piombo livre

Ancien chercheur, aujourd’hui retraité, Georges Piombo vient de sortir un premier roman intitulé ‘’Mon histoire, c’est l’histoire d’un amour’’. Cet ouvrage, largement autobiographique, est une ode à son épouse emportée par la maladie, à ses enfants, à l’existence en général… écrit avec élégance et légèreté.

Dans la vie de Georges Piombo, il y a eu le Cirad. Ou plutôt le Gerdat, ancêtre de l’actuel centre de recherche agronomique, où il entre en 1975 comme technicien. Et auquel, dit-il, il doit beaucoup : « J’ai pu progresser en interne, passer des concours pour devenir chercheur ».

C’est là qu’il se forme et qu’il noue de solides amitiés, des souvenirs de franche camaraderie, une envie jamais tarie d’apprendre, de découvrir. « J’étais un rat de laboratoire jusqu’aux huit dernières années, avant ma retraite prise en 2013, où j’ai intégré une UMR et participé à des congrès en tant que modeste expert des lipides car il en existe des bien plus calés que moi ! ».

L’écriture comme une thérapie

Dans la vie de Georges Piombo, il y a l’écriture. Elle est arrivée comme une bouée de sauvetage, une thérapie après la perte de celle qui partageait tout de son existence, sa femme chérie emportée par la maladie. « Cela me tordait les tripes que l’on puisse l’oublier. Elle était discrète et n’aurait peut-être pas aimé que j’écrive sur elle… mais j’ai eu l’aval de nos enfants, mes premiers relecteurs ».

Il l’écrit, la décrit. Elle est là au fil des pages. Même quand c’est en filigranes. Non pas comme un fantôme errant, mais bien vivante. Pétillante. Présente. Les personnages, les récits révélés sont quelques peu romancés. L’identité des enfants changée. Mais l’essentiel reste : la profonde affection que Georges porte à sa moitié, le combat de cette dernière contre la maladie, l’amour qu’il voue à leurs gamins adoptés, les siens et ceux qu’il accompagne notamment au conseil municipal des jeunes de sa commune.  

Dans la vie de Georges Piombo, il y a la musique. Elle s’entend dans le titre de ce premier ouvrage ‘’Mon histoire, c’est l’histoire d’un amour’’ comme au fil des mots. Elle rend l’histoire élégante et légère. Georges compose ses chapitres avec fluidité, avec un ton, une sonorité qui n’effacent pas sa peine mais balaient le pathos. Ce qui fait que le lecteur se laisse emporter et tourne les pages d’une vie qui n’est peut-être pas la sienne mais où il peut, un tant soit peu, se reconnaître.

Note : Le livre est disponible sur le site des éditions éditions Le livre et la plume. Une partie des bénéfices sera reversée à l’association "Les chrysalides" qui accompagne les malades atteints de cancers.

Publié le 07/06/2021

Ce poème est un témoignage de reconnaissance à Roger Bertrand écrit par une amie poète.

IL A LAISSE SON CŒUR…

Il a laissé son cœur dans le cœur de l’Afrique,
Ce sont ses propres mots ; pour d’intimes raisons.
Il conserve en mémoire un vécu qu’il explique,
Le voilà survolant de lointains horizons.  

Il a laissé son cœur quelque part en Afrique,

Et nous entraîne tous dans ses nombreux parcours ;
Raconte-nous encor, la voix mélancolique,
La vente de l’esclave à la peau de velours.

C’était à Tombouctou cette ville mythique,
Le marchand proposait contre un menu fretin,
L’achat de cette belle au devenir tragique ;
Il ne saura jamais le poids de son destin.
 
Il a laissé son cœur d’humble scientifique,

L’empreinte de ses mains, les fruits de son passé,
Il en parle toujours de façon poétique,
L’attachement est tel qu’il comble le fossé.

Mais depuis son départ l’Afrique est nostalgique,
Elle pleure le maître et surtout le chercheur,
L’homme qui chérissait ce pays magnifique,
Gardant au fond de lui l’immortelle fraicheur.

Son cœur veut repartir, ce n’est point utopique,
Cette terre l’attend, Dieu seul décidera.
Tel un aigle royal d’un vol emblématique,
Dans son dernier sommeil son vœu s’exaucera.

