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Ce travail de réfléxion et d'échange est conduit en relation avec le Cirad.


 

Le labour entre mythes et techniques

Zone climatique soudano sahéliennes

Des travaux conduits en Afrique de l’Ouest ont confirmé la validité agronomique du labour, alors que d’autres ont conclu négativement. De plus, la mise en œuvre du labour en milieu paysan s’est heurtée à de nombreuses difficultés et à des échecs dont il convient d’analyser les causes.

Notre propos ici est certes de réactualiser le bien-fondé de cette pratique si besoin était, mais aussi de prendre du recul, et de voir comment ce message considéré comme la "modernité" pour l'Afrique a été approprié ou non, à différentes époques et dans des contextes culturels et socio-économiques différents, par le petit paysannat au sud du Sahara. Et qu'en était-il récemment, juste avant le grand message actuel du non-labour ou du travail simplifié ?

Pour vous guider dans vos réponses, vos écrits et bibliographie sur le sujet, je vous propose le plan suivant :

- L'idée du labour au XXe siècle avant les Indépendances ("le labour colonial")
* Le contexte économique (fabrication/exportation de charrues par la métropole) et technique (les problèmes de l'attelage et des animaux dans la colonie)
* La dimension "culturelle" du labour colonial (littérature, art, etc.)
* La dimension "officielle"
* La dimension "technique" 
* Labour et grands projets de "mise en valeur des terres"                                        
* L'appropriation par le petit paysannat                                                                                                       

- L'idée du labour après les Indépendances tribunelibreaccederdocuments
* La dimension "recherche",
* Labour et grands projets de "développement"
* L'appropriation par le petit paysannat

- La question actuelle du "non labour"vous avez la parole
* Le contexte agro-environnemental
* La dimension "recherche"
* L'appropriation actuelle par le petit paysannat

- Réflexions sur la dimension culturelle du labour
Il s'agit d'aborder ici le rapport de l'homme au sol : 
* Travail du sol, religions et mythes
* Travail du sol, fertilité et fécondité
* Place du labour dans la culture de chacun

Christian Feller

Commentaires   

# SCHILLING Robert 19-03-2018 21:05
L'opération CGOT en Casamance (Sénégal) dans les années 50 effectua des labours profonds, ce qui eut pour effet de détériorer très rapidement un matériel inadapté, de provoquer une érosion considérable et de détruire la mince couche superficielle de sol fertile. Je vous joins une note que j'ai rédigée sur ce sujet.

Ndlr : pour consulter le document envoyé, cliquer sur la fenêtre jaune ci-dessus.
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# CHANTEREAU Jacques 02-03-2018 15:15
N'étant pas agronome de formation, je parlerai ici modestement que de ce qu'il m'était donné de voir au Burkina et Mali dans les années 1990. Le labour en traction attelée était assez généralisé dans les zones cotonnières encadrées par la CMDT ou la Sofitex. Je mets en documents joints deux de mes photos qui en témoignent. De plus, je me souviens être allé à l’époque dans une exploitation de l'ouest Burkina qui était motorisée (tracteur Bouillet ?). Il y en avait quelques-unes. Les compagnies cotonnières avaient alors (et je pense toujours) des données d'enquêtes remarquables permettant de connaître, dans leurs zones d’intervention, le niveau d'équipement en culture attelée selon des typologies d'exploitation. Autre situation : celle de l’Office du Niger au Mali où, dès les années 1930, la culture attelée et le labour y ont été promus. L’article joint fait un historique des résultats de leur vulgarisation :
La traction animale à l’Office du Niger au Mali : du colonat au désengagement de l’Etat H. Kassambara 1 P. Kleene Revue Élev. Méd. vét. Pays trop., 2004, 57 (3-4) : 167-175.

