Annie MARTI

Le Gerdat m’a recrutée comme documentaliste en 1982 et mise à la disposition de l’Irat (Institut de recherches agronomiques tropicales et des cultures vivrières) à Montpellier. J’ai été rattachée à la DSA (Division des systèmes agraires) puis à la DSP (Division des systèmes pluviaux). Nous étions deux dans un petit bureau du bâtiment 1, au côté des chercheurs, enregistrant leurs publications sur des fiches cartonnées (fichiers auteurs, matière et géographique), les informant des nouvelles parutions, fournissant à la demande des photocopies de documents et consultant les premiers fichiers informatisés sur l’ordinateur du laboratoire voisin. Le service central de documentation était alors à Nogent, dans le parc de Vincennes, avec la bibliothèque des anciens Instituts, riche de toute l’histoire de la recherche agronomique française en Afrique Intertropicale.

Dans le nouveau Cirad, tout devait changer très vite. Les documentalistes allaient se muer en ingénieurs documentalistes avec de nouvelles missions. A la création en 1987 du Cidarc (Centre d'information et de documentation en agronomie des régions chaudes), les services ont été regroupés au bâtiment 5, bientôt rejoints par les Parisiens. Dans ces locaux neufs, une vaste salle de lecture du Cidarc devenu Centre d’information et de documentation Philippe Ariés en 1994, accueillait les étudiants d’Agropolis et des facultés. Aux premiers ordinateurs succédaient des outils informatiques puissants permettant de créer des bases de données exigeant des logiciels dédiés (Texto), des thésaurus garantissant un vocabulaire commun, en local et à l’international (Agrovox de la FAO). J’ai participé à la création de la base Agritrop qui regroupait les fichiers des départements du Cirad et contribué à d’autres base de données françaises (Ibiscus, Ministère de la coop. Pascal, CNRS) et internationales (CAB). En même temps, les revues et les sites de recherche se dotaient de sites Web, changeant radicalement nos méthodes de travail.

Au départ, chaque département avait encore sa spécificité. Ensuite la documentation a été rattachée à la DG, puis à la DRS. Au fil des changements, on devenait Spid (regroupé avec l’édition) puis Dic, Discom et enfin Dist. En 2003 j’ai trouvé ma place dans l’équipe appui documentaire de la Dic puis de la Dist en 2007.

Parallèlement à la révolution méthodologique des années 1990, j’ai connu des changements dans les domaines scientifiques dans lesquels j’intervenais. Outre l’appui documentaire, il fallait diffuser et valoriser les travaux du Cirad. Sur le modèle anglo-saxon des Current Opinions in … , j’ai participé à la création de bibliographies thématiques précédées d’un texte de synthèse rédigé par les chercheurs, faisant le point sur la production du Cirad et la situant dans la littérature internationale. Le thème traction animale a inauguré cette activité, suivi d’autres thèmes: cultures irriguées dans la vallée du fleuve Sénégal, sorgho, igname. En 1997-98, lorsque les deux départements encore parisiens ont rejoint Baillarguet, je suis devenue responsable de la documentation EMVT-Forêt. Tout en œuvrant à la réunion de ces deux services et à leur intégration à ceux de Lavalette, j’ai poursuivi cette production de bibliographies annotées: « Elevage et pathologies du dromadaire », « Aménagement des forêts denses tropicales humides ».

Les systèmes d’information ainsi constitués amenaient de nouvelles activités: il fallait enseigner ces techniques innovantes aux étudiants de la filière documentation, à ceux des filières scientifiques et en informer les chercheurs confrontés à la masse de données du Web. Par ailleurs, les nouveaux systèmes rendaient possibles des études bibliométriques, soit requises par les établissements de tutelle pour évaluer l’activité des départements sur la base du nombre et du facteur d’impact de leurs publications, soit pour effectuer un travail de recherche d’un nouveau genre. Il s’agissait de participer à des études fondées non plus sur l’expérimentation ou l’étude de cas, mais sur l‘exploitation de larges masses de données pour en extraire de nouvelles informations scientifiques (fouille de données, data mining) aboutissant à des publications (articles, ouvrages, CD-ROM, Web Cirad) réunissant chercheurs et documentalistes.

J’ai trouvé de grandes satisfactions intellectuelles et sociales dans l’exercice de ce métier en constante évolution. Il m’a permis de faire des rencontres enrichissantes dans de multiples domaines, des systèmes agraires à l’élevage, des cultures vivrières à la médecine vétérinaire. Commencée au siècle dernier par la rédaction des fiches manuelles, ma carrière s’est terminée en 2011 avec la participation au Web des Savoirs et la recherche bibliométrique. J’ai eu la chance non seulement d’assister à cette révolution, mais d’y participer pendant ces presque 30 ans d’activité au Cirad.

Et maintenant ? Après quelques voyages projetés depuis longtemps, je suis devenue l’heureuse grand-mère de deux petites jumelles nées ce printemps et souhaite leur consacrer une bonne partie de mon temps disponible.


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