Sylvaine Gabin, décembre 2016

Je l’ai vu à sa naissance ; il était tout petit. À peine un filet d’eau dont j’aurais pu doubler le volume en vidant ma gourde.
Sans un bruit l’eau sourdait, tranquille, entre trois brins d’herbes sous l’œil amusé d’une libellule bleue et d’un scarabée joueur.
C’était dans le pays où Stanley rencontra le docteur Livingstone, sur les bords du lac Tanganyika.

Surpris, j’ai contemplé ce simple filet d’eau et j’aurais bien aimé le suivre dans son voyage jusqu’à la mer et même recevoir au passage tous les autres filets d’eau qui font de vous une rivière, toutes ces contributions, petites ou grandes, qui vous aident à devenir grand. Mais je crois que mes pauvres souliers étaient trop usés pour me conduire jusque là-bas. C’était tellement loin la Méditerranée ; c’était tellement loin le pays d’Akhenaton ou de Toutankhamon, le pays des pyramides.
Alors pour, d’une certaine façon faire le voyage, j’ai barré le filet d’eau avec mes deux mains et l’eau s’est accumulée en arrière et puis j’ai bu tout ce que j’ai pu et je l’ai renvoyé plus bas.
C’est ainsi que j’ai pu être, à moi tout seul, la source du plus grand fleuve africain. Au fond je suis devenu, pour un court instant, un très court instant, mais quel instant ! Le géniteur du Nil.
Si vous passez par là-bas dans les montagnes arrondies du Burundi allez vous aussi rendre visite à la source la plus méridionale du Nil et dites lui que suis encore tout attendri quand je pense à elle.

Roger Bertrand
 février 2016

Mes souliers africains sont tous morts à la tâche.
C’étaient des Pataugas, empeigne de coton,
Semelle en caoutchouc protégeant le talon.
Ils m’ont conduit partout, simplement, sans relâche.

Mes souliers ont souffert souvent dans les maraischaussuresdebrousse
Qu’il fallait parcourir pourtant, coûte que coûte
Pataugeant, subissant ces bêtes qu’on redoute
Moustiques ravageurs, amateurs de sang frais.

Mes souliers ont vécu dans la savane immense
Découvrant en tous lieux des hommes obstinés
Travaillant cette terre ainsi que leurs aînés
Sur la terre courbés dans un effort intense.

Mes souliers ont vécu longtemps dans la forêt
Parfois pleine de cris, parfois silencieuse.
Dans cette ombre oppressante et souvent si trompeuse.
Ils m’ont conduit partout sans peur et sans regret.

Mes souliers ont œuvré sur la terre africaine
Pour donner aux enfants du riz ou bien du mil
Pour sans doute éviter qu’ils ne fuient en exil,
Pour faire de leur vie une existence humaine.

Mes souliers de tout cœur je vous dis grand merci
Sans vous qu’aurais-je fait là-bas près du tropique ?
Sans vous je n’aurais vus tous ces gens de l’Afrique ?
Sans vous aurais-je pu voir leur sort adouci ?

Mes souliers africains qui sont morts à la tâche
Referaient le parcours s’il le fallait encor
Seulement pour les gens, oubliant le décor
Seulement pour l’Afrique avec ou sans panache.

Mes souliers africains tout là bas sont restés
Si vous en trouvez un au détour d’une route
Soyez bien convaincus qu’ils m’attendaient sans doute
Et que depuis longtemps ils sont acclimatés.

RB 22/02/2017

Grâce à l'Irat, en 1975, j'ai eu la chance de bénéficier d'une année sabbatique dans une Université américaine, au titre de Visiting scientist, pour me perfectionner dans les domaines de la physique-chimie, de la physique des sols et de la minéralogie, qui au départ devait de dérouler en Caroline du Nord chez le Pr Pedro Sanchez, que j'avais rencontré par ailleurs.

Et finalement quand j'ai eu obtenu tous les accords, Pedro avait fait le plein de Visiting scientists et m'a adressé chez le Pr Goro Uehara au College of Tropical Agriculture, à Hawaii. Cela a été une agréable surprise, d'autant que sur le plan professionnel j'ai pu m'immerger dans les sols ferralitiques tropicaux que je n'aurais pas pu découvrir en Caroline du Nord. J'avais apporté avec moi 2 kg de sol Dior... qui ont été baptisés par soils scientists hawaiiens « nothing soil »... en raison je crois de leur taux d'argile et de matière organique très faible ! Voici le récit, rédigé en 1976, sur mon séjour à Hawaii en 1975-1976.