Jacques Chantereau

Ndlr : pour consulter les photos et le document envoyés, cliquer sur la fenêtre jaune ci-dessus.
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# SCHILLING Robert 02-03-2018 08:42
L’ouvrage de Charreau et Nicou sur le labour est certes incontournable, mais c’est au niveau du passage à l’acte que les problèmes se sont posés. Ce document constitue le principal référentiel technique d’une très grosse opération de développement, confiée à la Sodeva, dont le labour était un pivot, entreprise au Sénégal dans les années 70 sur financement de la Banque mondiale. La mise en œuvre du labour en milieu réel s’est soldée, globalement, par un échec. Je cite quelques commentaires des opérateurs de cette opération, contestant l’efficacité du labour :
-« Le labour, peu usité, ne permet pas à lui seul de dégager une plus-value appréciable, en conditions paysannes, pour la plupart des cultures … l’effet labour apparaît nul en moyenne » (Rapport 1975-76 du projet Sodeva-Sine Saloum chargé de la diffusion des Thèmes lourds, repris par une note de la Direction générale de la Production agricole, janvier 1977).
-« Le labour, quant à lui, ne passe pas … il convient donc de se concerter plus amplement avec les paysans pour analyser les causes d’une telle réticence et trouver les justes solutions du problème ; Ne serait-il pourtant pas bon d’essayer de nouvelles techniques culturales, par exemple le travail à la dent ? » Note Isra, août 1979, « Premiers résultats chiffrés de l’unité motorisée de Thysse-Kayemor-Sonkorong ».
-« La Sodeva, en liaison avec l’Irat, examinera dans le cadre du projet les possibilités offertes par le travail minimum du sol comme solution de remplacement économique du labour.» Rapport d’évaluation de la Banque mondiale (661a-SE, 5 mai 1975, annexe 3 page 5).
-« … plusieurs cas analysés ici montrent que, sans fort accroissement du rendement, cette technique, qui augmente les risques d’érosion, est globalement néfaste au maintien du bilan organique des sols. » Christian Pieri, «Cirad-Irat, « Fertilité ses sols de savanes. Bilan de trente ans de recherches et de développement agricoles au sud du Sahara ». 1989, Cirad et Ministère de la Coopération, 444 pages.
Je vous envoie les pages traitant du travail du sol dans un document intitulé « Synthèse des acquis de la recherche arachidière au Sénégal. Application au développement », Document de travail Cirad-Ca 2-99, Robert Schilling, d’où les citations ci-dessus sont extraites. Il va de soi que ces opinions peu encourageantes sur l’efficacité du labour, à l’exception notable de l’ouvrage magistral de Christian Pieri, s’appliquent principalement au cas des sols légers du bassin arachidier sénégalais où domine la rotation arachide-céréale. Je vous envoie également une note sur l'histoire du labour au Sénégal
Amitiés à tous, courage pour le gros travail de dépouillement qui s’annonce,
Robert Schilling
Ndlr : pour consulter les documents envoyés, cliquer sur fenêtre jaune ci-dessus.
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# FELLER Christian 27-02-2018 22:03
Voilà des témoignages intéressants. Je vais être moins scientifique avec une note de lecture (voir le document dans cette tribune), d'un roman colonial (1935) Terre noire mais dont le héros est la charrue attelée.
Christian
Ndlr : pour consulter le document envoyé, cliquer sur la fenêtre jaune ci-dessus.
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# GIGOU Jacques 27-02-2018 21:50
J’ai une autre anecdote du même genre que celle de Kalifa, à Marka kongo, une petite ville voisine de Konobougou où les sols forment encore plus de croûtes et où toutes les cultures sont faites sur billons.
Le responsable de la CMDT qui me l’a racontée avait acquis des terres dans un village voisin pour faire une exploitation agricole. La première année, il a acheté des boeufs, recruté un bouvier et fait semer du coton suivant la méthode officielle que la CMDT vulgarisait: labour à plat, semis en lignes bien droites, etc. Mais, à la fin juin, son bouvier est venu le voir et lui a dit quelque chose comme: « patron! Cela ne va pas. Tu me fais labourer à plat, ce qui prend beaucoup de temps, et je n’ai pas encore pu semer la moitié du champ. Laisse-moi labourer en billons et semer rapidement le reste du champ pendant qu’il est encore temps de semer le coton."
Cette année-là, la partie semée à plat n’a strictement rien produit. Au contraire, la partie semée en billons a produit normalement.
Par la suite, ce responsable de la CMDT a donc semé sur billons dans son exploitation et essayé de vulgariser la méthode officielle de labour et semis à plat (sans grande illusion, et heureusement sans succès).
Vingt ans après, des tracteurs ont été vulgarisés, et il en a acheté un pour son exploitation. Le matériel vulgarisé obligeait à faire un labour à plat et il se demandait un peu ce qu’il allait récolter. Mais sa récolte a été normale.
En fait, contrairement au labour aux boeufs qui remue 4 ou 5 cm de terre, le labour au tracteur retourne 17 ou 18 cm de terre et créé un horizon de surface poreux et une bonne rugosité de la surface, conditions suffisantes pour que l’eau s’infiltre bien pendant plusieurs semaines, jusqu’à ce que l’on fasse le billonnage des cotonniers.

