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Originaire de la Lozère, je suis venu avec mes parents m’installer à la Grande-Motte lors de mes 13 ans, en 1968. A la demande du maire de Mauguio, dont dépendait la station nouvellement créée, mon père le représentait et avait été chargé par lui de la diriger, ce qui explique que je n’ai pas eu de vacances d’été pendant de nombreuses années. Mais cela m’a donné de nombreuses opportunités pour des jobs saisonniers et c’est ainsi qu’entre autres, j’ai pu travailler comme accompagnateur de promenades à cheval, éboueur, postier, sapeur-pompier, veilleur de nuit, barman, aide vétérinaire…

Après une scolarité au lycée Joffre à Montpellier, j’ai intégré l’Institut national agronomique Paris-Grignon, en 1977. Après une année de spécialisation en agronomie méditerranéenne à l’Ecole nationale supérieure agronomique de Montpellier, et un séjour de préparation au Centre de formation des enseignants et coopérants techniques internationaux (CFECTI), je suis parti en septembre 1980 au Niger, comme Volontaire du service national actif (VSNA), pour le compte du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), au sein de l’Aménagement Hydro-agricole d’Arlit, Amidar.

 

amidar vue davion 1981 003Cet aménagement de 25 ha, en pleine zone saharienne, dans le Ténéré du Tafassasset, avait été conçu et était en cours de réalisation par le CEA, en réponse aux critiques dont cet organisme faisait l’objet sur l’exploitation locale des zones uranifères de la Société minière de l’Aïr (SOMAIR) et de la Compagnie minière d’Akouta (COMINAK).

Une fois opérationnel, le CEA avait ainsi l’intention de remettre cet aménagement au gouvernement du Niger. L’aménagement comprenait des cultures de plein champ, des cultures sous ombrières et des cultures sous serres avec une climatisation par « cooling system ». Des forages dans la nappe fossile du Tarat, à trente mètres de profondeur, assuraient l’alimentation en eau du projet ; les cultures, vivrières, fruitières et légumières, étaient irriguées par gravité, aspersion et goutte-à-goutte.

Un village, comprenant école et mosquée, et hébergeant les familles Touarègues, venant des oasis de Timia et Iferouane, et Haoussas, des employés d’Amidar, avait été construit à peu de distance de l’aménagement.

Une équipe de trois VSNA était chargée d’assurer la gestion d’Amidar : achat des intrants ; vente des produits de l’exploitation aux commerces des villes minières proches d’Arlit et Akokan, mais aussi à quelques hôtels de la capitale, en leur faisant parvenir les productions d’Amidar, grâce aux camions en provenance de Niamey qui approvisionnaient Arlit et en repartaient à vide. Au plan de l’exploitation agricole, il fallait également inclure des recherches d’accompagnement notamment en matière de gestion des apports d’eau. Dans ce domaine, nous bénéficiions de l’appui de scientifiques du Centre d’études et de recherche nucléaire (CERN) de Cadarache (Pierre Moutonnet, Philippe Couchat), en particulier dans le domaine de l’humidimétrie neutronique.

Au plan administratif, un aspect délicat était celui de la gestion du personnel, composé pour partie de Touaregs et d’Haoussas, ces derniers étant considérés comme des esclaves par les Touaregs. Cela a posé quelques problèmes, celui qui m’a marqué le plus étant la dénonciation calomnieuse du chauffeur Haoussa de l’aménagement. Je l’avais licencié car il se servait du camion comme d’un taxi dans la ville d’Arlit et, en réaction il est allé dire à la police de la ville que j’avais eu un comportement anti-nigérien. Cela m’a valu de passer une soirée et une nuit derrière les barreaux au commissariat, pour des « motifs trop graves pour que l’on puisse me les dire (2) », selon le commissaire. Mes relations avec le ministre du Développement rural nigérien, le Docteur Ari Toubo Ibrahim, et le fait que l’inspecteur du travail était un Touareg que le chauffeur avait traité « d’agent à la solde des blancs », m’ont permis d’être relâché le lendemain, sous réserve que je ne fasse jamais état de cette arrestation et de ses mobiles. Mais je n’ai pas dormi tranquille dans ma case à Amidar pendant plusieurs nuits.