                                                                                                                                                                                                Christian Pieri, 4 janvier 2016

 En vérité, Hawaii, le 50e Etat des Etats-Unis, c'est vraiment loin. Vingt heures d'avion, si vous ne perdez pas votre temps, et un bond par dessus onze faisceaux horaires. De quoi vous déboussoler pendant quelques jours et quelques nuits au cours desquelles vous vous sentez en pleine forme alors que vous étiez plutôt assoupi durant la journée.

Cette expérience de neuf mois passés dans cet archipel de huit îles (le seul qui existe dans le Pacifique Nord) a été pour ma famille et moi-même, passionnante et parfois épuisante. Adaptation au pieri hawai (1)changement d'horaire, au climat – en septembre, il fait chaud et humide dans les appartements non climatisés – et surtout à la vie à l'américaine. Tout était nouveau pour nous. Depuis l'organisation des cours et des travaux dans l'université de Honolulu où nous étions, jusqu'à cette découverte journalière de la façon de résoudre tous les petits problèmes qui se posent à une famille : rechercher les produits d'alimentation de base qui ressemblent suffisamment à ceux que vous consommez d'habitude, ce qui n'est pas une petite affaire, trouver une école pour les enfants, se faire vacciner – on ne l'est jamais assez là-bas : oreillons, rubéole, etc. –, se loger, trouver un véhicule... et surtout comprendre et parler la langue. Dans ce dernier domaine, quelles que soient vos connaissances en anglais, il y a une période (1 à 3 mois) d'adaptation assez pénible, particulièrement peut-être à Hawaii compte tenu de la diversité d'origine de la population.

Sur un million d'habitants qui peuplent cet archipel, dont 600 000 dans la seule capitale, Honolulu, il y a plus de 60 % d'asiatiques. Les Japonais – malgré Pearl Harbor ! – constituent la communauté la plus importante, et peut-être la plus dynamique de l'Etat, du moins autant que les « Caucasiens » c'est-à-dire les Américains « blancs » du continent. Si on peut me passer cet affreux calembour, ces Américains du continent rient plutôt jaune, lorsqu'ils vous expliquent que dans cet Etat le gouverneur, le recteur de l'université, la majorité des élus locaux, etc., sont tous d'origine japonaise. Non seulement, ils ont leur propre chaine de TV en langue japonaise, mais en plus on estime que plus de 40 % des chambres d'hôtel de la fameuse Mecque du tourisme, Waikiki Beach, appartiennent à des capitaux japonais : les touristes japonaiss d'ailleurs arrivent là-bas à « jet » continu, déposés par les Boeing 747 de la Japan Airline, allant dans les hôtels japonais de Waikiki, déjeunant dans les restaurants japonais et ramenant des souvenirs achetés dans les boutiques japonaises. Extraordinaire cette organisation !

Et pourtant les Japonais d'Hawaii sont vraiment parfaitement intégrés et acceptés dans cet Etat américain (ils sont moins bien reçus lorsqu'ils vont au Japon, où l'on se moque de leur parler archaïque). De plus ils parlent un « anglais », ou plutôt un américain parfaitement compréhensible. La communauté chinoise (de Hong Kong et de Taiwan), très vivante, est aussi tout à fait compréhensible. Mais les choses se gâtent lorsque vous entamez conversation avec un Philippin, un Malais, ou bien pire encore avec un Pakistanais ou un Indien. L'anglais « américain », « texan » et l'anglais « indien » ce sont vraiment trois langues différentes.

Et comme deux jours après mon arrivée j'ai eu à faire un séminaire – passe encore – mais surtout à répondre aux questions de l’assistance, j'ai vraiment passé des moments difficiles. Ce qui est merveilleux dans ces pays d'immigration, c'est que personne ne se moquera de votre accent, de vos fautes de prononciation ou de vocabulaire, mais au contraire on fera tout son possible pour: vous aider et vous comprendre. A l'école pour nos enfants, cela était pareil : au bout de six mois, grâce à la maîtresse, originaire de Séoul, la petite française, la jeune Brésilienne et leurs amis chinois et américains pouvaient parfaitement se comprendre et communiquer dans une langue commune qui ne ressemblait pas au sabir franco-luso-anglais des premières semaines !

