce, des plants issues de variétés sensibles à ces maladies après passage en callogénèse, en espérant récupérer des individus résistants... Nous n’avons pas vraiment obtenu les résultats espérés, mais l’expérience fut passionnante.

Guiderdoni Emmanuel (Cirad)

Lorsqu’on était jeune étudiant en biologie végétale à l’Université d’Orsay dans les années 1970-1980, intégrer le DEA d’Amélioration des Plantes qui y était proposé constituait le Graal. Ce DEA pouvait être le prélude ensuite à une carrière scientifique via une thèse, et l’objectif principal pour les étudiants était de la réaliser dans le laboratoire du professeur Yves Demarly, qui était le plus en pointe dans le domaine des biotechnologies végétales. L’entrée en DEA était très sélective et un test écrit de niveau en statistiques était nécessaire. L’enseignement dispensé était formidable et portait sur la génétique et l’amélioration des plantes, la morphogenèse végétale et la phytopathologie végétale, et le stage de DEA permettait d’approfondir une de ces 3 options. Chaque étudiant était chargé d’une « planche » en présentant à ses collègues les connaissances sur l’amélioration variétale d’une espèce cultivée.

En 1981, j’ai immédiatement été séduit par le charisme et la qualité de l’enseignement du Professeur Demarly, qui explorait notamment les possibilités de remise à zéro des interactions géniques par la culture in vitro pour la création de variations héritables dont certaines pourraient être exploitées en sélection. Un programme sur ce sujet avait démarré à l’IRAT sur la canne à sucre et avait conduit à la mise en place de laboratoires de biologie cellulaire en Guadeloupe et à la Réunion. A cette époque, la multiplication végétative par culture d’explants avait déjà intégré les sociétés de sélection, comme la production de lignées haploïdes doublées par culture de microspores. Les travaux plus exploratoires portaient sur la régénération de plantes à partir de protoplastes et les fusions de protoplastes de différentes espèces pour transférer noyau et/ou cytoplasme, formant les hybrides somatiques ou cybrides. Lors de ma thèse j’avais en charge de régénérer des protoplastes, à partir de suspensions cellulaires de canne à sucre, qui devaient être vecteurs d’une plus importante variation exploitable par le programme de l’IRAT. Tous ces travaux suscitaient un fort engouement de la part des publics variés qui venaient fréquemment visiter le laboratoire.

Le laboratoire d’amélioration des plantes localisé au Bâtiment 360 de la faculté d’Orsay était riche d’une quarantaine de chercheurs et étudiants conduisant des projets variés sur de nombreuses espèces cultivées. Les chercheurs étaient permanents de différentes institutions ou financés par l’ADAR, une association fondée par le Pr Demarly pour porter des projets public-privé avec les sociétés de sélection. Ils encadraient les étudiants de toutes nationalités, Le Pr Demarly étant très impliqué notamment via l’ORSTOM (aujourd’hui IRD) et les instituts préfigurant le Cirad dans la formation des étudiants du Sud. En tant que chef de laboratoire, le Pr Demarly était un visionnaire puisqu’il a très vite compris le potentiel des cultures in vitro, et a décrit l’épigénétique sans avoir à cette époque les outils moléculaires pour la caractériser. Issu de la génétique quantitative, fondateur de la station INRAE de Lusignan sur les fourrages, il n’avait pas hésité à changer d’orientation dans sa carrière en prenant une chaire à l’Université pour y installer son laboratoire et recommandait cette prise de risque à ses étudiants. Son charisme, son aura, ses facultés d’analyse et de perception immédiate des qualités humaines le rendaient de prime abord très impressionnant et intimidant, mais son contact était chaleureux et ouvert et toujours passionnant. Cela n’excluait pas des anicroches cinglantes avec certains chercheurs de son labo qui remettaient en cause ses théories. Beaucoup de collègues au Cirad ont suivi son enseignement ou sont passés par son laboratoire en stage ou en thèse ou ont bénéficié des conseils qu’il prodiguait comme conseiller des instituts préfigurant le Cirad. Tous gardent le souvenir d’une grande figure de l’Amélioration des Plantes et d’un enseignant exceptionnel, dont les théories précurseures n’ont cessé d’être vérifiées depuis avec les nouveaux outils de la biologie moléculaire et de la génomique.

Nouaille Christine (Biofutur puis Cirad)

J’ai aussi été élève de Demarly, et Jean Pernès a été mon directeur de thèse. J’ai passé mon DEA en 76 ou 77, ma thèse en 1979 et je garde un excellent souvenir de ces années à Orsay.

Il y a eu beaucoup d’idées avant-gardistes émises à cette époque, et c’était ce qui rendait ces cours passionnants. Je n’ai plus de souvenir précis de Demarly, dans le sens où il n’a été que mon professeur. J’en ai plus de Jean Pernès.

Je me souviens seulement de Monique Sibbi, qui tentait de démontrer l’existence de l’épigénétique chez les plantes, bien avant qu’on en parle par ailleurs.

J’ai surtout retenu les recherches que nous faisons autour de la génétique de la domestication des plantes, et autour des plantes ancêtres des plantes cultivées, ou sauvages associées, comme réservoirs d’adaptation aux changements futurs.

 Nous étions à l’époque très branchés sur les croisements possibles entre espèces, mais aussi sur les fonctionnements et les régulations du génome, comme avec les travaux de Barbara Mac Clintock sur les gènes sauteurs du maïs, ou de René Thom sur la théorie des catastrophes.

Je n’ai pas fait ma carrière dans la recherche, puisque je me suis assez vite orientée vers le journalisme scientifique à Biofutur, puis l’info et la communication au Cirad, mais j’ai retrouvé plusieurs élèves du DEA en revenant au Cirad.

