Robert Nicou

ROBERT NICOU

Né le 13 juillet 1933 à Rabat, c'est au Maroc, où ses parents sont depuis longtemps établis, que Robert passe son enfance et son adolescence jusqu'en 1947 et sa troisième de lycée. Son père, engagé volontaire dans l'armée de Libération est malheureusement tué au combat le 7 octobre 1944, près de Belfort, après avoir participé au débarquement d'août en Provence.

Maman Nicou, d'origine sicilienne, exceptionnelle de courage, modeste veuve avec quatre enfants à charge, décide de s'établir à Paris en juillet 1947. Robert y reprend ses études au lycée Lakanal, puis à Henri IV où il prépare l'Agro-Paris qu'il intègre en 1954. Sa volonté de retourner en Afrique, de préférence dans ses régions tropicales, lui fait, à sa sortie de l'Agro en 1956, poursuivre ses études à l'École supérieure d'application d'agriculture tropicale, Esaat. Élève boursier, ainsi rémunéré pendant ses deux années de scolarité, Robert peut alors, se souviendra-t-il, « ne plus être entièrement à la charge de Mamy et ainsi améliorer la situation de la famille ».

Après son stage de deuxième année d'Esaat au Sénégal et son service militaire à Madagascar, Robert est finalement de retour et affecté en 1960 au Centre de recherches agronomiques de Bambey, alors dirigé par François Bouffil, puis dès 1961 par Louis Sauger lorsque Bambey devient Centre national de la recherche agronomique du Sénégal, confié en gestion à l'Irat dont le directeur général est Francis Bour.

À la division d'agronomie de René Tourte, Robert Nicou prend en charge, à la suite de Jean Fauché, l'ensemble « Techniques culturales » dont il élargit, au travers d'un réseau expérimental dense et régionalisé, l'éventail des recherches pour une amélioration foncière des capacités de production des sols des régions sahélo-soudaniennes : fumures minérale et organique, travail du sol, successions culturales, etc. Rapidement appelé à diriger le groupe « Étude et amélioration des systèmes de production » du centre, Robert va développer cette approche systémique qui enrichira fortement la démarche de la recherche agronomique tropicale.

Homme de dialogue, Robert sait naturellement associer à cette démarche ses collègues directs, Marc Le Moigne, Pierre Nourrissat, Jacques Monnier, Claude Ramond, mais aussi les agropédologues et agrophysiologistes du groupe « Amélioration du milieu » (dont il prendra par la suite la tête) : Claude Charreau, Jean-François Poulain, Gora Bèye, Claude Dancette, Pierre Siband.

Dans les années 1970, Robert, avec Jean-Louis Chopart, approfondit ses recherches en physique du sol, économie de l'eau, enracinement des plantes cultivées, en relation avec les agronomes Inra de Toulouse et les spécialistes du CEA Cadarache. Ces travaux renforcent ses convictions sur l'intérêt du travail du sol, du labour… qu'il sait défendre scientifiquement et vigoureusement lors de nombreux débats passionnés, de plus en plus interminables, sur un problème trop complexe pour être toujours rigoureusement posé. En fin 1974, avec la création de l'Institut sénégalais des recherches agricoles, Francis Bour fait de Robert son correspondant de l'Irat au Sénégal, chargé des liaisons avec les autorités nationales.

De 1975 à 1981 Robert est rappelé en France, à Montpellier, afin d'y animer les programmes physique du sol et sorgho de l'Irat. Puis, en 1981, c'est le retour en Afrique et son affectation en Haute-Volta, actuel Burkina Faso, comme directeur de l'Irat. Il y noue d'excellentes relations avec la recherche nationale, tout particulièrement avec Michel Sédogo, directeur du Centre national de la recherche scientifique et technique, CNRST. Il s'implique également dans la formation de nombreux cadres de l'Inera (Institut de l'environnement et recherches agricoles burkinabé). Outre ses fonctions de responsable de l'Irat, Robert n'en poursuit pas moins ses recherches en physique du sol qu'il fait connaître par de nombreux articles et participations à des colloques internationaux. Il s'associe aussi à d'importantes études menées sur le sorgho par Jacques Chantereau, avec lequel il écrira un ouvrage sur cette céréale.

Représentant du Cirad au Burkina Faso de 1984 à 1993, Robert fait face à une situation politique parfois difficile avec l'expérience révolutionnaire sankariste, mais il maintient avec les responsables nationaux de la recherche et du développement, les excellentes relations qui contribueront à ce que ce pays connaisse alors un incontestable essor économique. C'est l'époque où la culture du cotonnier connaît un succès grandissant et où des aménagements hydro-agricoles comme ceux des vallées du Kou ou du Sourou sont pleinement réalisés avec l'appui du Cirad.

En 1993 c'est le retour définitif en France, au Cirad Montpellier. Puis vient la retraite le 1er janvier 1994 que Robert et son épouse choisissent de vivre dans un charmant petit village béarnais. Lui, va y satisfaire ses goûts pour la musique classique et le jardinage, Zaï, fille d'un papa grand prix de Rome, pour la peinture et la céramique, tous deux comblés par les visites et séjours de leurs trois enfants et conjoints, puis de leurs petits-enfants.

Son décès le 28 janvier vient brutalement interrompre cette vie heureuse. Il nous laisse le bel exemple d'un homme engagé dans le développement agricole des pays du Sud, d'une grande droiture morale et honnêteté intellectuelle, fidèle à ses convictions comme à sa famille et ses collègues. Puissent notre amitié et notre reconnaissance pour l'œuvre accomplie par ce grand agronome tropicaliste, venir réconforter sa famille dans la peine.

                                                                       Montpellier, le 4 février 2020

                                                                   René Tourte, Jacques Chantereau

               

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