Nos contacts avec la vie universitaire américaine ont été très agréables. En fait, la vie en campus universitaire est une vie très riche, et même confortable, aux Etats-Unis. Je n'ai pas senti cette tension qui caractérise souvent les établissements d'enseignement supérieur en France. En fait, on procède systématiquement à sa collecte de « crédits » qui, dans la mesure où l'on travaille régulièrement et efficacement, vous amènera à la thèse de « Master of Science » puis au PhD. Les relations étudiants-professeurs sont très différentes de celles que j'ai connues. Elles sont directes et sans complexes. Quand vous posez une question, qui peut d'ailleurs interrompre le professeur en cours d'exposé, on vous répondra toujours c’est une bonne question – en général dans ce cas c'est vrai – ou bien la question est intéressante – et alors, en général, elle ne l’est pas.

Tout peut être enseigné à l'université : cours de fabrication de marionnettes hawaiiennes, cours d'histoire moderne intitulé, « après Watergate », cours de poterie, etc. Ce sont les étudiants en fait qui sanctionnent les cours : s'il y a moins de sept étudiants, le cours est carrément supprimé et le professeur renvoyé à ses chères études.

Les étudiants ont accès à absolument tout le matériel de laboratoire, l'aspect acquisition de connaissances pratiques passant avant les craintes de voir le matériel détérioré : une étudiante de mon laboratoire a fait une erreur d'utilisation du diffractomètre de rayons X, coût de la réparation un millier de dollars..., et on continue ; la bourse de recherche de l'étudiante a, par contre, peu de chances d'être renouvelée.

A l'université d'Hawaii, les horaires de travail, dans la mesure où cela existe vraiment, étaient les suivants : 7 h 45 à 16 h 45, avec un arrêt de 15 à 30 min pour les sandwiches de midi. On s'y fait d'ailleurs très bien : plus exactement, j'apprécie beaucoup ce rythme, mais beaucoup moins mes sandwiches en pain « fluffy », cotonneux, aigrelet et non nutritif. Car à 17 h ou 17 h 15 vous êtes « at home », avec devant vous un océan de possibilités depuis le plus facile, c'est-à-dire partir sur la plage avec son barbecue, ses côtelettes et son maïs à griller, jusqu'au plus instructif, car tous les cours possibles et imaginables sont à votre portée entre 19 h et 22 h. Après avoir tâté d'un cours du soir sur le « rôle de la femme américaine dans le monde artistique », d'un autre sur les danses folkloriques hawaiiennes et américaines de l'époque pionnière, puis d'un autre sur le tissage et la tapisserie, ma femme m'a rejoint pour passer le brevet de plongeur en scaphandre autonome organisé par la puissante YWCA (Young Women Christian Association). Beaucoup d'Américains participent à ces activités extraprofessionnelles qui finissent par avoir une réelle importance sociologique dans ce pays. Rien de tel pour se nettoyer l'esprit et faire des rencontres inattendues et toujours enrichissantes.

Cela nous a permis, entre autres, de connaître un peu mieux les « local » c'est-à-dire les Hawaiiens de souche. Sont considérés comme tels ceux qui peuvent assurer qu'ils ont au moins 25 % de sang hawaiien. On voit que les exigences en matière de pedigree sont modérées. Cela est nécessaire car si l'on cherchait des hawaiiens à 100 % je ne pense pas qu'on en trouverait un seul. Depuis que le capitaine Cook découvrit, en 1778, l'archipel qu'il baptisa les « îles Sandwich », des bouleversements profonds ont en effet modifié la population d'origine. L'histoire de ces derniers est en effet très mal connue. On pense que ce sont de hardis navigateurs venus des îles Samoa ou de la Polynésie française qui colonisèrent, il n'y a pas si longtemps, ces îles. En fait, il fallut attendre 1810 pour qu'une organisation réelle regroupe ces îles sous une même autorité, celle du roi Kamehameha I qui fut en quelque sorte le créateur de l'Etat d'Hawaii. Par la suite des échanges réguliers commençant à s'établir avec l'Angleterre et l'Amérique, des commerçants s'installèrent, des missionnaires – il y a beaucoup de catholiques parmi les « local » –, puis des planteurs qui débutèrent la culture de la canne à sucre et plus tardivement celle de l'ananas. Les plantations de canne à sucre consommant beaucoup de main-d'œuvre, il fallut en importer : ce fut le début du peuplement asiatique, et surtout chinois des îles d'Hawaii.

