monique barbronCette histoire vraie se passe dans les années 1970 à l’IEMVT qui était installé dans l’enceinte de l’école vétérinaire de Maisons-Alfort. Nous avions, et nous avons toujours au Cirad, un élevage de glossines, mouches propagatrices de la maladie du sommeil. On cherchait un moyen de lutter contre cette maladie qui fait des ravages en Afrique tant chez les animaux que chez les hommes. Après différents essais négatifs, il fut décidé d’étudier la composition de l’hémolymphe – qui, chez les insectes, remplace le sang – des glossines.

Nous étudiâmes plusieurs procédés pour obtenir de l’hémolymphe pure et celui qui s’avéra positif fut de prélever celui de l’abdomen des mouches.glossines dans les niayes

Je fus chargée de faire ce travail qui consistait à attraper une glossine dans un tube à essai avec un peu de chloroforme. Ensuite, je pratiquais deux petits trous minuscules dans l’abdomen. Dans l’un d’eux, je recueillais, dans le meilleur des cas, deux microlitres (µl) environ d’hémolymphe mis tout de suite dans un petit tube plongé dans la glace et, dans l’autre trou, j’injectais deux µl de sérum physiologique en utilisant une seringue faite spécialement avec une aiguille super fine. Les glossines supportaient très bien ce traitement et ne mourraient pas.

Lorsqu’il y avait des groupes qui venaient visiter l’institut, bien sûr, on leur faisait voir la salle d’élevage des glossines.

Un jour, alors que je faisais mes prélèvements, arrive un groupe avec le docteur Pagot qui était notre directeur. Il donna des explications sur l’élevage mais je voyais qu’une des personnes avait l’air fasciné par mon travail. Il me demande lorsque le docteur Pagot eut fini son explication :

« Vous faites une récolte d’hémolymphe en piquant les pattes des mouches ? »

Interloquée, je ne réponds pas tout de suite et le docteur Pagot en veine d’humour lui dit :

« Mais oui, elle fait des prises d’hémolymphes dans la patte. »

Le visiteur de me demander :

« Et vous faites cela sans loupe, sans microscope, c’est formidable ! »

Je lui réponds :

« Oh vous savez, j’ai une bonne vue et c’est une question d’habitude. »

Le groupe est reparti avec un visiteur persuadé que je faisais des prises de sang dans les pattes des mouches.

Le docteur Pagot m’a dit :

« Ah, on les bien eu. Faut-il être naïf pour croire cela ! »

Cette histoire de pattes de mouches et de prélèvement a fait le tour du laboratoire et est restée dans notre bêtisier.

Monique Barbron