Notre ancien collègue Claude Lenormand est décédé le 3 mars 2018 dans sa 89ème année des suites d’une longue maladie.

Il est né le 13 novembre 1929 à Ecos dans l’Eure. Très jeune enfant, il a suivi ses parents au Moyen-Orient jusqu’en 1946 à la prévôté du Liban et de la Syrie car son père était adjudant-chef dans la gendarmerie. En 1947, il a son premier contact avec l’Afrique car son père est affecté à Thiès puis à St Louis au Sénégal. Il quitte ce pays en 1949 à l’âge de 20 ans pour faire son service militaire en France. En 1951, il retourne au Sénégal pour le compte des PTT en qualité de monteur de lignes téléphoniques. Admirateur de St Exupéry et passionné d’aviation, il passe son brevet de pilote en 1954, se marie en 1955 et poursuit son aventure africaine au Sénégal puis en Mauritanie où il rencontre en 1957 Pierre Munier agronome à l’Ifac qui recherche des compétences en travaux publics pour installer une station de recherche sur le palmier dattier. Il est ainsi recruté pour construire la station de Kankossa où il restera jusqu’en 1966 avec d’autres chercheurs tels que Tourneur, Le Turcq, Laudého. Au cours de cette période pionnière, il acquière des connaissances étendues, une pratique de la gestion des palmeraies par des communautés paysannes isolées et une sensibilité particulière pour la lutte biologique contre un ravageur redoutable, la cochenille blanche du dattier. Par ailleurs son brevet de pilote est mis à profit par l’institut pour piloter un avion servant de ravitaillement ou d’évacuation sanitaire pour les personnels de la station de recherche très isolée. De 1966 à 1978, il s’installe à Nouakchott comme représentant de l’Ifac en Mauritanie mais aussi pour monter d’une part, un laboratoire d’élevage de coccinelles importées d’Iran dans le cadre d’un programme national de lutte biologique contre la cochenille et d’autre part, un deuxième point d’appui expérimental oasien à Atar et plus tard d’ une autre station de recherche sur fruitiers à Kaédi en bordure du fleuve Sénégal où il épaule de jeunes chercheurs JY Rey et H de Bon et un coopérant JF Vayssieres. Au cours de son long séjour en Mauritanie, Claude est devenu un expert de la lutte biologique en inventant la bombe à coccinelles pour les lâcher avec son avion sur les oasis sahariennes très isolées et dispersées. De 1978 à 1982, il est nommé par J Cuillé représentant de l’Irfa à Dakar où il agit comme conseiller au ministère de l’agriculture et superviseur de deux opérations de recherche développement dans les Niayes avec F Mademba SY et C Moreuil (agrumes et manguiers) et en Casamance avec M Beugnon et Guillemot (bananiers, ananas).

De 1983 à 1991, il termine sa carrière à Niamey comme représentant de l’Irfa puis du Cirad, il supervise le projet fruitier et maraicher de Gaya sur le fleuve Niger avec B. Dole et est à l’initiative du projet de recherche développement de Kojiméri sur les palmeraies de bas-fonds proches du bassin du lac Tchad à la frontière du Nigéria (projet développé par M Jahiel). Soucieux de la pérennité des palmeraies menacées par l’ensablement porté par le vent, il invente un tremplin construit avec des doums pour détourner le sable des palmeraies villageoises. Fin 1991, il prend une retraite anticipée et s’installe à Brétignolles sur mer où il repose désormais. Claude Lenormand est un exemple typique de ces pionniers parfois aventuriers qui ont contribué à la notoriété et à l’expertise des anciens instituts fondateurs du Cirad. Sa propre expertise acquise sur des terrains difficiles et surtout sa profonde connaissance des sociétés rurales et notamment des population Maures en ont fait un des rares spécialistes français des palmeraies sahariennes et sahélo -soudaniennes. Il a publié en partenariat dans la revue Fruits les résultats expérimentaux obtenus en Mauritanie. En 2017 il a écrit et publié un énorme ouvrage sur son parcours africain avec son avion « Bravo Victor » édité par The Book Edition. Enfin, il s’apprêtait à terminer un autre livre sur sa vie saharienne intitulé « une bouteille à la dune ».
L’Adac adresse ses condoléances à la famille de Claude Lenormand et plus particulièrement à son épouse Simone qui l’a toujours accompagné en Afrique ainsi qu’à leurs deux filles Fabienne et Béatrice à leurs petits et arrière-petits-enfants.


Commentaires   

# GANRY Francis 05-03-2018 18:03
Malgré ma tristesse, ça me fait chaud au cœur de savoir qu'on lui a rendu hommage récemment à l'Adac, à travers son livre. Je ne le connaissais pas mais l'histoire de sa vie m'a captivé. J'espère qu'il aura rejoint Saint Ex et Mermoz...
Francis
Répondre