Après un séjour de 16 mois sur place, je regagnais en août 1982, Cahors, où je venais d’être recruté par la SAUR, Société d’aménagement urbain et rural, dont le domaine d’activité était celui relatif à l’eau potable et au traitement des eaux usées. Après une formation en chimie de l’eau, et en ma qualité d’ingénieur de direction régionale, j’ai ainsi passé deux années à apporter un appui technique dans les secteurs dépendant de Cahors, dont les départements du Lot, Tarn et Garonne, Corrèze, Dordogne, Cantal, Tarn et Aveyron. Cet appui était relatif à la gestion, l’entretien et le fonctionnement des réseaux et des stations de pompage, d’épuration et de traitement d’eau potable, ainsi qu’au montage de propositions en réponse à des appels d’offre pour des installations d’eau usée ou d’eau potable.

En août 1984, face aux difficultés que rencontrait Amidar, le CEA m’a sollicité pour repartir au Niger et mettre en œuvre le transfert de l’aménagement aux autorités nigériennes. J’ai accepté et suis donc reparti, accompagné cette fois de ma jeune épouse et d’une petite fille fort massu timia 81 001d’un an. Le séjour, au cours duquel j’ai fait la connaissance de Vincent Dollé à l’occasion d’une mission sur place de l’Irat à la demande du CEA, s’est achevé début 1986. L’aménagement a été transféré mais les relations entre les autorités nigériennes et les structures de la Cogema (Compagnie générale des matières nucléaires), filiale du CEA qui pilotait les unités d’exploitation minière à proximité, se sont alors distendues. Cela a induit des difficultés croissantes, notamment en matière d’alimentation en eau des cultures, compromettant à terme la survie d’Amidar.                                                                          

Mi-1986, Vincent Dollé m’a contacté pour proposer un poste de responsable de projet dans un aménagement hydro-agricole en cours de réalisation dans l’île de Gozo, au sein de l’archipel maltais. Ce projet avait été conçu par le Cirad-Irat en réponse à un appel d’offre lancé par un conglomérat malto-suisse. Son objectif était de développer une unité de productions maraîchères destinée à alimenter le marché suisse. Implantée sur 25 ha, Gozo Agricultural Project (GAP) comprenait 20 ha de cultures de plein champ et 84 serres tunnel, mises enNiger DP 1981   Teguidda1 oct 81 place par la société Filclair basée à Venelles, couvrant une surface de 5 ha. Mon rôle était de co-diriger l’exploitation avec un partenaire maltais, Adrien Borg Marks, et d’assurer le lancement de la production pendant le montage de ce projet qui devait durer deux années. Les principales activités ont concerné la sélection des cultivars adaptés au marché et aux conditions locales de culture, ainsi que la gestion des serres au plan du contrôle des conditions environnementales et d’alimentation hydrique et minérale des plants. Au cours de cette période, le Cirad m’a définitivement embauché dans le cadre du programme de recherches sur les cultures maraîchères, sous la direction de Patrick Daly. Mi-1988, je regagnais donc Montpellier, et je faisais la connaissance, entre autres, de Hubert de Bon et Paule Moustier, avec lesquels j’allais collaborer pendant six années.

En 1989, le Cirad m’envoyait comme assistant technique du ministère de la Coopération, auprès de l’Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra) à Saint-Louis au Sénégal, sous la direction de Jean-Pierre Ndiaye. Ce séjour, qui dura 5 ans, m’a permis de côtoyer de nombreux producteurs de la zone du Gandiolais, à l’embouchure du fleuve Sénégal, comme Matoumba Niang, chef du village de Mboumbaye, ainsi que des chercheurs de l’Isra, basés au Centre pour le développement de l’horticulture (CDH) à Cambérène comme Pape Abdoulaye Seck ou Alain Mbaye. Côté Cirad, je ne pourrais pas oublier les amis (Serge Volper, Patrice Guillaume, Pierre Bulteau, Claude Dancette, Jean-Pierre Gay, Régis Goebel, Jean-François Bélière, Pierre-Yves Le Gal… et leurs familles) avec lesquels nous allions sur la langue de Barbarie ou aux trois marigots. Les recherches étaient menées au sein des stations de l’Isra, le long du fleuve Sénégal, mais aussi sur le terrain, en étroite collaboration avec les agriculteurs maraîchers.  Mes activités ont porté sur la gestion de l’eau dans le domaine des cultures maraîchères (oignon dans le Gandiolais, tomate industrielle dans la vallée du fleuve). C’est dans ce cadre que j’ai pu contribuer au congrès international « Allium for the Tropics » qui s’est déroulé à Bangkok et Jakarta en février 1993.

