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Une conférence sur ce thème fut donnée le 19 septembre 2017 au Cirad par Robert Schilling, devant une assistance attentive à défaut d’être nombreuse. Le conférencier, spécialiste reconnu de l’arachide, aura parcouru au cours de sa carrière au Sénégal (1963-1982) tous les échelons du métier d’agronome chercheur expatrié, depuis ses débuts sur un point d’essais en brousse jusqu’au poste de conseiller au sein du cabinet de trois ministres sénégalais successifs. Après avoir présenté quelques aspects originaux de la plante et de sa culture, qui en trois siècles se répandit sur les cinq continents à partir du bassin amazonien dont elle est originaire, le conférencier dressa un tableau rapide des structures impliquées dans la recherche arachidière au Sénégal et plus généralement en Afrique francophone, depuis les jardins d’essais du XIXe siècle jusqu’aux instituts spécialisés par groupes de plantes et de filières mis en place par la France à partir de 1942 afin de développer la production agricole de ses territoires d’outre-mer. L’arachide relevait de l’Institut de recherches pour les huiles et oléagineux (IRHO), implanté au Sénégal en 1946. Les travaux, à partir de 1960, furent conduits conjointement avec l’Institut de recherches en agronomie tropicale et des cultures vivrières (IRAT), créé au lendemain des indépendances afin d’assurer la relève des services de recherche coloniaux.

Cette rétrospective conduit à présenter la démarche filière mise en œuvre par ces instituts précurseurs du Cirad, bien illustrer la recherche arachidière, alors même que le Cirad, aujourd’hui, réfléchit sur cette approche dans une perspective plus vaste dictée par les « Objectifs de développement durable » définis par la FAO et le CGIAR. Il s’agissait à l’époque de coordonner l’action de chercheurs très majoritairement expatriés (amélioration des plantes, phytotechnie, défense des cultures, technologie de post-récolte, économie) intervenant sur une filière-plante, dans un esprit interdisciplinaire et résolument productiviste, afin de répondre aux besoins du développement – production, transformation et consommation – lesquels ne relèvent jamais d’une discipline académique unique. C’est ainsi que l’équipe arachide de l’IRHO, localisée principalement au Sénégal avec des implantations plus légères ou temporaires dans divers pays africains (Haute-Volta, Congo-Brazzaville, RCA, Tchad, Mozambique, Botswana, Madagascar), fut amenée à s’impliquer fortement dans le développement. Le conférencier donne quelques exemples de ce mode d’intervention au Sénégal. C’est à la demande expresse du président Senghor, en 1963, qu’un « paquet technologique » fut défini, à partir des résultats de la recherche, dans le but d’augmenter la productivité de l’arachide afin de compenser la baisse de revenus résultant de l’alignement du prix des produits arachidiers sur les cours mondiaux, nettement inférieurs aux prix précédemment consentis par la France. Ces recommandations furent diffusées sur la totalité du bassin arachidier sénégalais par des organismes spécialisés travaillant en liaison avec la recherche et avec les fournisseurs du monde rural. Elles furent relayées quelques années plus tard par un programme plus ambitieux dit TBFF (traction bovine fumure forte), bénéficiant d’un important financement extérieur, sans grand résultat faute de moyens d’accompagnement appropriés au niveau de la politique des prix au producteur et des subventions aux intrants. La création par l’IRHO d’un service semencier national et d’une opération de diversification « Arachide de bouche », en vraie grandeur, pendant deux décennies, sont d’autres exemples de la démarche pratiquée au Sénégal et exportée dans nombre de pays africains, à une époque où les opérateurs publics et privés de la filière étaient clairement identifiés et responsabilisés, souvent en situation de monopole. Il n’en va plus de même aujourd’hui, suite aux politiques de libéralisation mises en œuvre à partir de 1985 à l’instigation des bailleurs de fonds internationaux. La recherche agronomique devra s’y adapter…

Les échanges avec le public ont porté tant sur les aspects techniques liés à la plante et aux thèmes vulgarisés (fumure et travail du sol notamment), que sur l’approche filière mise en œuvre à l’époque. Ont été abordés notamment les problèmes liés à la contamination par l’aflatoxine, à la dégradation du capital semencier et à la baisse inquiétante de la consommation d’intrants (engrais, produits et matériel). L’activité d’opérateurs incontrôlés, qui accaparent la plus grande partie de la production au détriment des organismes de commercialisation agréés et des huileries, a également retenu l’attention.