pieri hawai (6)Sous la pression conjuguée des activités commerciales qui ne se caractérisaient pas souvent par l'honnêteté dans les échanges, puis des maladies inconnues jusqu'alors mais introduites dès l'origine par les étrangers – c’est aux marins de Cook que l'on doit le triste développement des maladies vénériennes –, enfin des missionnaires souvent offusqués par les mœurs très libres et les cultes animistes des Hawaiiens, la royauté s'écroule. La Reine Liliukolani fut déposée en 1893, la République proclamée en 1894. En 1900, Hawaii devenait un territoire des Etats-Unis, et la fin du processus de digestion fut consommé en 1959 où Hawaii devenait le 50e Etat de l'Union.

Aussi est-il bien difficile de retrouver quoique ce soit qui puisse porter le témoignage des temps passés. L'Amérique a pris possession de cet Etat et l'a transformé en usine à tourisme. Il faut reconnaître que cela a été bien fait mais le passé hawaiien y a perdu ses dernières racines. Seul le folklore des danseuses de hula et certaines traditions culinaires demeurent. En précisant cependant que les danseuses sont le plus souvent d'importation très récente et temporaire et font de la figuration artistique, étant donné que leurs consœurs « local » ont la fâcheuse tendance à s'épaissir à un point étonnant dès 13 ou 14 ans.

Leur régime alimentaire à base de porc grillé et de poï (potée faite avec le bulbe des taros) y est certainement pour quelque chose. Quant à l’artisanat qui pourrait révéler encore quelques aspects de la splendeur passée, dont beaucoup d'Hawaiiens parlent mais que personne n'a connue, il est réduit à sa plus simple expression : les plus belles réussites étant, à notre avis constituées par les « leis » (colliers de fleurs que tout arrivant à Hawaii reçoit avec le baiser d'accueil) et les merveilleux coquillages que l'on trouve dans les eaux chaudes et claires de l'archipel.

Car il est temps tout de même, de vous parler un peu du paysage hawaiien. Comme beaucoup de ces iles du Pacifique ou des Caraïbes, elles ont presque toutes un relief très accusé en raison de leur origine volcanique, à l'exception de l’île de Lanaï uniformément plate – transformée d'ailleurs en champ d'ananas par la compagnie Dole qui a acheté toute l’île –, toutes les autres sont couronnées par d'anciens cônes volcaniques, les plus récents occupant la Grande Ile c'est-à-dire l'île d'Hawaii.

pieri hawai (3)Le climat, les sols, la végétation sont fortement influencés par ces reliefs ainsi que par leur position par rapport aux alizés qui soufflent du nord-est.

En hiver, ces vents soufflent très régulièrement, soulevant des lames d'eau impressionnantes (jusqu'à 10 m de haut) qui se déroulent en vagues régulières et parallèles au rivage, et qui sont à l'origine du « surfing », ce sport athlétique qui réunit chaque année les fanatiques du monde entier.

Ces vents apportent aussi les pluies qui tombent en cataracte sur les sommets des îles et les premières pentes couvertes d'une jungle très dense à épiphytes et à orchidées, alors que le leeward (la côte au vent) porte, comme dans l'île de Cahu ou de Hawaii une brousse à Acacia et à épineux : Waikiki beach : 500 mm ; université d'Hawaii (2 km au nord) : 1 600 mm ; Manoa Valley et Saint-Louis-Heights (4 km au nord) : plus de 3 m de pluie annuelle. L'une des conséquences est qu'à toute époque de l’année, et c'est ce qui fait le succès de l'archipel, il y a toujours quelque part une côte ensoleillée baignée par des eaux claires et jamais froides. Ce paradis des touristes est en fait aussi et avant tout celui des coraux et des poissons multicolores qui abondent dans ces eaux. C'est vraiment, à notre avis, l’une des plus belles richesses de l’archipel qui, en outre, est arrivé assez efficacement à se préserver des requins qui pourraient modérer quelque peu l'enthousiasme des plongeurs. Les coraux et les algues à squelette calcaire, formant souvent des bouquets très gracieux, abondent presque à portée de main et c'est merveille que d'assister aux évolutions gracieuses des poissons perroquets aux teintes pastel, des poissons papillons jaunes à bandes noires, des poissons chirurgiens... et bien d'autres encore, car la variété dans le monde sous-marin est infinie.