En 1994, je rentrais à Montpellier où j’étais affecté auprès de Jean-Claude Legoupil, chef du programme Systèmes Irrigués et Bas-Fonds, comme adjoint en charge des cultures irriguées, Bruno Lidon couvrant le secteur des bas-fonds. Janine Cammal eculture assiette oignon gandiolais Senegal 1990 2t Nathalie Bonfiglio m’ont alors beaucoup aidé dans cette nouvelle fonction. Jusqu’en 1998, cette affectation m’a permis de réaliser de nombreuses missions en appui à des collègues en affectation à l’étranger (Mali, Sénégal, Niger pour le Pôle Coraf sur les systèmes irrigués, l’initiative Ecori au Vietnam...). J’ai également contribué à de nombreux colloques, parfois en ma qualité d’administrateur de l’Afeid (Association française pour l’étude des irrigations et du drainage) comme au Congrès ICID – Coraf -  Allemagne sur évolution et contraintes de la production maraîchère en zone urbaine et périurbaine... ainsi qu’au montage de multiples projets (Nigeria, Chine, Namibie, …). Pendant cette période, avec l’appui d’André Fleury et de Claude Alabouvette, j’ai rédigé une thèse de doctorat, soutenue en 1997 à l’Institut national agronomique Paris-Grignon, sur le sujet des systèmes de culture maraîchers dans le Gandiolais, au Sénégal.                                          

En 1998, pour le programme Gestion des écosystèmes cultivés, sous le pilotage de Francis Forest, j’ai été affecté en Thaïlande au sein deThailande irribillon3 l’Université de Kasetsart à Bangkok. J’ai ainsi travaillé notamment avec Pramote Saridnirun, Poonpipope Kasemsap, Sornprach Thanysawanyangkura, Onouma Nduangam. Correspondant de la Direction des relations européennes et internationales, j’étais le représentant local du Cirad et l’interlocuteur de Jean-Charles Maillard, directeur régional basé au Vietnam. Cette affectation a duré 4 années au cours desquelles j’ai contribué au montage de multiples projets, dont l’un en Chine, qui m’a valu d’être nommé Conseiller de l’Académie des sciences agricoles du Xinjiang.

J’ai été aussi beaucoup impliqué dans un projet régional de développement de l’agriculture périurbaine, cogéré par le Cirad et l’AVRDC (Asian Vegetable Research and Development Center), dont l’objectif était de renforcer les rôles positifs de l’agriculture périurbaine et d’en limiter les impacts négatifs.

En 2002, j’ai été rappelé à Montpellier pour prendre la direction du programme de recherches sur le coton.DSCN1453

De 2002 à 2004, j’ai ainsi pu contribuer à de nombreux projets de recherche et réaliser de multiples missions en Afrique (Afrique du Sud, Cameroun, Burkina Faso, Mali, Bénin, Sénégal...), en Turquie, au Paraguay, au Brésil… J’ai également été nommé administrateur de l’ICAC (International Cotton Advisory Committee) et j’ai ainsi pu participer à l’évolution de la filière coton dans différents pays, en Afrique mais également en Australie, Brésil, Turquie...                                                                                                                                                                 

Mes activités ont largement bénéficié de l’aide efficace de Jocelyne Sallin, Liliane De Cloedt, Hélène Guillemain, notamment.         

domes Banfora 15En 2004, j’ai été nommé Directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest continentale, à la succession de Georges Subreville. Basé à Ouagadougou, mon champ d’action couvrait le Burkina Faso, le Bénin, le Togo, le Ghana, le Mali, le Niger, la Côte d’Ivoire. Cela m’a permis d’établir des relations assez fortes avec les dirigeants des structures de recherche nationales, comme l’ISRA sénégalais avec Jean-Pierre Ndiaye, l’IER malien avec Bino Témé, ou régionales, telle le Cirdes avec Abdoulaye Gouro.        