Martin Bernard (Professeur à l’ENGREF-Nancy)

J’ai une pensée particulière pour le très regretté Professeur Demarly ancien de l’Institut agronomique et haute figure de l’Amélioration des plantes de ParisSud (Orsay).

Auteur de livres très appréciés sur l’Amélioration génétique des plantes avec une orientation finale sur les biotechnologies. Fort d’un bon sens pratique, ses démonstrations imagées facilitaient beaucoup la compréhension de la génétique du monde végétal. Ses présentations théoriques ne manquaient pas d’aspect pratique, mais il n’hésitait pas pour autant à proposer des hypothèses très visionnaires sur l’évolution des technologies.

 Il acceptait bien volontiers de répondre chaque année à mon invitation pour donner une conférence en guise de clôture à nos élèves-ingénieurs à l’Ecole forestière de Nancy. C’était toujours un honneur pour moi de le rencontrer et de pouvoir échanger quelques points de vue sur un sujet passionnant.

C’est ainsi que je lui ai demandé s’il accepterait d’encadrer mon projet de thèse sur l’amélioration des eucalyptus tropicaux, ce qu’il fit bien volontiers. Je lui droit mon doctorat, passé à Orsay en mai 1987 et je lui en suis infiniment reconnaissant. Cette thèse était la synthèse de 10 publications relatives à 15 ans de travaux et réflexions sur ce sujet ayant conduit aux plantations clonales papetières avec le développement mondial considérable qui en a suivi.

Pour moi ce sera toujours mon Professeur de thèse et ami très cher. Je garderai de lui le souvenir d’un homme aimable et dont la modestie n’avait d’égale que la richesse de la connaissance et la grandeur d’esprit.

Fait à Dommartemont, le 19 juin 2026

Meunier Jacques (Cirad)

J’ai rencontré Yves Demarly en 1966 alors qu’il était directeur de la station Inra d’amélioration des plantes fourragères de Lusignan (Vienne), et président du Comité technique de Biologie et Amélioration des Plantes Utiles (Bapu) de l’Orstom. Il était mon Directeur de thèse Orstom sur le sujet « Hétérosis et aptitude à la combinaison ». Mon Directeur d’études était le professeur Nozeran.

Dans ce cursus Orstom, il était prévu un stage à la station Inra d’amélioration du maïs à Clermont-Ferrand dirigée par le Professeur Cauderon. Ce dernier avait avec Demarly un différend notoire dont j’ignore la raison.

Lorsque j’étais affecté à La Mé (Côte-d’Ivoire) de 1968 à 1973, Demarly passait une semaine par an pour discuter du programme d’amélioration du palmier à huile avec nous. Il se disait admiratif de ce programme et avait utilisé un de nos clichés pour un article qu’il avait publié dans « La Recherche ». En 1976 ou 1977, devenu Professeur à Orsay, il m’avait demandé de faire un exposé sur l’amélioration du palmier à huile à ses étudiants de DEA.

A la création du Cirad en 1984, le premier chargé de Mission Connaissance et Amélioration des Plantes (Micap), Jean-Pierre Gascon a demandé à Yves Demarly de présider le conseil scientifique de la Micap, ce qu’il a assuré quelques années.

A cette époque, le Département Génétique et Amélioration des Plantes (DGAP) de l’Inra organisait chaque année une semaine de séminaire à Meribel où j’étais invité et où, après le ski, on discutait génétique avec Demarly, Gallais, Dattée et les chercheurs. A ma nomination à la Micap en 1989, Hervé Bichat et Henri Carsalade avaient organisé en l’honneur de J-P. Gascon un déjeuner où Demarly et Cauderon étaient invités. Dans son discours, Gascon s’était malicieusement réjoui de les voir réunis, eux qui avaient tant participé à la formation de son successeur.

En 87-88, nous avons eu des réunions avec Demarly pour réfléchir aux activités des labos communs du bâtiment 3. En1989, j’ai proposé à la Micap 4 priorités au Conseil Scientifique. 1- la culture in vitro, 2- la cytogénétique, 3- les marqueurs génétiques, 4- la biologie florale. Le CS a validé ces propositions (le 4 n’a pas vu le jour). On sent bien l’influence de Demarly !

Robledo Claude (Irat puis Vilmorin)

A la demande de l’IRAT après deux certificats de maîtrise et de biochimie, j’ai bien fait mon DEA avec lui en 1968-69, juste avant de partir au Burkina. C’était l’année de création du DEA.

Il m’a suivi pendant ma tentative de thèse de 3e cycle sur le sorgho, que je n’ai pu terminer en raison de mon retour en France en 77. C’est d’ailleurs grâce à lui que j’ai obtenu un poste chez Vilmorin filiale du groupe Limagrain avec lequel il avait de bonnes relations. Au départ je devais aller à Clermont-Ferrand pour travailler sur le maïs et puis j’ai dû aller à Nîmes remplacer un directeur de station qui allait être licencié.

Yves Demarly a été pour moi un excellent professeur, la formation que j’ai reçue pendant le DEA m’a servi bien sûr pendant les premières années de ma carrière de sélectionneur en Afrique et c’est ensuite grâce à lui que j’ai pu la poursuivre à mon retour et pendant quelques années dans le premier groupe semencier français.

 Nous étions une vingtaine dans le DEA de 68-69, mais à part Henri Feyt et Jean Pierre Marathée avec qui j’ai eu l’occasion de travailler j’ai oublié les noms d’autres.

[1] Archorales : les métiers de la recherche, témoignages, 3, Editions INRA, 205 p., 1999.


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