Nous venons d'apprendre le décès d'Antoine Angelini, survenu le premier décembre 2016 qui a été une grande figure de notre établissement et de la recherche cotonnière en Afrique.

Né en 1927 à Marseille, Antoine Angelini étudie à la faculté de sciences à Paris et obtient le diplôme de l'école supérieure d'entomologie et le diplôme d'entomologie de l'ORSTOM. Il rejoint dès 1949 sa première affectation à Bouaké en Côte d'Ivoire comme entomologiste à la station IRCT (Institut de recherches sur le coton et les textiles). Dans le cadre de la lutte biologique contre les parasites des capsules, un des handicaps majeur de la culture cotonnière en Afrique, Antoine Angelini y développera les techniques d’élevage des insectes prédateurs et en particulier le contrôle de leur mortalité.

AngeliniAu début de 1954, le directeur général de l'IRCT lui confie la direction de la station de Bouaké et la représentation de cet institut en Côte d'Ivoire. Au cours de ces années 50 il initie la construction du laboratoire de cytogénétique. En 1957 il devient directeur régional de l'IRCT pour l'Afrique continentale. Il est alors un véritable « chef de bande » dont la station de Bouaké est le cadre, les « Angelini » ayant une belle réputation d'accueil et de convivialité. C’est l’âge d’or de la recherche coton à Bouaké : l'entomologie et la génétique qui constituaient l'essentiel des recherches au départ sont désormais complétées par des labos de cytogénétique, de phytopathologie, d'agronomie, de malherbologie et il obtient de l'Europe le financement du laboratoire d'analyse des fibres et de micro-filature.

En 1960, à l’indépendance de la Cote d'Ivoire, l'équipe IRCT de Bouaké est à même d'apporter à la demande des nouvelles autorités du pays, un appui scientifique déterminant au développement de la culture du coton et Antoine Angelini est son porte-parole : il parvient à convaincre la CFDT (Compagnie Française pour le développement des textiles) d'ouvrir une antenne à Bouaké. Ce sera le début d'un long et fructueux partenariat qui se concrétisera par la mise en place d'un réseau d'essais régionaux agronomiques, variétaux et de protection des cultures. Avec M. Damotte, responsable du programme d'agronomie de l'IRCT, il organise la formation des moniteurs de la CFDT chargés de vulgariser les techniques de culture auprès des planteurs de coton. Il relance la ferme semencière du Foro-Foro avec les nouvelles variétés issues du travail des généticiens qui produiront jusqu'à 9 tonnes de coton-graine. C'est là que seront testées les variétés sans gossypol, et que seront montés les essais en culture mécanisée. Dans les années 70, avec son ami Bernard Gérard qui assure la direction de l'antenne ivoirienne de l'ancienne CFDT, ils seront les promoteurs du développement de cette culture et de sa transformation avec l'installation des premières usines d'égrenage. Après le départ de Bernard Gérard de la CFDT devenue CIDT (Compagnie Ivoirienne pour le développement des textiles), il poursuit l'accompagnement de la recherche au développement, tant avec P. Bulteau futur DG de DAGRIS, qu'avec son ami Alexis Deto, premier PDG ivoirien de la CIDT.

Lors du départ en 1981 de Marc Daechner, premier directeur de l'Institut des Savanes (IDESSA), c’est tout naturellement qu’Antoine Angelini prend le relais et accompagne l'installation du Docteur Yao à la direction de cet établissement public. Plus tard quand la direction générale de l'IDESSA sera confiée à Koffi Goli, Antoine sera son conseiller.

A partir de 1983, avec la création du Cirad, il assure de fait la représentation du Cirad dans le Nord de la Cote d'Ivoire en général et à Bouaké en particulier. Animateur du Pôle « est » de Bouaké, chauvin dès qu'il fallait défendre la culture du coton et parfois provocateur, il aimait « chambrer » ses collègues du Cirad des autres thématiques présents dans cette ville du centre Cote d'Ivoire : l'élevage au « nord », les vivriers à « l'ouest » et la forêt au « sud ».

Durant toute sa vie professionnelle, Antoine Angelini aura donc été fidèle à Bouaké. Il aura décliné toutes les offres de responsabilité qui l’auraient obligé de quitter cette ville.

En 1989, Antoine, Homme symbole de la coopération avec la Côte d’Ivoire, fier de ses origines corses, qu'il rappelait régulièrement, décide de faire valoir ses droits à la retraite, 40 ans jour pour jour après être arrivé dans ce pays dont il connaissait les femmes et les hommes et auxquels il a su communiquer son enthousiasme et partager son savoir. Avec sa disparition c’est une grande figure de la coopération scientifique avec l’Afrique qui nous quitte, témoin et acteur de plusieurs moments importants de ce partenariat, qui renait aujourd’hui sous d’autres formes.

De très nombreux ciradiens ont cotoyé et apprécié Antoine Angelini durant toute sa carrière. En notre nom collectif, je tiens à saluer sa mémoire et à témoigner à son épouse Marie Thé, à ses enfants et à ses proches, notre amical soutien dans ce moment difficile qu’ils traversent.

Michel Eddi
PDG du Cirad
 
Extrait de CIDT Info, numéro spécial (N° 5 et 6) d'août 1989 consacré au 15ème anniversaire de la CIDT (témoignage transmis par Patrick Bisson, fondateur de la revue).