                                                                                                                                                 

J’ai quitté l’Afrique en 2007 pour rejoindre la métropole et assurer pendant quelques mois, à Montpellier, la fonction de conseiller auprès du directeur général, Gérard Matheron, avant de devenir directeur régional Languedoc-Roussillon, couvrant également les activités des directions régionales à l’outre-mer (Réunion-Mayotte, Guyane, Guadeloupe, Martinique, Nouvelle-Calédonie). Magali Carné Navarro a été d’un concours très efficace pendant cette période qui s’est écoulée jusqu’en 2010. J’ai ainsi beaucoup collaboré avec, entre autres, Jean-Louis Muron, Patrick Caron, Gilles Mandret, Marcel de Raïssac, Philippe Godon, Patrice Guillaume, Jean-Pierre Gay…Je suis par ailleurs devenu membre du comité scientifique du Haut conseil des biotechnologies (HCB), j’ai suivi les séances de l’Institut des hautes études en sciences et technologies (IHEST), et obtenu le titre de chevalier du Mérite agricole en janvier 2010.congres ICOPE Bali 2010 5

Courant 2010, le PDG du Cirad, Gérard Matheron, m’a demandé de prendre le poste de Directeur général délégué aux ressources et aux dispositifs. Au même moment, Patrick Caron a accepté celui de Directeur général délégué à la recherche et à la stratégie, et nous avons ainsi travaillé en étroite collaboration jusqu’en 2013. Pendant cette période le développement des activités du Cirad dans le domaine du palmier à huile m’a conduit à prendre la fonction de Président de la société PalmElit, société créée en partenariat avec Sofiproteol. Avec le concours notamment de Tristan Durand-Gasselin, j’ai ainsi entretenu et développé de nombreux échanges dans ce domaine avec des partenaires en Amérique latine (Colombie notamment) et en Asie (Malaisie, Thaïlande, Indonésie).

Début 2014, à la suite du départ à la retraite de Gérard Matheron, j’ai regagné Rome où j’ai exercé la fonction de conseiller scientifique à l’Ambassade de France auprès de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), du FIDA (Fonds international pour le développement de l’agriculture) et du PAM (Programme alimentaire mondial) pendant une année.

Un an plus tard, je revenais en métropole pour prendre le poste de Délégué aux dispositifs en partenariats, au sein de la DGD-RS dirigée par Jean-Luc Khalfaoui. A ce titre, j’étais chargé de suivre les 22 dispositifs en partenariat qui structuraient les actions du Cirad dans le monde. Cela m’a conduit à réaliser d’innombrables missions et à mener des activités avec de très nombreux partenaires. Sasha Legrand-Valdes a été d’un appui très efficace pendant cette période au cours de laquelle, en outre, j’ai continué de tenir mon rôle de président de PalmElit jusqu’en 2019.

Cette carrière, qui s’est achevée en avril 2020 avec mon départ à la retraite, m’a permis de développer de nombreuses relations sur tous les continents. C’est la raison pour laquelle j’ai accepté une mission au sein de l’Adac, mission ayant pour objectif d’entretenir les contacts avec tous les partenaires du Cirad et contribuer ainsi à la création d’une véritable communauté internationale, coopérant pour aborder et traiter ensemble les nombreux problèmes que rencontrent les agriculteurs et les éleveurs tout autour du globe.

Jacques Pagès
(15 janvier 2025)

(1) Diplômes et titres : ingénieur agronome INA-PG spécialité agronomie méditerranéenne (1980); docteur en agronomie INA-PG (1997) ; chevalier du mérite agricole (2010) ; (et chevalier de l’ordre des Tastevins du Clos Vougeot...- 2011)

(2) Deux fautes très, très graves :
1- j’aurais dit que je souhaitais que « Khadafi prenne les Nigériens à lui ».
2- j’aurais « dessiné des moustaches sur une photo du lieutenant-colonel Seyni Kountché, président de la République du Niger ».

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