Il existe, en particulier sur l’île d’Oahu, une baie correspondant à un ancien cône volcanique envahi par l'eau de mer, qui a été transformée en réserve naturelle totale. Le spectacle sous-marin y est une féerie à la portée de tous, puisque les fonds coralliens sont souvent à moins de 2 m de profondeur : Hanauma Bay, tel est le nom de cette réserve, est une merveille.

Il paraît que sur d'autres îles, comme à Kauaï, il y a des fonds au moins aussi beaux, sinon plus. Malheureusement, la chimie physique, la chimie colloïdale ainsi que mes éprouvettes de sol Dior etpieri hawai (2) sol rouge de Séfa ne m'ont guère laissé le temps de visiter les sept autres îles (d'ouest en est : Nihau, Kauai, Oahu, Molokai, Lanai, Milaukawee, Maui, Hawaii).

Une exception toutefois : nous avons passé les trois premiers jours de l'année 1975 dans la Grande Ile et, malgré la pluie qui ne nous a guère quittés un seul instant, cette découverte nous a enchantés.

L'île d'Hawaii est comme un iceberg, on n'en voit que la plus petite partie. Entièrement volcanique, cette île « débute » en fait à 6 000 m sous l'océan où un volcan, un jour, a commencé à s'épancher.

D'épanchements en épanchements, non seulement le volcan – les volcans car en fait il y a deux systèmes volcaniques principaux – a dépassé le niveau de l'océan, mais il se retrouve actuellement à plus de 4 000 m d'altitude (le Mauna Kea, avec ses 4 200 m, est le plus haut volcan en activité du monde et on y fait du ski). L'activité de ces volcans continue : en moyenne une éruption annuelle.

La presse d'Hawaii se fait largement écho du moindre tressaillement de ces monstres endormis dont les éruptions spectaculaires et très peu dangereuses constituent des spectacles de choix.

Imaginez un énorme cratère de 6 à 8 km de diamètre, avec une caldera fumante et frémissante en son centre. Sur le bord du cratère le plus éloigné de la caldera est installé « Volcano bouse », unpieri hawai (5) merveilleux hôtel datant de la fin du siècle dernier, et qui associe le charme de cette époque au confort moderne le plus discret et le plus efficace. Et c'est de là, tout en prenant une consommation dans une ambiance sereine et climatisée, c'est-à-dire chauffée en ce mois de janvier, que vous pouvez observer à travers les grandes baies vitrées du salon l'éruption du moment, si vous avez la chance de vous trouver là à la bonne époque ; jour et nuit, jaillissent dans le ciel des fontaines le laves incandescentes qui s'écoulent en flot torrentiel. Les volcans hawaiiens sont en effet renommés pour la haute température et la fluidité de leurs laves basiques qui empêchent donc tout piégeage de gaz à l'origine des éruptions brutales ; ils sont vraiment adaptés au goût prononcé des américains pour les « shows ».

pieri hawai (4)N'ayant pas eu droit à une éruption pendant les quelques jours où nous y étions – il y en avait eu une le 27 décembre précédent et nous venons d'apprendre que depuis notre retour il y a eu une nouvelle éruption, au cours du mois de juin –, nous nous sommes contentés de traverser à pied l'ensemble du cratère du Kilauea Iki. Cette ballade sur les dalles noires de laves, d'où s'échappaient à leurs jointures des jets de vapeur d'eau et une odeur de soufre, a été fascinante et nous a permis de mieux comprendre cette étrange attirance que les volcans peuvent exercer sur ceux qui essayent de les mieux connaître.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur cette expérience hawaiienne qui nous a enrichis de contacts nouveaux, de paysages inhabituels et d’amitié.

Savez-vous que pour 850 dollars vous pouvez, en touriste, faire l'aller-retour Paris-Honolulu ? Qu'est-ce que c'est comparé au prix actuel d'une 2 CV en France ?

                                                                                                              Repris du Bulletin d'information et de liaison de l'Irat, 1975, n° 4