J’ai lu le papier de Kalifa. Je comprends bien que Kalifa a dû retenir sa plume pour ne pas nous expliquer pourquoi les rendements sont si bas pendant l’année où les pluies ont été plus abondantes que la moyenne. Je suppose qu’il y a eu des pluies au moment de la floraison et de la formation des grains, si bien que sur le mil, les chandelles étaient presque vides avec seulement quelques grains épars, et sur le sorgho il y a dû avoir beaucoup de moisissure des grains. On nous avait pourtant bien expliqué, quand les programmes de sélection de ces variétés ont été lancés, que désormais, avec la « sécheresse » et le changement climatique réunis, on n’aurait plus jamais de saison des pluies à plus de 1000 mm, comme on en avait vu dans les années 1950-60, et qu’en plus la saison des pluies deviendrait de plus en plus courte. Décidément la nature est contrariante et n’en a rien à faire des délires politiquement corrects (heureusement car le monde risquerait de devenir vraiment bizarre.)

Je vous remercie de m’avoir partagé ces renseignements.
Kalifa dit qu’il y a un « engouement » des paysans pour les billons en courbes de niveau. Est-ce qu’il y a vraiment de grandes surfaces couvertes?
La technique d’aménagement en courbes de niveau que nous avons proposée posait un problème pour la vulgarisation: le paysan a un besoin ponctuel d’aide pour tracer les courbes de niveau; mais la technique n’est pas assez coûteuse et contraignante pour intéresser les agences de développement.

Amicalement
J. Gigou
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# TRAORE Kalifa 27-02-2018 21:57
Je suis très heureux de renouer contact avec Gigou. Pareil pour Chantereau j’avais vu pour la dernière fois en 2002 à Montpellier.

Cher Gigou, l’engouement continu et les perceptions des paysans ne laissent pas de place au doute en ce qui concerne les avantages de la technologie. D’ailleurs j’ai publié un article que je joint à ce message , qui rend compte de la perception des paysans sur les effets de l’aménagement.

En ce qui concerne l’extension de l’aménagement j’ai fait des démonstrations à Bougouni, Koutiala, Cinzana, Tominian et certaines demandes d’aménagement parviennent à AMEDD qui en tant qu’ONG est habilité à faire payé ses prestations de service. Par ailleurs, je n’ai pas la situation exacte de tout ce qui a été fait comme aménagement par les paysans mais avant le début de la saison des pluies je verrai avec l’équipe de Bougouna.

Le récit fait par Feller est édifiant sur les avantages du travail du sol et c’est encore d’actualité, du moins pour nos environnements ou infiltration des premières pluies pour pouvoir travailler vite le sol et installer rapidement les cultures est gage de récolte. Certains acteurs du développement avaient mordicus tenu à faire adopter le semis direct mais sans succès puisque tout simplement ça ne marche pas. En 1994, avec Gigou, dans la station de Samanko on a démontré que ça ne marchait pas parce qu’il fallait ressemer 2 à 3 fois pour prétendre à une densité acceptable. Imaginez que les périodes favorables au re-semis soient décalées d’une semaine à 10 jours suite à des poches de sécheresse. On aura un champ très hétérogène qui risque de poser des problèmes de traitement phytosanitaire si la plante est un cotonnier.

