Qui m’a tenu la main le jour de mon certificat d’études Récit d’un témoin du monde paysan et de la foi

Présentation d’ouvrage par Robert Schilling

 

Qui m'a tenu la main

Qui m’a tenu la main le jour de mon certificat d’études

Récit d’un témoin du monde paysan et de la foi

 

Francis Ganry

 

 

 

 

Saint-Léger éditions

Septembre 2019, 243 pages

 

Notre collègue Francis Ganry nous fait le récit de l’histoire de sa famille et de son enfance dans la Charente rurale des années 50.

Il témoigne également de sa conversion à la foi catholique, après une longue quête. Il nous décrit, en termes truculents mais non sans profondeur, la campagne française telle que sa génération (la dernière) l’a encore connue. Le remembrement, l’uniformisation des paysages, l’endettement consécutif à l’intensification, la dictature de la technocratie bruxelloise et la prolétarisation en cours du monde paysan sont venus, depuis, bouleverser ce milieu humain dont est issue notre civilisation (« pas de pays sans paysans »). Nous sommes encore nombreux à y avoir goûté, au moins pendant les vacances chez des grands-parents ou des cousins restés à la campagne ! Francis est né et a grandi dans ce monde où l’agriculture était un mode de vie et un code de valeurs plus qu’une profession. Les petits exploitants indépendants, très majoritaires, dont ses parents, tiraient de la vente des céréales et du vin les revenus nécessaires à l’investissement, de celle du lait la trésorerie courante, et des produits de la ferme une grande partie de l’alimentation quotidienne. On « faisait son bois » pour le chauffage et la cuisine. Le salariat était rare et l’endettement très exceptionnel. La recherche de l’autosuffisance et l’entraide étaient de règle. Les enfants avaient leurs activités propres : le gardiennage du bétail, l’herbe à ramasser pour les lapins, la pâtée des cochons, le glanage après la moisson, les travaux du ménage et l’apprentissage progressif des opérations agricoles principales auprès des adultes. La familiarité avec la nature était totale.

La famille Ganry, non pratiquante, était néanmoins attachée au rituel catholique qui jalonnait les étapes de la vie. Francis fut un mauvais élève du catéchisme, ressenti par lui comme un ensemble de futilités ennuyeuses. Il fut admis de justesse à la communion solennelle, qui marqua, comme pour tant d’autres, la fin de son éducation religieuse officielle, restée à un niveau infantile. Son véritable cheminement spirituel fut déclenché, au cours de ses études supérieures, par des événements inexpliqués de sa vie d’enfant qui lui firent prendre conscience de certitudes qui viennent d’un « ailleurs ». Sa foi fut bâtie et consolidée par des échanges avec des croyants, par des retraites spirituelles et par des lectures, dont la découverte de l’œuvre du Père Teilhard de Chardin (1881-1955). Ce jésuite paléontologue proposa une lecture chrétienne de la théorie de l’évolution, ce qui lui valut, à l’époque, les foudres du Vatican. Albert Einstein, qui réfutait l’hypothèse d’une cosmologie fondée sur le hasard, renforça la conviction de Francis : « Le hasard, c’est Dieu qui voyage incognito », osa-t-il écrire, ce qui scandalisa les libres-penseurs de l’époque mais fit réfléchir notre agronome en herbe. A ce sujet, je me permets d'ajouter une autre citation du même : « Dieu ne joue pas aux dés ! » Il faut préciser que pour cet athée, Dieu est une métaphore qui désigne la Nature. Par-delà ces raisonnements intellectuels, l’étudiant Ganry prit conscience du fait que la foi en Dieu n’est pas acquise par l’érudition religieuse ni par l’accumulation de « preuves ». La raison intervient dans la démarche qui conduit à la conversion de maturité, certes, mais l’essentiel est d’être réceptif à l’appel qui nous est adressé par cet « ailleurs » et d’y répondre. La quête est longue, mais « Console-toi, tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais pas déjà trouvé », écrivait Blaise Pascal dans ses Pensées, il y a trois cent cinquante ans…

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