Réunion-débat sur les activités de l’Association des forestiers tropicaux et d’Afrique du Nord

Une réunion s’est tenue le 17 juin à Baillarguet à l’initiative de Jean-Paul Lanly en poste au CTFT de 1962 à 1971, puis à la FAO de 1971 à 1996, et actuellement président de l’Association des forestiers tropicaux et d’Afrique du Nord (AFT). Elle rassemblait une quinzaine de personnes avec des représentants de l’AFT, du Cirad (actifs et retraités) de l’association Silva, d’AgroParistech Montpellier et du bureau d’études FRM (Forêts, ressources, management). L’Adac était invitée officiellement et représentée par ma personne et quelques participants à la réunion étaient par ailleurs membres de l’Adac (Gilles Mille, Jean-Guy Bertault, Bernard Mallet et Jean-Paul Lanly).

Il s’agissait pour Jean-Paul Lanly de présenter l’évolution de l’AFT qui a opéré un tournant il y a trois ans et demi en passant d’une activité d’amicale à celle d’une association œuvrant pour un plaidoyer de la foresterie dans les régions chaudes dont l’image est dégradée dans l’opinion publique. A cette fin, l’AFT se positionne dans les domaines économiques, sociaux et environnementaux. Elle est reconnue en France par des acteurs nationaux comme le GNFT (Groupe national sur les forêts tropicales) ou l’AFD. L’AFT édite des ouvrages, organise des séminaires et publie une lettre électronique sur des sujets particuliers. La diffusion de cette dernière est restreinte faute d’un support informatique adéquat. Dans ce contexte, l’association Silva qui est en train de développer son site web pourrait venir en appui à l’AFT. C’est à des fins de valorisation de la foresterie dans la société actuelle que les participants à la réunion ont été ensuite invités à donner leur point de vue.

Les débats ont été riches et intéressants. J’en donne ici l’essentiel en espérant de ne pas être trop réducteur.

Tout d’abord, il a été question du positionnement respectif de l’AFT et de Silva qui, aux yeux de certains participants, sont proches dans leurs objectifs. Gilles Mille et Jean-Paul Lanly ont précisé que Silva a des implications terrain que n’a pas l’AFT, mais que les deux associations s’appuient mutuellement et collaborent.

Maya Leroy d’AgroParisTech Montpellier a rappelé qu’aux yeux de ses étudiants (bac + 5 et au delà) exploitation forestière et conservation ne sont pas à priori antagonistes comme cela peut l’être dans les médias. Dans le cadre de l’enseignement, des associations comme l’AFT et Silva pourraient mieux faire connaître le rôle historique et actuel de la gestion raisonnée des forêts et de la reforestation. AgroParisTech Montpellier est ouvert à des communications et interventions de professionnels du domaine forestier et les étudiants devraient être réceptifs.

Bernard Cassagne, ancien du CTFT et directeur général de FRM, a indiqué que, sur le terrain tropical, il n’y a pas trop de problèmes entre exploitants forestiers et ONG locales de conservation des espaces naturels. Face aux réalités du terrain, les points de vue idéologiques et les méfiances respectives évoluent. Il y a moyen de collaborer. Par ailleurs, les projets sur les changements climatiques ont des effets positifs et intégrateurs. Il en va cependant différemment des relations avec les centrales des ONG internationales comme Greenpeace. Nombre d’informations véhiculées sont fausses. Comme exemple, Bernard Cassagne a cité le cas de la République démocratique du Congo (RDC) accusée d’être ouverte à tous les pillages de ressources. Dans le cas des ressources forestières, la RDC est certainement le pays le moins irrespectueux des conventions. Un autre point sur lequel Bernard Cassagne et d’autres ont insisté est la perte de technicité des étudiants qui à la sortie de leurs études ne sont pas en mesure d’assurer des travaux de terrain (inventaire, pépinière, récolte…). FRM est obligé de s’investir beaucoup dans la formation de ses jeunes recrutés. Il y aurait besoin d’un enseignement en foresterie plus court et technique.

Une partie importante des discussions menées par Jean-Paul Lanly a concerné la communication sur la foresterie afin d’en améliorer l’image. Les participants ont été d’accord pour dénoncer le rôle négatif joué par les médias. Certains ont rapporté des anecdotes instructives de leur relation avec les journalistes avec une décrédibilisation de leurs propos en raison de leur seule appartenance au Cirad. Les participants ont été aussi d’accord pour dire que les chercheurs et professionnels sont insuffisamment formés pour communiquer. Ils pourraient être plus offensifs avec des messages plus clairs.

Un débat a concerné les cibles à viser pour l’AFT. Est-ce le monde des décideurs politiques, des intervenants financiers, des opérateurs économiques ou celui des médias ou du grand public ? Un autre problème signalé de la communication des forestiers est celui de leur manque de cohérence interne, certains pouvant apporter de l’eau aux moulins de leurs détracteurs. Enfin, les participants ont convenu que les forestiers devaient être plus collaboratifs avec d’autres intervenants de la production végétale à qui ils étaient contraints de « lâcher de la forêt ».

Pour ma part, j’ai donné des informations sur l’Adac en signalant qu’il n’était pas dans nos objectifs de peser sur les débats sociétaux. Par le relais de notre site web sur lequel j’ai donné des précisions et avec notre base de données d’adresses, nous pouvons apporter notre concours à l’AFT pour faire connaître ses actions ou ses productions comme c’est le cas pour les livres que l’association édite. Cependant la rupture de liens occasionnée récemment par la nouvelle politique de communication du Cirad vis-à-vis de ses retraités est un handicap pour nos activités. Au sujet des cibles de communication, j’ai fait état de la grande difficulté qu’avait une association comme l’AFBV (Association française des biotechnologie végétales), pourtant riche en personnalités éminentes, à faire évoluer les politiques comme le grand public sur les questions de la transformation génétique. Enfin, j’ai signalé que la volonté déclarée de l’AFT de produire des plaidoyers pour la foresterie la mettait dans une position défensive. Il serait peut-être mieux de présenter son action comme explicative ou éclairante du rôle de la foresterie.

Jacques Chantereau

photo 1

a  Maya Leroy
b  Jean-Paul Lanly ex CTFT, FAO, président de l'AFT
c  Jean-Noël Marien, retraité, ex-Cirad, membre de l'AFT
d  Régis Peltier, en activité au Cirad, membre de Silva
e  Michel Malagnoux ex CTFT- Cirad et FAO
f  Dominique Louppe du Cirad
g  Alain Chaudron, ancien de l'ONF, ancien coopérant (conseiller technique successivement en Côte d'ivoire, au Congo (Brazzaville) et au Cameroun), Vice-président de l'AFT

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Photo2

 

a  Michel Malagnoux ex CTFT- Cirad et FAO
b  Dominique Louppe du Cirad
c  Alain Chaudron, ancien de l'ONF, ancien coopérant (conseiller technique successivement 
en Côte d'ivoire, au Congo (Brazzaville) et au Cameroun), Vice-président de l'AFT
d  Bernard Cassagne, ex CTFT, PDG du Bureau d'études "Forêt, Ressources, Management" basé à  Mauguio, membre de l'AFT
e  Bernard Mallet du Cirad
f  Claude Lebahy, ONF, ex-Cirad Côte d'Ivoire, Togo, Congo (Brazzaville), Vice-trésorier de l'AFT
g  Gilles Mille