Cordialement Kalifa
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# TRAORE Kalifa 23-02-2018 21:35
Dans les régions soudaniennes et sahéliennes d’Afrique il est largement connu que les sols sont très pauvres en matière organique (très peu de cohésion entre les particules du sol, sols acides à très acides, formation de croutes superficielles dès les premières pluies favorisant ainsi le ruissellement et l’érosion, très faible rétention de bases échangeables , très faible niveau d’azote, etc.) avec toutes les conséquences et je vous renvoie aux travaux de Charreau, Pieri, Ganry, Feller, Gigou etc. qui ont largement évoqué ces aspects. Dans pareils écosystèmes, seul le travail du sol permet de garantir des récoltes. Je me rappelle bien qu’en 1993 j’étais en mission à Konobougou avec Gigou et un responsable technique de la CMDT d’alors qui avait presque de force inciter notre paysan collaborateur de seulement faire un léger labour à plat au lieu de réaliser un billonnage qui nécessitait de défaire et refaire des billons. Ainsi proposé par l’encadrement, ainsi fait par notre paysan. La première pluie de 25 mm a suffi pour couvrir toutes les plantules de cotonnier, de sorte que le paysan était obligé de faire des billons pour y semer finalement que du mil . Notre agent de la CMDT était revenu après avec nous dans le même champ l’air penaud, en se grattant la nuque et reconnaissant que le paysan avait raison. Et c’est pourquoi dans ces zones, le travail du sol est une règle même pour les pastèques. D’ailleurs, le billonnage suivant la courbe de niveau encore dénommée « Aménagement en courbes de niveau » développé par les équipes du CIRAD et de l’IER , qui permet de réduire le ruissellement (augmentation de l’infiltration et du front d’humectation) et l’érosion (empêche la perte des quelques éléments fertilisants apportés) a connu un franc succès à en juger par l’engouement des paysans. Ainsi, pour rendre compte des effets de cette technique dans un contexte de changement climatique, j’ai écrit un article dans Agriculture and Food Security que je vous envoie en attaché dans ce message.
Cordialement
Dr Kalifa TRAORE
Chef du Programme Système de Production
Et Gestion des Ressources Naturelles (ESPGRN)
Sotuba, BP 262 Bamako

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# GANRY Francis 16-02-2018 21:20
Les sols sableux de l’Afrique de l’Ouest ont la vertu des pauvres : ils sont pauvres mais ils ont une grande capacité d’accueil et de générosité, à condition de savoir leur parler ! Cette capacité d’accueil c’est le formidable pouvoir d’enracinement qu’ils offrent aux cultures. Le labour - et à plus forte raison l’amendement organique - leur confèrent ce pouvoir. Je tente dans une courte note de synthèse de rappeler les acquis de la recherche qui me permettent d’étayer cette assertion. Cette note figure dans les documents déposés dans cette tribune libre.
Francis Ganry
Ndlr : pour consulter le document envoyé, cliquer sur la fenêtre jaune ci-dessus.
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# FAYE Aliou 19-03-2018 01:35
J’apprécie fortement cette tribune d’échanges entre collègues et voudrais en profiter pour partager une idée. Mon point de vue est que cette qualité des sols dont parle Dr Ganry interpelle donc à plus d’un titre nos recherches sur la nécessaire plus efficiente gestion de la MO destinée à l’amélioration de la productivité des champs surtout dans le contexte actuel de changement climatique. Car nul doute qu’avec la grande sécheresse des années 70, les petits agropasteurs sahéliens se remettent difficilement des pertes incommensurables subies au niveau du cheptel ce qui, entre autre, a fortement contribué à la diminution de la contribution du cheptel dans le capital organique et aussi minéral du sol.
Au Sénégal ces dernières années (Programme WAAPP), nous travaillons dans l’amélioration de l’efficience de cette MO d’origine animale pour la fertilité des champs de céréales. Ainsi avons-nous cherché, comme dans le cas des formules d’engrais, à actualiser le temps de parcage nocturne des animaux et sommes arrivés à la conclusion qu’à la place des 8 a 10 jours de parcage voire plus, qui de toute façon, compacte plus le sol et limite le développement racinaire des plantes, 7 jours + un minimum d’engrais NPK,suffisent pour avoir un rendement supérieur ou égal à celui produit par la dose recommandée de NPK. Mais surtout nous avons essayé d’améliorer l’efficience du fumier des vaches en stabulation pour la production de lait comme dans a zone de Kolda ou d’embouche bovine de la zone du bassin arachidier. A ce niveau nous avons pu montrer que l'épandage en surface du fumier juste après sa collecte à elle seule augmentait le rendement du mil et du mais de + 50% en comparaison a la pratique paysanne et qu’en plus son enfouissement par un riper permettait de réduire jusqu’au ¼ la Dose recommandée de 5 t MS que toute façon aucun petit agropasteur sénégalais ne peut disposer, et permettaient d'accroître (le ripper) le rendement du mil du mil et du maïs (+ 75 % par rapport à la pratique d’épandage en surface). Ce qu’on ne dit pas souvent aussi c’est qu’en plus des problèmes d’efficience que pose la gestion de la MO dans le contexte actuel, des problèmes de santé humaine et environnementaux existent et nous interpellent.
Une fiche technico économique a été publiée dans ce sens et nous venons d’acquérir un autre financement cette fois pour la dissémination de ces technologies au niveau des petits producteurs.
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# PIERI Christian 15-02-2018 18:08
http://www.amicaledesanciensducirad.fr/images/pdf/NotillFarmingforSustainableDevelopment.pdf

Le lien ci-dessus renvoie au rapport in extenso que j'avais produit, avec d'autres, notamment Guy Evers de la FAO, relatif au " zéro labour sur plantes de couverture", dans le but de mieux faire connaître ce système à mes collègues, surtout économistes, de la Banque Mondiale.

