tardieu2013Maurice Tardieu est décédé le 9 mars à Montpellier. Successivement généticien-sélectionneur de l'Irat au Sénégal, directeur de l'Irat au Cameroun de la fin des années 60 et début des années 70, responsable de la division d'amélioration des plantes de l'Irat et directeur de l'Icrisat en Afrique de l'Ouest de 1982 à 1986. 

Témoignage de Jacques Chantereau

Je ne retracerai pas la carrière professionnelle de Maurice Tardieu parce qu’elle a commencé dans les années 1950 et que je ne la connais pas précisément. Je parlerai de souvenirs personnels qui me permettront d’en évoquer certains aspects.

J’ai fait sa connaissance en 1973 : j’étais VSN (volontaire du service national) au Sénégal en Casamance, à l’Irat (Institut agronomique tropicale) où il était responsable de l’amélioration des plantes. Il était venu voir nos essais variétaux. Lorsqu’ensuite je fus embauché par l’Irat en 1974, il s’est trouvé être mon chef hiérarchique et j’ai partagé avec lui nombre d’évènements (réunions, tournées, montages de projet). 

Il avait une forte personnalité avec des opinions bien affirmées et souvent provocatrices. Il n’était pas dans l’émotion, dans la sensiblerie. Il cultivait un côté politiquement incorrect. Il choquait certains mais, quand on le connaissait, on découvrait qu’il donnait le change. En fait, Il était très concret. Il ne fallait pas lui raconter d’histoires mais être professionnel en faisant bien son travail de sélectionneur. Alors, les relations étaient bonnes.

S’il paraissait ne pas vouloir d’attaches affectives dans le travail, il était, en fait, très fidèle à ses collègues. Je puis citer le cas de son ami Pierre Bezot, qu’il avait connu durant ses études et qui, comme lui, a travaillé en Afrique. Maurice Tardieu, qui n’a pas écrit sur sa carrière, a donné à l’Adac un beau texte d’hommage sur son camarade quand celui-ci est décédé l’année dernière. Son amitié avec le grand agronome tropical René Tourte, qui regrette tant de ne pouvoir être avec nous aujourd’hui, s’est indéfectiblement poursuivie depuis près de 70 ans. D’autres collègues ici présents peuvent témoigner de sa fidélité. Je pense aussi qu’il nous a considéré, ma femme et moi, comme proches.

Il pouvait passer pour misogyne mais c’est lui qui a recruté dans les années 70 à l’Irat, la première généticienne (Claudie Lambert) et a veillé à sa bonne installation au Sénégal. Je crois même que c’était la première chercheuse de cette discipline dans tous les instituts tropicaux.

Très soucieux de notre pays et de son rôle dans la recherche agronomique, il pouvait être suspecté d’être fermé aux étrangers. Portant, il a conduit la plus grande partie de sa carrière en Afrique (Sénégal, Cameroun, Niger) en se consacrant au développement agricole avec nos partenaires. Il a notamment soutenu la carrière de collègues africains comme Djibril Sene qui fut ministre du Développement rural au Sénégal ou Jacques Eckebil qui fit une belle carrière à la Fao. De 1982 à 1986, Maurice Tardieu fut aussi, au Niger, le directeur pour l’Afrique de l’Ouest de l’Icrisat, centre international dévolu aux cultures tropicales des zones semi arides. Il a géré avec efficacité une diversité de chercheurs venant de pays anglophones africains, des USA ou d’Inde.

Je voudrais terminer par un aspect de sa personnalité qui m’est apparu tardivement. A l’Adac, je m’occupe de constituer une photothèque qui illustre l’histoire et le cadre aussi bien géographique qu’humain des instituts tropicaux et du Cirad. A ce titre, je l’ai sollicité pour avoir des photos. Il m’en a fourni généreusement. J’ai alors découvert la qualité esthétique de ses clichés et son intérêt pour les populations africaines photographiées. Maurice Tardieu a été un des tous meilleurs contributeurs de la photothèque. Quand j’essayais de le faire parler de ses centres d’intérêt en photographie, il se retranchait derrière des considérations techniques (appareil photo, pellicule…).  Je crois qu’il ne voulait pas dire qu’il y avait une recherche artistique et humaine dans ses clichés.

Cette évocation me parait révélatrice de ce qu’était Maurice Tardieu : secret, déroutant, pudique et attachant. Il manquera énormément à tous et nous le garderons dans notre mémoire.               

Jacques Chantereau, président de l’Adac