Je m'aperçois que ce document a déjà 15 ans d'existence! C'est dire que depuis, beaucoup a été écrit, actualisé, amendé, sur ce système controversé. D'autant plus controversé que derrière de nombreuses diatribes se cachent des intérêts économiques qui, pour les pro comme les contres, sont essentiels au monde de l'agro industrie. Les échanges scientifiques sont plus sereins, même s'ils restent passionnés. Je crois qu'ils sont dominés par les problèmes de choix d'herbicides - les meilleurs étant à trouver dans le choix et la rotation des plantes de couverture - et ceux de la compaction des horizons sub-superficiels (voir les travaux très intéressants des Australiens/néo-Zélandais sur ce thème). Les travaux des microbiologistes du sol (et de la rhizosphère) sont également passionnants dans cette comparaison.

Pour les "anciens Sénégalais" du Bassin arachidier il est bien évident que le meilleur No-Till system est celui de l'agroforesterie du pays Sérère, voire pour les sols Dior, celui les cultures associées au mil cultivées à l'hilaire...même si le labour, cher à l'école de Bambey, puisse être considéré, dans certains cas, comme un investissement initial pour récupérer des sols compactés ( comme peut être un investissement "chaulage correctif" par exemple pour des sols acidifiés!). Autrement il me semble que le labour régulier classique est un activateur de minéralisation de matière organique des sols, ce qui est dommageable s'il n'est pas associé à un enfouissement de compost ou de fumier composté, du moins d'après ce que j'avais alors déduit des travaux sur la fertilité des terres de savanes.

Peut être un autre intérêt du document ci-joint se trouve dans : a) l'analyse des conséquences de l'adoption NT dans les conditions, économiques et sociales, de l'agriculture paysanne et non pas celles d'une agriculture ultra mécanisée, b) l'accent mis non pas sur le "pourquoi" du choix en faveur du labour ou du non labour, mais sur les conditions de sa mise en oeuvre et de la période de transition d'un système "Labour" et "Non-Labour avec plantes de couverture", (car le Non-Labour SEUL n'est pas viable). Non pas le Quoi mais le Comment.

Ndlr : pour consulter les documents, cliquer sur la fenêtre jaune ci-dessus.
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# PICHOT Jean 08-02-2018 00:45
Parmi les sujets à traiter il ne faudra pas oublier celui des animaux de traits car dans l'esprit de certains de nos anciens des services agricoles coloniaux et post coloniaux point de labours sans attelages bovins.....
Ce qui a ici ou là entraîné la création de de structures spécialisées d'élevage et de dressage de bœufs Ce qui n'était pas rien à financer ! Et Pas facile à vendre aux paysans.
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# PICHOT Jean 08-02-2018 00:39
Claude CHARREAU et Robert NICOU ont été les principaux tenants de l'utilité du travail du sol en Afrique de l'ouest principalement pour améliorer les propriétés physiques et hydrodynamiques des sols cultivés en début de saison des pluies. Ils ont publié un document sur le sujet.
Dans le même temps nos collègues de l'IITA travaillant dans des agro-écosystèmes plus humides et des sols différents, étaient partisans du non travail, avec de sérieuses raisons.
Vérité au nord de Bamako Erreur en deçà ? ??
Il me semble bien que cette question est trop complexe pour la laisser entre les mains des pédologues et des physiciens du sol, car le labour et plus généralement les travaux du sol participent à la maîtrise des adventices et des éléments indésirables de la faune du sol comme les fourmis les termites les îles etc.
Dans le programme d'agronomie de l'IRAT 1970 1974 il y avait un volet sur le travail du sol dont ĺes résultats ont du faire l'objet d'une synthèse sans doute publiée dans un numéro de l'agronomie Tropicale paru en 1975 comme celles que j'avais faites sur l'azote et la matière organique....
Y-a-t-il des archéologues pour y aller voir ?
Cordialement
Jpp
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